Brown, Dan - Le symbole perdu
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Il poussa un soupir et contempla le mémorial maçonnique qui se profilait à l’horizon. Cette tour, dans son écrin de projecteurs, était aussi impressionnante que les monuments du Mail. Simkins ne l’avait jamais visitée. Et ce ne serait pas encore pour ce soir... Si tout se déroulait comme prévu, Robert Langdon et Katherine Solomon ne sortiraient jamais du métro.
— Là-bas ! cria-t-il au pilote en désignant la station King Street en face du mémorial.
Le pilote obliqua et posa l’appareil sur une pelouse au pied de Shuter’s Hill.
Les piétons, surpris, regardèrent le groupe d’intervention sauter au sol et s’engouffrer dans la bouche de métro. Dans l’escalier, les voyageurs s’écartèrent en toute hâte, se plaquant aux murs pour laisser passer les hommes en treillis noirs.
King Street était plus vaste que ne l’imaginait Simkins. Plusieurs lignes s’y croisaient : la Blue Line, la Yellow Line, ainsi que des trains de banlieue. Il courut vers le plan de métro mural, repéra le quai où s’arrêtaient les rames en provenance de Freedom Plaza.
— La Blue Line, correspondance Sud ! cria-t-il à ses hommes. Foncez là-bas et faites sortir tout le monde !
Simkins se précipita vers le guichet et montra sa plaque à l’employée.
— La prochaine rame en provenance du centre-ville... À quelle heure arrive-t-elle ?
La femme pâlit.
— Je ne sais pas trop. Elles se succèdent toutes les onze minutes environ. Il n’y a pas d’horaire précis.
— Quand est passée la dernière rame ?
— Cinq minutes... six, peut-être. Pas plus. Simkins fit un rapide calcul.
Parfait. Langdon était dans la prochaine...
*
Dans le wagon, Katherine s’agita sur son siège inconfortable. L’éclairage fluorescent lui faisait mal aux yeux ; ses paupières étaient lourdes. Les garder ouvertes devenait un combat de chaque instant. Langdon était assis à côté d’elle. La voiture était déserte. Les yeux dans le vague, il regardait sa sacoche posé à ses pieds. Bercé par le roulis, lui aussi luttait contre le sommeil.
Katherine songeait aux deux étranges objets que contenait ce sac.
Pourquoi la CIA s’intéressait-elle à cette pyramide ?
Au dire de Bellamy, Inoue Sato connaissait le grand pouvoir de la Pyramide maçonnique. Même si cet objet révélait effectivement l’endroit où était caché un savoir mystique et ancestral, Katherine ne parvenait pas à comprendre en quoi la découverte d’un tel secret obsédait tant l’Agence.
Certes, la CIA avait dirigé incognito divers programmes dans le domaine de la parapsychologie ou du paranormal, des recherches qui flirtaient avec la magie ancienne et l’ésotérisme. Elle se souvenait du scandale « Stargate/Scannate », en 1995, où la CIA tentait de mettre au point une technologie appelée « la vision à distance » – une sorte de téléportation de l’esprit, permettant au sujet d’observer et d’espionner n’importe quel endroit sur la terre, sans s’y trouver physiquement. Les hermétistes parlaient de projection astrale, les yogis d’expérience hors du corps. Malheureusement, le contribuable moyen jugea le projet absurde et le programme fut arrêté. Officiellement, du moins.
Ironie du destin, il y avait un lien saisissant entre les travaux avortés de la CIA et les découvertes récentes de Katherine dans son domaine de la noétique.
Katherine brûlait d’appeler la police pour savoir s’ils avaient trouvé Peter à Kalorama Heights, mais ni Langdon ni elle n’avaient plus de téléphone. En outre, joindre les autorités aurait été une grosse erreur, inutile de signaler leur position.
Patience...
Dans quelques minutes, ils seraient à l’abri, chez quelqu’un qui leur apporterait des réponses. Et celles-ci, espérait-elle, les aideraient à sauver son frère.
— Robert ? murmura-t-elle en regardant le plan de la ligne. On descend au prochain arrêt.
