Brown, Dan - Le symbole perdu
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Ils avaient la CIA aux trousses !
À peine le chauffeur s’était-il arrêté qu’ils sautaient de son taxi.
— Restez ici ! lança l’homme avec la veste de tweed. On revient tout de suite !
Omar regarda le couple s’élancer sur la place où se trouvait l’immense carte. Ils se mirent à examiner le plan, désignant des rues, des bâtiments, l’air excité. Omar prit son téléphone sur le tableau de bord.
— Monsieur, vous êtes toujours là ?
— Oui, Omar ! cria une voix, à peine audible derrière un bruit de moteur. Où êtes-vous en ce moment ?
— Devant la carte. Ils semblent chercher quelque chose.
— Ne les perdez pas de vue, cria l’agent. On arrive !
Omar observa les deux silhouettes. Ils avaient trouvé la réplique du Grand Sceau – l’un des plus grands médaillons de bronze jamais forgés. Le couple l’examina un moment, puis la femme pointa le doigt vers le sud-ouest. L’homme revint en courant vers le taxi. Omar reposa vite son téléphone.
— Quelle direction pour Alexandria ? demanda l’homme, hors d’haleine.
— Alexandria ? Par là.
Omar tendit le bras vers le sud-ouest, la même direction qu’indiquait le couple quelques instants plus tôt.
— Je le savais ! murmura l’homme. Vous aviez raison. C’est à Alexandria ! dit-il à celle qui l’accompagnait.
La femme désigna une bouche de métro, de l’autre côté de la place.
— La Blue Line, Robert. Elle y va directement ! On descendra à King Street !
Omar eut une bouffée de panique.
Oh non...
L’homme se retourna vers Omar et lui tendit plus qu’il n’en fallait pour payer la course.
— Merci. On s’arrête ici.
Il ramassa son sac et partit en courant.
— Attendez ! Je peux vous y conduire. J’y vais tout le temps !
Mais il était trop tard. Le couple était déjà de l’autre côté de l’esplanade. Ils disparurent dans la bouche de métro.
Omar saisit son téléphone.
— Monsieur ! Ils sont dans le métro ! Je n’ai pas pu les en empêcher ! Ils ont pris la Blue Line pour Alexandria !
— Restez où vous êtes ! cria l’agent. On sera sur zone dans quinze secondes !
Omar regarda la poignée de billets que l’homme lui avait donnée. Le billet du dessus portait une inscription. C’était le billet où la femme avait dessiné. Il y avait une étoile juive tracée sur le Grand Sceau. Les extrémités pointaient sur des lettres, formant le mot MASON.
Tout à coup, il y eut un bruit assourdissant, comme si un camion fou fonçait sur le taxi. Omar regarda la rue. Déserte. Le bruit grandit encore. Et soudain un hélicoptère, comme un monstre noir et luisant, descendit du ciel et atterrit au milieu de la place.
Un groupe en tenue de combat jaillit de l’appareil. Le gros de la troupe fonça droit sur la station de métro, mais un homme accourut vers le taxi. Il ouvrit la portière côté passager.
— Vous êtes Omar ?
Le chauffeur hocha la tête, pas rassuré du tout.
— Ils ont dit où ils allaient ?
— A Alexandria ! Station King Street... J’ai proposé de les y conduire mais...
— Où ça à Alexandria ? Ils l’ont dit ?
— Non. Ils ont examiné le médaillon au milieu de la place, puis ils ont parlé d’Alexandria. Et ils m’ont payé... avec ça.
Il montra le billet griffonné. Alors que l’agent examinait le curieux dessin, Omar comprit soudain.
Les maçons, Alexandria...
L’un des monuments les plus célèbres de la franc-maçonnerie se trouvait à Alexandria.
— J’ai trouvé ! lança-t-il. Ils vont au Mémorial maçonnique George Washington ! C’est juste en face de King Street !
— Oui, vous avez raison, répliqua l’agent de la CIA qui venait lui aussi de comprendre.
Les hommes sortaient de la station au pas de course.
