Halter,Marek - Marie
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- Название:Marie
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- Издательство:Alexandriz
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- Год:2006
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Dans sa paume ouverte, il tenait un court poignard, au manche de cuir rouge et à la lame très effilée. Miryem le contempla, stupéfaite.
— Prends, insista Barabbas. Et surtout sers t’en s’il le faut. Sans hésiter. Je veux délivrer ton père, mais je veux aussi te ramener vivante et heureuse.
Il lui décocha un clin d’œil et se détourna aussitôt pour aider le pêcheur qui tirait sur un cordage afin de monter la voile le long du mât.
Tout autour d’eux, sur les autres bateaux, la même animation silencieuse agitait les hommes. Une à une, avec une lenteur solennelle, les voiles triangulaires s’élevaient, éclatantes dans les dernières lueurs du jour.
Le soleil se posa sur les forêts déjà sombres. Une huile rouge sang se répandit sur la surface du lac, si éblouissante qu’il leur fallut se protéger les yeux.
Comme le pêcheur l’avait annoncé, la brise agita la voile. Il empoigna l’aviron de gouvernail, le poussa d’un coup. La voile bascula, se gonfla comme sous l’effet d’un coup de poing. La barque grinça, l’étrave trancha l’eau dans un crissement. À leur tour les autres barques pivotèrent. Les voiles claquèrent les unes après les autres alors que le couinement des mâts et des membrures rebondissait à la surface du lac déchiré.
Barabbas était debout sous la voile, se tenant au mât. L’étrave du bateau pointait en direction d’une vaste crique à l’est de Tarichée. En souriant, le pêcheur déclara à Miryem :
— Tant qu’ils peuvent nous voir, on fait comme si on rentrait à la maison.
*
* *
Jusqu’à l’obscurité complète, ils avaient vogué en direction du sud, réduisant progressivement la voile pour ne pas trop s’éloigner de la forteresse. Maintenant, le peu de lune permettait de distinguer les bateaux les plus proches, rien de plus. Sur la rive brillaient les lumières des palais de Tarichée et les torches sur les chemins de ronde de la forteresse.
Ils naviguaient en silence, mais les barques se côtoyaient de si près que le bruit de l’eau contre les coques, le claquement des voiles et le grincement des mâts paraissaient faire un vacarme du diable, audible jusqu’à la côte.
La brise était ferme, les pêcheurs connaissaient leurs bateaux comme un cavalier sa monture. Mais Miryem devinait la nervosité de Barabbas. Il ne cessait de lever les yeux pour vérifier le gonflement des voiles, parvenant mal à estimer leur vitesse, craignant d’atteindre la forteresse trop tôt ou trop tard.
Soudain, ils furent si près de l’énorme masse des tours que les silhouettes des mercenaires se dessinèrent nettement dans le halo des torches. Presque aussitôt, un sifflement fusa. Puis un autre en écho. Barabbas tendit le bras.
— Là ! s’exclama-t-il avec soulagement.
Miryem scruta la rive sans rien distinguer d’anormal. Tout à coup, au pied de la muraille, un embrasement éclata, si violent qu’il ne pouvait provenir que de lampes ou de torches. De seconde en seconde, les flammes grandirent, le foyer à leur base s’élargissant et courant d’ombre en ombre. Des cris, des appels retentirent sur le chemin de ronde. Les gardes s’agitèrent, quittant leurs postes.
— Ça y est, gronda Barabbas, ravi. Ils ont réussi !
« Ils », c’étaient une dizaine de membres de sa bande. Ceux-là avaient pour mission d’allumer un incendie dans les baraquements de la garde et les greniers du marché qui jouxtaient la forteresse, à l’opposé du champ des supplices. Les charrettes amenées depuis Sepphoris y avaient été abandonnées dans la journée, chargées de vieux bois et d’un fourrage en apparence anodin. Les doubles fonds, vidés de leurs armes, avaient été remplis de pots de bitume et de jarres d’essence de térébinthe, transformant les véhicules en redoutables mèches à incendie. Les hommes de Barabbas devaient y mettre le feu à une heure bien précise avant de s’enfuir de la ville.
