Elle referma ses mains sur ses joues et déposa un baiser sur ses lèvres.
— Je t’aime, Richard Wakefield.
— Je t’aime aussi, lui répondit-il.
* * *
Richard et Nicole étaient assis sur le sol et se tenaient par la main, les yeux rivés sur l’écran, quand le premier missile atteignit le cocon tissé autour de Rama. Le général O’Toole, revenu trente secondes plus tôt, se dressait derrière eux sur le seuil de la salle. L’étrange filet protecteur céda pour amortir l’impact et l’engin destructeur y pénétra. Des filaments s’enroulèrent autour de lui et l’enfermèrent dans une épaisse gangue avec une rapidité déconcertante. Une fraction de seconde plus tard la charge nucléaire explosait, à environ deux cents mètres de la coque de Rama. Les humains virent sur l’écran l’enveloppe protectrice se déformer mais seule une légère secousse fut perceptible à l’intérieur de la salle Blanche.
— Wow ! Vous avez vu ça ? demanda Richard.
Il se leva d’un bond pour se rapprocher de l’écran.
— Ça s’est passé si vite, commenta Nicole qui venait le rejoindre.
Le général O’Toole murmura une brève prière de remerciement et l’imita.
— Comment ont-ils réalisé une chose pareille ? demanda-t-il à Richard.
— Je n’en ai pas la moindre idée. Mais ce cocon a amorti l’onde de choc. J’aimerais savoir de quoi il est constitué.
Il zappa sur l’image radar.
— Nous allons regarder plus attentivement ce qui se passe avec le suivant. Il devrait arriver dans quelques…
Il y eut un éclair aveuglant et l’écran s’éteignit. Moins d’une seconde plus tard un déplacement latéral violent les déséquilibrait et les envoyait rouler sur le sol. La salle Blanche fut plongée dans l’obscurité et le sol cessa de vibrer.
— Personne n’est blessé ? demanda Richard en cherchant à tâtons la main de Nicole.
— Pas moi, en tout cas, répondit O’Toole. J’ai percuté la paroi, mais seuls mon dos et mon coude ont été meurtris.
— Je suis indemne, mon chéri, fit Nicole. Que s’est-il passé ?
— Celui-ci a dû exploser plus tôt, avant d’atteindre le filet. Nous avons été ébranlés par l’onde de choc.
— Je ne comprends pas, avoua le militaire. Comment peut-il y avoir une onde de choc dans le vide ?
— Disons que je n’ai pas employé un terme approprié, précisa Richard.
La lumière revint et les vibrations reprirent. Il se releva et ajouta :
— Alors, que dites-vous de cela ? La célèbre redondance raméenne démontre une fois de plus son utilité. Ça va ?
Il s’était adressé à Nicole qui avait des difficultés à rester debout.
— Je me suis blessé le genou, mais c’est sans gravité. Richard reprit sa réponse à la question posée par O’Toole :
— La bombe a détruit son propre vecteur.
Il fit défiler la liste des détecteurs pour chercher ceux de remplacement.
— L’onde qui a cinglé Rama était composée de gaz et de débris propulsés à une vitesse vertigineuse. Le filet a atténué sa force d’impact.
Nicole alla s’asseoir contre le mur.
— Je préfère ne pas être prise au dépourvu, la prochaine fois.
— Je me demande combien de secousses de ce genre Rama pourra encaisser, dit Richard.
Le général O’Toole vint s’installer près de Nicole.
— Deux d’éliminés. Il n’en reste que quatorze, fit-il. Tous sourirent. Au moins étaient-ils en vie, pour l’instant.
Richard trouva les détecteurs de secours quelques minutes plus tard.
— Oh, oh ! fit-il en parcourant du regard les points qui subsistaient sur l’écran. Si je ne me trompe pas, la dernière bombe a explosé à plusieurs kilomètres. Nous avons eu de la chance. Il faut espérer qu’aucune ne le fera à la limite du filet.
