Brown, Dan - Le symbole perdu

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Imberbes étaient les dieux des sept îles du soleil !

Ensuite il passa de l’huile d’Abramelin sur son épiderme ainsi préparé.

L’onguent sacré du grand mage !

Puis il tourna à fond la manette du mitigeur sur la gauche, pour faire couler de l’eau glacée. Il resta sous le jet froid pendant une minute entière, le temps que ses pores se referment et captent la chaleur et l’énergie jusqu’au tréfonds de lui-même. Le froid lui rappelait la rivière gelée où sa métamorphose avait débuté...

Lorsqu’il sortit de la cabine, il frissonnait, mais en quelques instants la chaleur accumulée rayonna dans toute sa chair et le réchauffa. Ses entrailles étaient des braises brûlantes. Il s’arrêta de nouveau devant le miroir pour admirer ses formes... c’était sans doute la dernière fois qu’il contemplait son enveloppe de mortel.

Ses talons étaient devenus des serres d’aigle. Ses jambes – Boaz et Jakin – représentaient les anciennes colonnes de la sagesse. Ses hanches et son bas-ventre formaient un portail flamboyant protégeant une puissance mystique. Sous l’arche majestueuse, son pénis volumineux était couvert de symboles annonçant sa destinée. Dans une autre vie, ce gourdin de chair avait été une grande source de plaisir. Mais ce temps était révolu.

J’ai été purifié.

Comme les eunuques du monastère de Kathara, Mal’akh s’était tranché les testicules. Il avait sacrifié sa virilité pour jouir d’une puissance bien supérieure.

Après avoir partagé les faiblesses de sa condition humaine, et connu ses appétits, Mal’akh était devenu comme Ouranos, Attis, Sporus et les grands magiciens castrats de la légende arthurienne.

Toute métamorphose spirituelle est précédée d’une métamorphose physique.

Telle était la leçon de tous les grands dieux, d’Osiris à Tammuz, de Jésus à Shiva, jusqu’à Bouddha lui-même.

Je dois me défaire de l’homme qui me revêt.

Avec détermination, Mal’akh fit courir son regard sur le phœnix à deux têtes qui ornait sa poitrine, puis sur l’assemblage d’anciens sceaux décorant son visage, pour fixer des yeux le sommet de son crâne. Il inclina la tête vers le miroir, et contempla le cercle de peau nue qui attendait de recevoir son offrande. Cet endroit était sacré. La fontanelle ; la seule partie du crâne humain ouverte à la naissance.

L’oculus du cerveau !

Même si ce portail se refermait après quelques mois, il demeurait une relique symbolique de la dernière connexion entre le monde intérieur et extérieur.

Mal’akh examina la parcelle de peau immaculée, entourée par le cercle d’un ouroboros – le serpent mythique qui se mordait la queue. Ce cercle de peau nue était un œil blanc et fixe... un œil plein de promesses.

Robert Langdon allait bientôt découvrir le grand trésor. Lorsque Mal’akh serait en sa possession, ce vide au sommet de son crâne serait comblé, et il serait enfin prêt pour sa métamorphose finale.

Il traversa sa chambre et sortit de la commode une longue écharpe de soie. Comme il l’avait fait maintes fois, il l’enroula sur ses hanches pour couvrir son sexe et ses fesses, et descendit au rez-de-chaussée.

Dans son bureau, un e-mail l’attendait sur son ordinateur.

En provenance de son espion.

Ce que vous avez demandé est presque accompli.

Je vous contacte dans une heure. Patience.

Mal’akh esquissa un sourire. Il était temps de se préparer pour le grand soir.

72.

L’agent de la CIA était d’une humeur de dogue en quittant le balcon de la salle de lecture.

Bellamy nous a menti, se dit-il.

Il n’avait vu aucune trace de chaleur résiduelle avec ses lunettes à vision infrarouge, ni à côté de la statue de Moïse, ni nulle part à l’étage...

Où diable se trouvait Langdon ?

