Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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D’abord, les uns et les autres avaient douté que l’information fût véridique. Les rumeurs rapportaient souvent tant de choses que l’on désirait vraies et qui se révélaient fausses. Pourtant, le lendemain, puis le surlendemain, d’autres marchands, venus de Cana et de Sepphoris, l’avaient confirmé : le brigand Barabbas avait mis le feu à Tarichée pour délivrer des suppliciés du champ de douleur. Et parmi eux, il y avait Joachim.

Chacun avait alors poussé un soupir de soulagement, même ceux qui avaient déjà fait leur deuil de Joachim. La joie s’était vite muée en un sentiment de victoire.

— Entrerais-tu ce soir à Nazareth que tout le village t’acclamerait, conclut Yossef. Ils ont oublié les cris qu’ils poussaient lorsque Miryem a annoncé qu’elle partait réclamer l’aide de Barabbas pour te sauver !

— Attention, marmonna Joachim en fronçant les sourcils, c’est maintenant que cela pourrait devenir dangereux pour Nazareth.

— C’est bien ce qui me paraît bizarre, opina Barabbas. Voilà des jours que nous avons botté les fesses des Romains à Tarichée. Aujourd’hui, les mercenaires devraient être ici, en train de brutaliser le village.

— Oh, pour ça, je crois qu’il existe une raison bien simple, répliqua Yossef. On raconte qu’Hérode est si malade qu’il n’a plus toute sa tête. Il paraît que son palais est pire qu’un nid de serpents. Ses fils, sa sœur… le frère, la belle-mère, les serviteurs… pas un qui n’ait envie de hâter sa mort pour prendre sa place. Ils ruissellent de haine, tous autant qu’ils sont, et le chaos règne au palais d’Antonia, à Jérusalem, ainsi qu’à Césarée. Les officiers romains ne sont pas prêts à soutenir les folies de cette famille dégénérée. Si ce fou d’Hérode survit à sa maladie et apprend qu’ils ont agi sans son consentement, ils sont bons pour la fosse. Notre roi est fou, mais il est le maître d’Israël depuis le premier grain de froment jusqu’aux lois impies qui sortent du sanhédrin. Nous, les pauvres de Galilée, nous craignons ses mercenaires et ses charognards. Mais eux le craignent autant que nous. Alors, tant qu’il est malade et qu’il ne donne pas d’ordre, nul ne s’aventure hors de son ombre.

— Voilà une nouvelle qui me réchauffe le cœur ! s’exclama Barabbas bruyamment. Et qui me souffle que j’ai raison de vouloir…

Il ne put continuer. Des cris, des appels, des pas les firent se lever des bancs. Hannah se précipitait dans l’ombre des platanes, les mains levées au-dessus de la tête.

— Joachim ! Dieu Tout-Puissant ! Béni soit l’Éternel ! Tu es là, je te vois ! Moi qui refusais de croire ce gamin…

Joachim accueillit son épouse contre lui. Hannah l’enlaça de toutes ses forces, balbutiant encore, la bouche mouillée de larmes :

— Oui, c’est bien toi ! Tu n’es pas un démon. Je reconnais ton odeur ! Oh, mon époux, t’ont-ils fait mal ?

Joachim allait répondre, quand Hannah s’écarta, les yeux grands ouverts, la bouche béante, les traits convulsés par la panique.

— Où est Miryem ? Elle n’est pas avec toi ? Elle est morte ?

— Non, mère ! Je suis ici.

Hannah pivota, la vit qui accourait depuis le seuil de la maison.

— Ma folle de fille ! Tu m’as fait une de ces peurs !

Sous l’effet de tant d’émotions accumulées, Hannah respirait péniblement, n’était plus capable de caresser leurs visages, leurs yeux bien-aimés. L’on crut, avant d’en rire un peu, qu’elle allait défaillir.

Abdias, qui l’avait suivie de loin, emmêla un peu plus son abondante tignasse en un geste perplexe.

— Bon sang ! Elle a failli ameuter tout le village quand je lui ai appris que Miryem était ici avec le père Joachim, confia-t-il à Barabbas. Pas moyen qu’elle me croie. Elle voulait que je sois un espion des mercenaires. Je l’attirais dans un piège, disait-elle, des craques dans ce genre. Impossible de lui fermer le clapet sans se fâcher. Encore heureux que Miryem ne lui ressemble pas !