— On les a ratés ! cria l’un des soldats. La rame vient de partir. Il n’y a plus personne sur le quai !
L’agent Simkins consulta sa montre et se tourna vers Omar.
— Combien de temps, en métro, jusqu’à Alexandria ?
— Dix minutes. Au moins.
— Omar, vous avez fait du bon boulot. Je vous remercie.
— Il y a pas de quoi. Que se passe-t-il au juste ?
Mais l’agent Simkins ne lui répondit pas ; il courait déjà vers l’hélicoptère.
— À la station King Sreet ! criait-il. Il faut y être avant eux !
Interdit, Omar regarda la grande bête noire décoller. Elle vira au-dessus de Pennsylvania Avenue dans un vrombissement, et disparut dans la nuit.
*
Sous les pieds du chauffeur de taxi, une rame quittait la Freedom Plaza. À son bord, Robert Langdon et Katherine Solomon étaient assis sur une banquette, haletants, pétrifiés, se laissant emporter vers leur destination.
77.
Le souvenir commençait toujours de la même manière.
Une chute... à la renverse... vertigineuse... vers la rivière couverte de glace qui coulait au fond du ravin. Au-dessus de lui, les yeux froids et gris de Peter Solomon le fixaient derrière la gueule noire du pistolet. Au fil de sa chute, le monde reculait et disparaissait, avalé par le nuage de brume qui montait de la cataracte.
Pendant un instant, tout devint blanc, blanc comme le paradis.
Puis, il heurta la glace.
Le froid. Le noir. La douleur.
Il était emporté, tourneboulé par une main invisible qui le projetait sur les rochers, englouti dans un vide d’une froideur inconcevable. Ses poumons réclamaient de l’air, mais ses muscles, tétanisés, ne lui répondaient plus.
Je suis sous la glace...
La couche près de la chute d’eau était moins épaisse, à cause des turbulences. Et Andros était passé au travers. Mais, à présent, il était entraîné par le courant, piégé sous un plafond blanc. Il griffait la face interne de la glace, tentant de la percer, mais il n’avait aucun point d’appui. Le feu dans son épaule, causé par la balle du pistolet, avait disparu, comme celui dans sa poitrine, pourtant criblée de plombs... tout s’évanouissait dans cette pulsation glacée où s’égarait son corps.
Le courant s’accéléra soudain, et il fut emporté par la force centrifuge comme un caillou dans une fronde. Tout son corps hurlait. De l’air ! Brusquement, il se retrouva pris dans des branchages. Un arbre... un arbre tombé dans l’eau... Réfléchis ! Il attrapa une branche, et se hissa lentement vers la surface, jusqu’à l’endroit où le bois traversait la glace. Du bout des doigts, il trouva le minuscule espace d’eau libre sur le pourtour de l’écorce. Il tira sur le bord, de toutes ses forces, tentant d’élargir l’interstice, une fois, deux fois. Le trou s’agrandit. Quelques centimètres.
En se cramponnant à la branche, il plaqua sa bouche dans l’ouverture. L’air froid de l’hiver lui parut bouillant dans ses poumons. Le soudain influx d’oxygène lui redonna espoir. Il plaça ses pieds sur le tronc et s’arc-bouta pour faire pression, avec ses épaules, sur le couvercle translucide. La couche, percée en divers endroits par les branches et les débris, était déjà fragilisée. Après une dernière poussée sur ses jambes, sa tête traversa la glace et trouva l’air libre. L’air emplit ses poumons. Toujours prisonnier de la rivière gelée, il se tortilla comme un diable pour se hisser à la surface, battant des pieds et des bras avec l’énergie du désespoir. Enfin, il se retrouva libre, gisant sur la glace.
Andros retira sa cagoule et la rangea dans sa poche. Il scruta les rives en amont, cherchant à repérer Peter Solomon. Le coude de la rivière lui bouchait la vue. La douleur revenait dans sa poitrine, dans son épaule. Un feu ardent... Sans bruit, il posa des branchages sur le trou pour le dissimuler. Demain, tout serait de nouveau gelé.
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