A l’évidence, ils avaient réussi. Comme pour le confirmer, un bruit sourd roula sur le lac. À nouveau des flammes illuminèrent la muraille. Des éclairs dorés et des flammes jaillirent encore, loin des premières. Cet incendie allait semer la confusion parmi les mercenaires et provoquer la débandade des villageois.
De tous les bateaux fusèrent des cris de joie, tandis que le feu, gagnant en force, se reflétait dans le port de Tarichée. On entendit enfin le hululement des trompes qui appelait les légionnaires et les mercenaires à la rescousse. Barabbas se retourna vers le pêcheur.
— C’est le moment ! lança-t-il en tentant de maîtriser son excitation. Il faut foncer pendant qu’ils sont occupés à éteindre le feu !
Son plan marchait à merveille.
Grâce à la diversion opérée par l’incendie, la surveillance du champ des supplices et celle des chemins de ronde allaient être allégées, sinon abandonnées.
Les bateaux accostèrent en silence sur une plage de gravier, où chacun prit pied. Ici, l’obscurité demeurait profonde, tandis que l’on entendait les hurlements de ceux qui combattaient le feu rougissant désormais le ciel et le lac.
Barabbas et ses compagnons, ombres dans l’ombre, les lames nues des couteaux au poing, coururent en avant afin de s’assurer que nul garde ne traînait et n’allait donner l’alerte.
Une main se glissa dans celle de Miryem. Abdias l’entraîna.
— Par ici, ton père est en haut, près de la palissade. Cependant Miryem comme les camarades d’Abdias qui les suivaient hésitèrent, pleins d’effroi. Leurs yeux étaient assez accoutumés à l’obscurité pour discerner l’horreur qui les entourait.
Les croix étaient dressées ainsi qu’une forêt de l’enfer. Certaines, pourries, s’étaient brisées sur des restes de cadavres. D’autres étaient si serrées que, par endroits, les courtes traverses retenant les bras écartelés des condamnés se chevauchaient.
Quelques croix étaient encore nues. Mais, à leur pied, des squelettes pendaient, silhouettes grotesques qui n’avaient plus rien d’humain depuis longtemps.
Alors seulement Miryem eut conscience de la pestilence qu’elle respirait, des os et des carcasses humaines qui jonchaient le sol sous ses pieds.
De petits feulements les firent sursauter. Des froissements d’air leur coupèrent le souffle. Des chats sauvages déguerpissaient, des oiseaux de nuit, charognards que leur présence soudaine dérangeait, s’envolaient avec une mollesse menaçante.
Miryem douta un instant de pouvoir avancer plus loin. Abdias bondit en avant sans lui lâcher la main.
— Vite ! On n’a pas de temps à perdre.
Ils coururent, et cela leur fit du bien. Comme promis, Abdias se dirigea sans hésitation entre les croix.
— Là, dit-il en pointant le doigt.
Miryem sut qu’il disait vrai. Malgré la nuit, elle reconnaissait le profil de Joachim.
— Père !
Joachim ne répondit pas.
— Il dort, assura Abdias. Toute une journée là-haut, ça doit vous foutre un sacré coup sur la tête !
Alors que Miryem appelait encore son père, des cris, un bruit de bagarre, s’élevèrent près de la palissade.
— Par la queue des démons ! gronda Abdias, ils ont quand même laissé des gardes ! Vite, vous autres, aidez-moi.
Il attira deux de ses camarades au pied de la croix et sauta lestement sur leurs épaules.
— Faites pareil avec les autres croix là autour, ordonna-t-il au reste de sa bande. Il y en a sûrement qui sont encore vivants.
Miryem le vit grimper, le couteau entre les dents, aussi agile qu’un singe. En un clin d’œil, il fut à la hauteur de Joachim.
Doucement, il lui agita la tête.
— Hé ! père Joachim, réveille-toi. Ta fille vient te sauver ! Joachim marmonna des paroles inintelligibles.
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