Brown, Dan - Le symbole perdu

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Mal’akh sortit l’arme de son écrin et, respectueusement, il lustra la lame à l’aide d’un morceau de soie imbibé d’eau purifiée. Ses talents s’étaient accrus depuis ses premières expériences à New York. L’Art occulte, que pratiquait Mal’akh, était désigné par de nombreux noms, dans de nombreuses langues, mais il n’en restait pas moins une science exacte. La technologie des premiers âges avait autrefois détenu la clé des portes menant au grand pouvoir, mais elle avait été interdite, reléguée dans les ombres de l’occultisme et de la magie. Les rares personnes qui pratiquaient encore l’Art passaient pour des fous. Grossière erreur...

Ce n’est pas une œuvre pour les simples d’esprit.

L’Art ancien, comme la science moderne, exigeait des formules précises, des ingrédients spécifiques, et un chronométrage méticuleux.

Cet Art n’avait rien à voir avec la vaine magie noire d’aujourd’hui, à laquelle s’adonnaient des amateurs sans grande conviction. L’Art, comme la physique nucléaire, pouvait libérer des forces incommensurables. Les mises en garde étaient sinistres : le novice pouvait être frappé par un retour d’énergie et périr foudroyé.

Mal’akh posa sa précieuse lame et porta son attention sur le parchemin étalé sur l’autel. Il l’avait fabriqué lui-même, avec la peau d’un agneau. Comme l’exigeaient les grands maîtres, la bête était pure. Il avait placé, à côté du parchemin, une plume confectionnée dans une penne d’aile de corbeau, une soucoupe d’argent, et trois chandelles – disposées en cercle autour d’un bol de cuivre. Le bol contenait un liquide rouge et épais.

Le sang de Peter Solomon.

Le sang est la teinture de l’éternité.

Mal’akh trempa la plume dans le bol, posa sa main gauche à plat sur le parchemin et, soigneusement, il dessina le contour de sa paume et ses doigts. Une fois la silhouette terminée, il ajouta, sur le dessin, les cinq symboles des Mystères anciens – un à chaque extrémité.

La couronne... pour le roi que je vais devenir.

L’étoile... pour les cieux qui ont orchestré ma destinée.

Le soleil... pour l’illumination de mon âme.

La lanterne... pour la faible lumière de la compréhension humaine.

Et la clé... pour la pièce manquante, celle que je vais enfin posséder ce soir.

Mal’akh acheva son œuvre et l’admira à la lumière des trois chandelles. Il attendit que le sang sèche, puis il plia l’épais document en trois parties égales. Tout en psalmodiant une incantation ancestrale, Mal’akh approcha son dessin de la troisième bougie et l’enflamma. Il déposa le parchemin en feu dans la soucoupe d’argent et le laissa brûler. La peau tannée se transforma en une poudre noire. Quand les derniers restes furent consumés, Mal’akh versa les cendres dans le bol contenant le sang, puis il mélangea la mixture avec la plume de corbeau.

Le liquide se colora d’un pourpre sombre, presque noir.

Tenant le bol dans ses deux mains en coupe, il leva le récipient au-dessus de sa tête et entonna l’eukharistos, la communion au sang des Anciens. Puis, avec grand soin, il versa le liquide sombre dans un flacon de verre et le boucha. Ce serait l’encre avec laquelle il tatouerait l’ultime partie de peau vierge sur le sommet de son crâne pour terminer son chef-d’œuvre.

82.

La Cathédrale nationale de Washington est la sixième plus grande cathédrale du monde et ses flèches s’élèvent comme deux gratte-ciel de trente étages. Avec ses deux cents vitraux, son carillon de cinquante-trois cloches et son orgue de plus de mille tuyaux, cet édifice majestueux peut accueillir plus de trois mille fidèles.

Ce soir, toutefois, la grande nef était déserte.