*

* *

Plus tard, une fois la nuit tombée, une fois tous serrés autour d’une lampe et alors que les femmes et les enfants dormaient, Barabbas, à voix basse, révéla à Yossef son grand projet. Le temps était venu de lancer une révolte qui embraserait la Galilée, puis Israël tout entier, renversant le pouvoir honni d’Hérode et libérant le pays du joug romain.

— Comme tu y vas ! souffla Yossef, les yeux écarquillés.

— Si ce que tu racontes sur Hérode est vrai, alors, il n’y a pas meilleur moment.

— Faible, Hérode l’est sans doute. Mais faible à ce point…

— Si tout le pays se lève contre lui, qui le soutiendra ? Pas même les mercenaires, qui auront peur pour leur solde.

— C’est une idée folle, intervint Joachim. Aussi folle que Barabbas lui-même. Mais c’est ainsi qu’il m’a sauvé de la croix. Cela mérite que nous en discutions avec ceux qui haïssent autant que nous Hérode et ces pourris de sadducéens du Temple : les zélotes, les esséniens et certains pharisiens. Parmi eux, il y a des sages qui prendront le temps de nous écouter. Si nous parvenions à les convaincre d’entraîner leurs fidèles dans notre révolte…

— Quand le peuple les verra s’allier à nous, il saura qu’il est temps pour lui de se battre, renchérit Barabbas avec fougue.

Yossef ne les contredit pas. Il ne doutait ni de leur volonté ni de leur courage. Comme Joachim et Barabbas, il était convaincu que subir passivement la folie d’Hérode ne menait qu’à davantage de souffrances.

— Si votre désir est de réunir des gens pour parler, cela peut se faire ici, dans ma maison, dit-il. Le risque n’est pas bien grand. Nous sommes à l’écart de Nazareth et, à ce jour, les Romains ne me suspectent pas. Ceux que vous inviterez pourront nous rejoindre sans crainte. Les chemins détournés qui conduisent jusqu’ici ne manquent pas. Ils n’auront pas même à passer par Nazareth.

Barabbas et Joachim le remercièrent avec gratitude. La vraie difficulté était de trouver des hommes auxquels l’on pouvait se fier. Des hommes de sagesse mais aussi de cœur et d’un peu de pouvoir. Des hommes capables de se battre, mais pas des têtes brûlées. Ce qui n’abondait pas.

Bien vite, les mêmes noms revinrent sur les lèvres de Joachim et de Yossef. Ils arrêtèrent leur choix sur deux esséniens dont la réputation d’indépendance et d’opposition au temple de Jérusalem était sûre : Joseph d’Arimathie, sans doute le plus sage, et Guiora de Gamala. Celui-ci menait une fronde dans le désert près de la mer Morte. Ensuite, Joachim évoqua le nom d’un zélote de Galilée qu’il connaissait et à qui il faisait confiance.

Barabbas grimaça. Sa défiance envers les hommes de religion était grande.

— Ils sont encore plus fous de Dieu que les esséniens.

— Mais ils se battent contre les Romains, dès qu’ils en ont l’occasion.

— Ils sont tellement intransigeants qu’ils effraient les villageois ! On dit même que parfois ils battent ceux qui ne prient pas à leur convenance. Ce n’est pas avec eux que l’on convaincra ceux qui doutent de nous et hésitent à nous suivre.

— Ce ne sera pas sans eux non plus. Et cette histoire de paysans battus, je n’y crois pas. Les zélotes sont durs et austères, c’est vrai, mais ils sont braves et ne reculent pas devant la mort quand ils affrontent les mercenaires et les Romains…

— Tout ce qu’ils veulent, c’est imposer leur idée de Dieu, insista Barabbas en élevant le ton. Jamais ils ne se battent parce que les gens ont faim ou pour leur épargner les humiliations d’Hérode.

— C’est bien pour cela qu’il faut les convaincre. J’en connais au moins deux qui sont des hommes de bien : Éléazar de Jotapata et Lévi le Sicaire, de Magdala. Ils se battent, mais ils savent aussi écouter et respecter d’autres opinions que la leur…

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