Brown, Dan - Le symbole perdu
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— Je ne peux pas. J’ai fait le serment de protéger le secret.
— Je me fiche de votre serment ! Obéissez ou je vous colle au trou pour...
— Proférez toutes les menaces possibles. Je ne vous aiderai pas.
Elle prit une profonde inspiration.
— Monsieur Bellamy..., commença-t-elle d’un ton menaçant. Vous n’avez aucune idée de ce qui se joue cette nuit, n’est-ce pas ? Pas la moindre ?
Il y eut un long silence. Un silence de plomb, rompu par la sonnerie du téléphone de Sato. Agacée, elle sortit l’appareil de sa poche.
— Du nouveau ? (Elle écouta avec attention le rapport de son interlocuteur.) Où est le taxi en ce moment ?... Combien de temps ?... D’accord. Parfait. Amenez-les au Jardin botanique. Par l’entrée de service. Et avec les deux morceaux de la pyramide !
Sato raccrocha et se tourna vers Bellamy avec un sourire narquois.
— Il semble que vous ne m’êtes plus d’aucune utilité...
75.
Robert Langdon regardait au loin, les yeux dans le vague, trop fatigué pour dire au chauffeur d’appuyer un peu plus sur l’accélérateur. Katherine était également silencieuse. Comme lui, elle était agacée par leur impuissance. Pourquoi cette pyramide était-elle aussi importante ? Ils avaient examiné toutes les possibilités, recoupé toutes les informations dont ils disposaient, revu cent fois la chronologie des événements de la soirée. En vain. Ils ne voyaient toujours pas en quoi cette pyramide pouvait être une carte.
Jeova Sanctus Unus ? Le secret est à l’intérieur de l’Ordre ?
Leur mystérieux ange gardien leur avait promis des réponses s’ils parvenaient à le rejoindre... « Un refuge à Rome, au nord du Tibre. » Les pères fondateurs avaient baptisé Washington « la Nouvelle Rome », et il subsistait des vestiges de ce rêve utopique : les eaux d’un Tibre se jetaient encore dans le Potomac, les sénateurs se rassemblaient sous une réplique de la coupole de la basilique Saint-Pierre, Vulcain et Minerve veillaient encore sur la flamme, aujourd’hui disparue, au centre de la Rotonde du Capitole.
Les réponses tant espérées les attendaient... à quelques kilomètres de là.
Au nord-ouest, sur Massachusetts Avenue.
Leur destination était effectivement un refuge, au nord de Tiber Creek, le « Tibre » de Washington.
Pourquoi ce taxi roulait-il si lentement !
Brusquement, Katherine se redressa sur la banquette, semblant prise d une illumination :
— Robert ! (Elle se tourna vers lui, le visage blanc comme un linge.) On roule dans la mauvaise direction !
— Je vous assure, répondit Langdon. C’est bien au nord-ouest sur Massachu...
— Non ! Ce n’est pas le bon endroit !
Langdon était perdu. Il avait expliqué à Katherine comment il avait résolu l’énigme. Dix pierres du mont Sinaï... une provenant des cieux... et une autre à l’effigie du sinistre père de Luc. Il n’existait qu’un seul édifice au monde ayant toutes ces caractéristiques. Et c’était exactement là où les emmenait le taxi.
— Katherine, écoutez-moi. Je suis sûr que c’est la bonne destination.
— Non ! Nous n’avons plus besoin d’aller là-bas ! Plus maintenant ! J’ai décodé la pyramide et la coiffe ! J’ai enfin compris !
Langdon écarquillait les yeux.
— Vous avez compris ?
— Oui ! Il faut aller à la Freedom Plaza ! Tout de suite !
Langdon était abasourdi. La Freedom Plaza, quoique relativement proche, était une destination totalement saugrenue.
— Jeova Sanctus Unus ! insistait Katherine. Le Seul Vrai Dieu des Hébreux. Le symbole sacré hébraïque est l’étoile de David, le sceau de Salomon, un symbole important des francs-maçons ! Donnez-moi votre stylo, ordonna-t-elle en sortant un billet de un dollar.