Deux autres missiles furent pris au piège et enchâssés dans un cocon. Richard se leva pour annoncer :
— Nous allons bénéficier d’un court répit. Le prochain projectile n’arrivera que dans trois minutes, puis nous en recevrons quatre à la suite.
Nicole se leva à son tour et constata que le général O’Toole se tenait le dos.
— Êtes-vous sûr que ça va, Michael ? lui demanda-t-elle.
Il hocha la tête, sans détacher les yeux de l’écran. Richard vint vers elle et prit sa main. Une minute plus tard ils retournaient s’asseoir contre la cloison en prévision des prochaines explosions.
Leur attente fut brève. Une force latérale bien plus forte que la précédente se fit sentir moins de vingt secondes plus tard. La salle fut à nouveau plongée dans l’obscurité et le sol cessa de trembler. Nicole ne pouvait voir O’Toole mais elle l’entendait respirer avec difficulté.
— Michael, êtes-vous blessé ?
Il ne répondit pas et elle rampa dans sa direction. C’était une erreur, car rien ne la retint lors de l’embardée suivante. Elle fut projetée brutalement contre la paroi, qu’elle heurta de la tempe.
* * *
Le général O’Toole resta près d’elle pendant que Richard montait à la surface pour évaluer les dégâts. Ils parlèrent à voix basse, à son retour. Il n’avait répertorié dans New York que des destructions mineures. Une demi-heure après que le dernier missile eut été pris dans le filet, les lumières revinrent et le sol se remit à vibrer.
— Vous voyez, dit Richard avec un sourire contraint. Je vous avais dit que tout finirait par s’arranger. Les Raméens font toutes les choses importantes en trois exemplaires.
Nicole resta inconsciente près d’une heure. Vers la fin elle perçut vaguement les vibrations du sol et la conversation qui se déroulait de l’autre côté de la salle. Elle ouvrit les paupières, très lentement.
— L’effet de filet accroît la vitesse hyperbolique, disait Richard. Nous croiserons l’orbite terrestre plus tôt que prévu, bien avant l’arrivée de notre planète.
— Quelle sera la marge ?
— Importante. J’ignore quand Rama coupera ses propulseurs, mais même s’il le fait à présent nous passerons à un million de kilomètres de la Terre, plus de deux fois la distance qui la sépare de la Lune.
Nicole s’assit et sourit.
— Bonjour, leur dit-elle gaiement. Ils se précipitèrent vers elle.
— Ça va, ma chérie ? lui demanda Richard. Elle tâta une grosse bosse, sur sa tempe.
— Je crois, mais j’aurai sans doute de sacrées migraines pendant quelque temps.
Elle les regarda.
— Et vous, Michael ? Je me souviens que je m’inquiétais pour votre santé, au moment de la grande explosion.
— La précédente m’avait coupé le souffle, expliqua O’Toole. Mais j’étais paré pour la troisième et mon dos semble s’en remettre.
Richard reprit son exposé sur ce que les systèmes de détection de Rama lui avaient permis d’apprendre.
— J’ai entendu la fin de ton cours, lui dit Nicole. J’en déduis que nous ne risquons plus de percuter la Terre. Mais où allons-nous, à présent ?
Il l’aida à se relever puis haussa les épaules.
— Il n’y a pas de planète ou d’astéroïde sur notre nouvelle trajectoire, et notre vitesse s’accroît. Sauf coup de théâtre, nous allons quitter le système solaire.
— Et devenir des voyageurs interstellaires, dit-elle posément.
— Si nous survivons jusqu’à la prochaine escale, ajouta le général.
Un sourire amusé incurva les lèvres de Richard, qui déclara :
— Je refuse de m’inquiéter de mon avenir. Pour l’instant, tout au moins. Et je souhaite célébrer dignement le fait que nous avons échappé à cette phalange de missiles nucléaires. Je propose de monter à la surface pour présenter Michael à de nouveaux amis. Devons-nous aller rendre visite aux aviens ou aux octopodes ?
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