— Je ne comprends pas comment tu as pu arriver aussi rapidement, déclara-t-elle. Tu n’étais pas à pied, pas vrai ?
Il rit.
— Bien sûr que non. J’avais laissé une balise au pied du télésiège et une fois à Bêta, quand j’ai vu que tu avais sorti le voilier et ses éléments, j’ai renvoyé le V.L.R. à son point de départ en pilotage automatique.
— Tu ne manques pas de courage. J’aurais pu hisser les voiles entre-temps.
Il regarda la coque de l’embarcation, au pied de la falaise.
— J’avoue que tu as été plus efficace que je ne m’y serais attendu, répondit-il sur un ton moqueur. À ce rythme, tu aurais probablement terminé dans une ou deux heures.
Il saisit les mains de Nicole, sans lui laisser le temps de le frapper.
* * *
Seul O’Toole avait une certaine expérience de la voile. Vers le milieu de leur traversée, il chargea Richard de monter la garde avec un aviron qui lui servirait de gourdin si les requins biotes qui les suivaient décidaient de passer à l’attaque.
— Ce n’est ni Marblehead ni Le Cap, dit le général en regardant New York. Mais cette croisière est pleine d’intérêt.
Richard essaya tout au long du voyage de convaincre Nicole que les squales les laisseraient tranquilles.
— Ils ne s’en sont pris à aucune embarcation de la première expédition. S’ils m’ont fait chavirer, c’est à cause d’une particularité dans la conception du moteur.
— Comment peux-tu l’affirmer ? demanda-t-elle en surveillant avec malaise les ombres grises visibles dans leur sillage. S’ils n’avaient pas l’intention de nous dévorer, pourquoi nous suivraient-ils depuis si longtemps ?
— Nous devons tout simplement les intriguer.
Mais il leva malgré tout sa massue quand un des requins obliqua soudain vers leur bateau, disparut sous, la coque et alla rejoindre son compagnon sur l’autre bord.
— Tu vois ? dit-il en desserrant sa prise sur l’aviron. Je t’avais bien dit qu’il était inutile de s’en faire.
Ils amarrèrent le voilier sur le rivage de New York puis gravirent l’escalier le plus proche. Étant donné que le général n’avait pas encore visité cette ville et que tout ce qu’il découvrait le fascinait, Richard décida d’aller travailler sur l’ordinateur raméen pendant que Nicole se chargerait de commenter ce qu’ils voyaient en chemin.
Lorsqu’ils atteignirent à leur tour la salle Blanche, Richard avait déjà quelques réussites à leur signaler.
— Mon hypothèse était bonne, dit-il quand ils l’eurent rejoint. Je suis presque sûr de disposer d’un accès à la totalité des appareils de surveillance, ce qui doit inclure un radar ou son équivalent. Pendant que je poursuis mes recherches, vous devriez étudier un moyen de transmettre notre avertissement. N’oubliez pas qu’il devra être aussi simple qu’explicite, et que les premiers missiles arriveront dans seulement vingt-quatre heures.
Vingt-quatre heures, se répéta Nicole. Un jour. Elle regarda Richard s’affairer sur le clavier. O’Toole était occupé à examiner les solides noirs éparpillés dans un angle de la salle. L’affection que lui inspiraient ces deux hommes fut rapidement remplacée par la peur que le caractère désespéré de leur situation instillait en elle. Allons-nous tous mourir demain ? se demanda-t-elle.
— Nous ne devrions pas être surpris, déclara posément Richard. Nous l’avions prévu.
Ils étaient assis en face du grand écran mural.
— Mais il nous restait malgré tout un espoir, rétorqua O’Toole. Obtenir la confirmation qu’on a vu juste n’est pas toujours agréable.
— Es-tu catégorique, Richard ? s’enquit Nicole. Comment peux-tu affirmer que chaque point représente un objet qui approche dans l’espace ?
— Ça ne fait malheureusement aucun doute. Nous nous sommes branchés sur un des systèmes de surveillance. Regarde, je vais changer le mode d’affichage.
Le cylindre de Rama apparut au cœur d’un ensemble de cercles concentriques. Il saisit ensuite deux autres instructions et leur vaisseau s’amenuisa pour devenir un simple point pendant que les anneaux qui l’entouraient se réduisaient eux aussi et que d’autres se dessinaient sur le pourtour de l’écran. Finalement, un groupe de points, seize en tout, se matérialisa sur la droite.
— Mais comment peux-tu savoir que ce sont des missiles ? insista-t-elle.
— Je dis simplement que ce sont des objets qui viennent droit sur nous en provenance de la Terre. Il est possible que le C.D.G. ait décidé d’expédier vers Rama des petits cadeaux destinés à entretenir l’amitié, mais j’en doute.
— Combien de temps ? voulut savoir O’Toole.
— Il est difficile de se prononcer, déclara Richard.
Entre dix-huit et vingt heures pour le premier. Ils sont plus dispersés que je ne l’aurais supposé. Une heure d’observation nous permettra de faire une estimation plus précise du moment de l’impact.
Le général siffla puis réfléchit quelques secondes et lui demanda :
— Avant de consacrer tous nos efforts à essayer d’informer Rama qu’il est sur le point de subir une attaque nucléaire, pourriez-vous répondre à une question ?
— Si c’est dans mes possibilités.
— En vertu de quoi croyez-vous que ce vaisseau pourra esquiver ou contrer ces missiles si nous lui adressons une mise en garde ?
Il y eut un silence.
— Michael, vous rappelez-vous ce voyage de Londres à Tokyo que nous avons fait il y a un an et notre longue discussion sur le thème de la religion ?
— Quand je lisais Eusèbe ?
— C’est possible. Vous me parliez de l’aube du christianisme… L’important, c’est que je vous ai demandé à brûle-pourpoint sur quoi se fondait votre foi. Vous souvenez-vous de votre réponse ?
— Naturellement. J’ai fourni la même à mon fils aîné lorsqu’il s’est découvert une vocation d’athée à l’âge de dix-huit ans.
— Je reprends à mon compte ce que vous m’avez dit alors. Il est indéniable que la technologie des Raméens surpasse de beaucoup la nôtre et il est logique de supposer qu’ils ont envisagé que leurs vaisseaux subiraient peut-être des attaques, lorsqu’ils les ont conçus… Ils ont pu doter Rama d’un système de propulsion très puissant dont nous n’avons pas encore découvert l’existence. Je suis prêt à parier…
— Puis-je vous interrompre une seconde ? intervint Nicole. Je n’étais pas avec vous, dans cet avion, et j’aimerais savoir ce qu’a dit Michael.
Les deux hommes se regardèrent. Ce fut le général qui répondit :
— La foi, étayée par la réflexion et l’observation.
* * *
— La première partie est assez simple à comprendre et je trouve cette approche excellente, mais je ne sais pas comment indiquer l’importance de l’énergie libérée et établir sans ambiguïté la relation qui existe entre une réaction en chaîne et ces missiles.
— Nous allons étudier la question pendant que tu peaufineras les graphiques du début du message, lui répondit Nicole. Michael affirme qu’il n’a pas oublié ses cours de physique nucléaire.
— Veillez à éviter le piège des suppositions, lui rappela Richard. Il est impératif que chaque élément de la mise en garde se suffise à lui-même.
O’Toole s’était absenté. Après deux heures de travail intensif il avait décidé d’aller se promener dans le tunnel. Il était parti depuis cinq minutes et ses collègues s’inquiétèrent soudain de son absence.
— Il a pu faire un saut aux toilettes, avança Richard.
— Ou s’égarer.
Il alla jusqu’au seuil de la salle pour crier dans le passage :
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