Langdon s’exécuta, ne comprenant toujours pas où elle voulait en venir.
— Regardez ! (Elle étala le billet sur sa cuisse, côté verso.) Si vous superposez le sceau de Salomon sur le Grand Sceau des États-Unis, expliqua-t-elle en dessinant l’étoile juive sur la pyramide. Regardez ce que vous obtenez !
Langdon scruta tour à tour le billet et Katherine, comme si elle avait perdu l’esprit.
— Robert, concentrez-vous ! Vous ne voyez donc pas ?
Il reporta son attention sur le dessin.

Où voulait-elle en venir ?
Langdon connaissait bien ce tracé. C’était la grande preuve que brandissaient les partisans de la théorie du complot, celle qui prouvait que les maçons tiraient les rênes du pouvoir. Quand on dessinait une étoile à six branches sur le Grand Sceau des États-Unis, le triangle supérieur de l’étoile se superposait parfaitement à l’Œil qui voit tout, le symbole maçonnique... et, curieusement, les cinq autres extrémités de l’étoile pointaient sur les lettres M, A, S, O, N[1].
— Katherine, ce n’est qu’une coïncidence. Et je ne vois toujours pas le rapport avec la Freedom Plaza.
— Regardez encore ! s’écria-t-elle, presque avec colère. Ce que je vous montre ! Là. Juste là ! Vous voyez ?
Et Langdon vit enfin.
*
L’agent Turner Simkins se tenait devant l’Adams Building, son téléphone rivé à l’oreille, tentant d’entendre la conversation qui avait lieu à l’arrière du taxi.
Il se passe quelque chose...
Son équipe était prête à embarquer dans l’hélicoptère – un Faucon noir spécialement conçu pour la CIA – et filer au nord-ouest pour installer un barrage... mais de toute évidence la donne venait de changer.
Quelques secondes plus tôt, Katherine Solomon avait déclaré qu’ils s’étaient trompés de destination. Son explication – un lien entre le billet de un dollar et l’étoile juive – lui était restée obscure, comme pour Robert Langdon. Du moins jusqu’à présent... Apparemment, Langdon venait d’avoir une illumination...
— Seigneur, vous avez raison ! bredouillait le professeur. Je n’avais pas vu !
L’agent Simkins perçut des coups sur la paroi de Plexiglas. La glace s’ouvrit.
— Changement de programme ! cria la femme au chauffeur. On va à Freedom Plaza ! Tournez à gauche ! A gauche ! Là !
Simkins entendit les pneus du taxi crisser à un carrefour. La femme parlait de nouveau à Langdon, dans un grand état d’agitation. Elle lui expliquait quelque chose à propos de la réplique en bronze du Grand Sceau qui se trouvait sur l’esplanade.
— Madame ? Juste pour être sûr..., l’interrompit le chauffeur, d’une voix chevrotante. On va maintenant à Freedom Plaza, à l’angle de Pennsylvanie et de la 13 e ?
— Oui ! répondit Katherine Solomon. Vite !
Simkins esquissa un sourire.
Bien joué, Omar...
L’agent embarqua en toute hâte dans l’hélicoptère.
— On les tient ! A Freedom Plaza !
76.
La Freedom Plaza est une carte.
Couverte d’une grande dalle, elle reproduit le plan de la ville de Washington, telle que l’avait conçue, à l’origine, Pierre L’Enfant. Haut lieu touristique, non seulement parce qu’il est amusant de marcher sur les rues de la carte géante, mais également parce que c’était à cet endroit que Martin Luther King avait rédigé son fameux discours « I Have a Dream » , avant de le prononcer à l’hôtel Willard tout proche. La place a d’ailleurs été rebaptisée Freedom Plaza – la place de la liberté – en l’honneur du pasteur.
Omar Amirana emmenait souvent des clients là-bas, mais ce soir ses deux passagers n’avaient rien de touristes en vacances.
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