L’agent rebroussait chemin, pour revenir au dernier endroit où il avait repéré des traces tangibles de présence – au centre de la salle de tri de la Bibliothèque. Il redescendit donc les escaliers, passa sous la console octogonale. Le bruit des tapis roulant était agaçant. Il chaussa de nouveau ses lunettes et examina la pièce. Rien. Il avança vers les piles de livres, là où la porte détruite gardait les stigmates de l’explosion. Hormis ces traces, il ne voyait rien qui...

Nom de Dieu !

L’agent sursauta au moment où une tache luminescente passait dans son champ de vision. Comme une double empreinte ectoplasmique, les formes de deux corps humains venaient de jaillir du mur, sur un des tapis roulants. Une signature thermique !

Saisi, l’agent regarda les deux apparitions faire le tour de la pièce, sur la boucle du tapis, puis disparaître, tête la première, dans l’épaisseur du mur.

L’agent comprit brusquement que non seulement Langdon leur avait filé entre les mains, mais qu’une nouvelle difficulté se présentait : il n’était plus seul.

Il s’apprêtait à allumer sa radio pour contacter son chef quand la voix de celui-ci résonna dans ses écouteurs :

— À tous les hommes, on a repéré une Volvo abandonnée sur le parvis de la Bibliothèque. Elle appartient à Katherine Solomon. D’après un témoin, elle vient d’entrer dans le bâtiment. Il est probable qu’elle ait rejoint Langdon. Sato exige que l’on retrouve ces deux individus, immédiatement.

— J’ai leurs deux signatures infrarouges, s’écria l’agent dans la salle de tri.

Il fit rapidement son rapport.

— Nom de Dieu ! Où va ce tapis roulant ? L’agent consultait déjà les plans sur le panneau d’affichage.

— Le bâtiment de l’autre côté de la rue, répondit-il.

— Rassemblement ! Tout le monde à l’Adams Building !

73.

Un sanctuaire. Des réponses...

Les mots résonnaient dans la tête de Langdon, alors qu’il sortait avec Katherine de l’Adams Building par une porte de service. La nuit était froide au-dehors. Leur sauveur mystérieux au téléphone avait décrit l’endroit d’une façon cryptée, mais Langdon avait résolu l’énigme.

— Le lieu idéal pour trouver le Seul Vrai Dieu ! avait répliqué Katherine quand il lui eut annoncé leur destination.

Restait à savoir comment s’y rendre...

Langdon jeta un regard alentour pour se repérer. Il faisait sombre, mais heureusement le ciel était dégagé. Ils étaient dans une petite cour. Le dôme du Capitole brillait dans la nuit, curieusement lointain. C’était la première fois que Langdon retrouvait l’air libre depuis son arrivée à la Rotonde, plusieurs heures auparavant.

Adieu ma conférence ! songea-t-il, amusé.

— Robert, regardez ! lança Katherine en pointant le doigt vers le bâtiment principal de la Bibliothèque. Le Jefferson Building, de l’autre côté de la rue.

Langdon eut un choc. Le Jefferson Building bourdonnait d’activité – des fourgons et des voitures y convergeaient, des hommes criaient. Un projecteur perça la nuit...

— Venez. Vite ! lança Langdon en saisissant la main de Katherine.

Ils coururent vers l’extrémité nord-est de la cour et disparurent derrière un joli immeuble en forme de « U ». La Folger Shakespeare Library. Cet édifice semblait être une cachette tout appropriée ce soir... La bibliothèque renfermait le manuscrit original en latin de Francis Bacon, La Nouvelle Atlantide, ce texte utopique qui avait inspiré, disait-on, les pères fondateurs pour créer un nouveau monde fondé sur la connaissance. Mais Langdon ne ralentit pas pour autant sa course.

Il nous faut un taxi !

Ils débouchèrent à l’angle de la 3 eRue et de East Capitole. La circulation était clairsemée. Avec angoisse, il scruta l’avenue. Aucun taxi en vue. Ils piquèrent un sprint sur le boulevard, pour s’éloigner au plus vite de la Bibliothèque du Congrès. Au bout de cent mètres d’une course effrénée, Langdon repéra enfin un taxi qui tournait au coin de la rue. Il lui fit de grands signes. Le chauffeur s’arrêta.

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