Langdon émergea lentement de sa rêverie et ramassa ses affaires. Alors que le train arrivait à la station, il regarda Katherine, guère rassuré.
— Espérons que nous n’aurons pas d’autres mauvaises surprises.
*
Lorsque Turner Simkins rejoignit son équipe, le quai avait été évacué et les hommes s’étaient positionnés derrière les piliers. Au loin, le grondement de la rame enflait. Simkins sentit la bouffée d’air chaud fouetter son visage.
Vous êtes fait comme un rat, Langdon ! songea-t-il.
Simkins se tourna vers les deux agents qui l’accompagnaient.
— Sortez vos plaques et vos armes. Les rames sont automatiques, mais il y a un machiniste à l’intérieur pour ouvrir les portes. Trouvez-le !
Les feux de la voiture de tête apparurent dans le tunnel. Le crissement des freins retentit. Tandis que le train jaillissait dans la station et commençait à ralentir, Simkins et ses deux hommes d’escorte brandirent leur plaque, pour attirer l’attention du machiniste.
Ce dernier se trouvait dans la troisième voiture ; il avait l’air étonné. Pourquoi trois types en treillis agitaient-ils les bras comme ça ? Simkins courut derrière la rame qui était sur le point de s’arrêter.
— CIA ! N’ouvrez pas ! (Il rattrapa la voiture où se trouvait le machiniste et lui mit sa plaque sous le nez.) N’ouvrez pas les portes ! Vous avez compris ?
La rame s’immobilisa. L’employé hocha la tête.
— Que se passe-t-il ? demanda-t-il par la fenêtre de sa cabine.
— Bloquez la rame. Et n’ouvrez pas ! répéta Simkins.
— D’accord.
— Vous pouvez nous faire entrer par la tête du train ?
L’homme acquiesça. Guère rassuré, il descendit sur le quai, referma la porte derrière lui et accompagna les trois agents jusqu’à la première voiture, qu’il ouvrit manuellement.
— Refermez derrière nous ! ordonna Simkins en sortant son arme.
Le premier wagon ne contenait que quatre passagers – trois adolescents et une vieille femme. Tous sursautèrent en voyant surgir les trois hommes armés.
— Pas de panique ! lança Simkins en montrant sa plaque. Restez assis.
Les agents poursuivirent leur progression vers la queue du train, passant au crible les voitures aux portes verrouillées, continuant de « presser le tube de dentifrice », comme on disait à la « Ferme », le centre d’entraînement de la CIA. Il n’y avait pas grand monde. Parvenus au milieu de la rame, ils n’avaient toujours pas trouvé Langdon ou Katherine Solomon. Mais Simkins restait confiant. Une rame de métro était une souricière. Aucune cachette possible. Pas de toilettes, pas de soute, pas d’issues de secours. Même si le couple les avait aperçus sur le quai et avait fui vers l’extrémité du train, il n’avait aucun moyen de s’enfuir. Il était quasiment impossible de forcer une porte et, de plus, ses hommes étaient postés à l’extérieur.
Patience donc...
Mais, arrivé à l’avant-dernière voiture, Simkins commença à avoir des doutes. Un seul passager – un Chinois. Ils reprirent leur fouille, regardant sous chaque siège. Personne.
— C’est la dernière voiture, souffla Simkins en agrippant son arme.
Sitôt entrés, les trois hommes s’immobilisèrent.
Personne...
Simkins parcourut à grands pas le wagon désert et, furieux, se retourna vers ses hommes.
— Mais où sont-ils passés ?
79.
À dix kilomètres de là, au nord d’Alexandria, le couple traversait tranquillement une grande pelouse blanchie par le givre.
— Vous auriez dû être actrice, commenta Langdon, étonné par les talents d’improvisation de son amie.
— Vous n’étiez pas mal non plus.
Au début, il n’avait pas compris où Katherine voulait en venir. Brusquement, elle avait demandé au chauffeur de taxi de les emmener à Freedom Plaza, après une soudaine illumination concernant l’étoile de David et le Grand Sceau des États-Unis. Elle avait tracé sur un billet de un dollar le schéma éculé des adeptes de la théorie du complot, en insistant pour qu’il suive... son doigt.
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