Le révérend Colin Galloway – doyen de la cathédrale – semblait sans âge. Tout voûté et fripé, il portait une simple soutane noire. D’un mouvement de tête, il leur fit signe d’entrer. Langdon et Katherine suivirent le vieillard en silence dans la vaste allée centrale. Arrivé à la croisée du transept, le doyen leur fit traverser le jubé, la barrière symbolique séparant la nef du chœur liturgique.

Une odeur d’encens flottait dans l’air. L’alcôve sacrée était plongée dans la pénombre, éclairée seulement par les réflexions des vitraux. Les drapeaux des cinquante États étaient suspendus au sommet des colonnes, et des retables, narrant des épisodes bibliques, fermaient le sanctuaire. Le prêtre aveugle continua d’avancer, connaissant apparemment les lieux par cœur. Un moment, Langdon crut qu’il allait se diriger vers le grand autel, où étaient enchâssées les dix pierres du mont Sinaï, mais leur guide obliqua sur la gauche vers une porte dérobée, menant aux annexes.

Ils empruntèrent un petit couloir pour déboucher devant une porte, estampillée :

Révérend Colin Galloway

Doyen

Le révérend Galloway ouvrit la porte et, par courtoisie pour ses hôtes, alluma la lumière. Il leur fit signe d’entrer et referma derrière eux.

Le bureau était petit, mais élégant : des rayonnages de livres, un secrétaire, une armoire ancienne, et une salle de bains privative. Les murs étaient décorés de tapisseries du XVI esiècle et de peintures d’inspiration religieuse. Le vieil aveugle les invita à s’asseoir en désignant deux sièges de cuir devant son bureau. Langdon fut soulagé de pouvoir enfin poser son sac.

Un sanctuaire et des réponses, songeait Langdon, en regardant autour de lui.

Le vieil homme fit le tour du bureau et s’assit dans son grand fauteuil. Puis, avec un long soupir, il leva la tête et posa son regard laiteux sur le couple.

— Nous ne nous sommes jamais rencontrés, déclara le vieillard d’une voix étonnamment claire, mais j’ai l’impression de vous connaître, l’un et l’autre. (Il sortit un mouchoir et se tamponna la bouche.) Professeur Langdon, j’ai lu vos écrits... dont, évidemment, cet article érudit sur le symbolisme de cette cathédrale. Quant à vous, madame Solomon, je connais bien votre frère Peter. Nous sommes frères aussi... depuis des années.

— Peter est en danger ! bredouilla Katherine.

— C’est ce que j’ai appris. Et je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.

Langdon ne vit aucune bague maçonnique au doigt du doyen. Nombre de francs-maçons, en particulier ceux issus du clergé, préféraient dissimuler leur appartenance à l’ordre.

Au fil de leur conversation, il apparut que Bellamy avait raconté dans le détail leur aventure de la soirée. Quand Langdon et Katherine lui apprirent les derniers événements, le doyen parut plus inquiet encore.

— Et cet homme qui détient notre cher frère exige le décryptage de la pyramide ?

— C’est exact, répondit Langdon. Selon lui, la pyramide est une carte qui permet de trouver la cachette des Mystères anciens.

Le doyen tourna ses yeux morts vers Langdon.

— Au ton de votre voix, j’en déduis que vous n’y croyez pas.

Langdon ne voulait pas entrer dans ce débat. Le temps pressait.

— Peu importe ce que je crois ou non. Il faut sauver Peter. Malheureusement, nous avons déchiffré la pyramide, et elle n’indique aucun lieu.

— Vous avez déchiffré la pyramide ? s’inquiéta le vieil homme en se redressant.

Katherine vint à la rescousse de Langdon, expliquant que, malgré les mises en garde de Warren Bellamy et les souhaits de Peter, c’était elle qui avait ouvert la boîte, parce qu’à ses yeux, sauver son frère passait avant tout. Elle parla de la coiffe en or, du carré magique d’Albrecht Dürer, et raconta comment ils avaient décrypté le code maçonnique et trouvé la phrase Jeova Sanctus Unus.

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