Brown, Dan - Le symbole perdu
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— Ce n’est pas très encourageant comme message. En quoi cela peut-il nous aider ?
Elle ne voyait nulle part le nombre 1514 dont avait parlé Langdon.
— L’ordre à partir du chaos, répéta Langdon avec un sourire en coin. Comme l’a promis votre frère. (Il sortit de sa poche le tableau de lettres qu’il avait dressé grâce au code maçonnique.) Pour l’instant cette grille n’a aucun sens.
Il étala le papier devant eux.

Perplexe, Katherine regarda le tableau.
— Mais Dürer va la transformer...
— Et comment ?
— Alchimie linguistique ! répondit Langdon en désignant l’écran. Observez attentivement. Caché dans cette œuvre, il y a un outil qui va nous permettre de tirer un sens de ces seize lettres. (Il attendit un peu.) Vous ne le voyez pas ? Cherchez le nombre 1514...
Katherine n’était pas d’humeur à jouer aux devinettes.
— Robert, je ne trouve rien... une sphère, une échelle, un couteau, un polyèdre, une règle... Je donne ma langue au chat !
— Regardez mieux ! Là, en arrière-plan... sculpté dans le mur, derrière le personnage, juste sous la cloche... Vous voyez ce tableau rempli de chiffres...
Katherine l’aperçut et repéra aussitôt le nombre 1514 dans la ligne du bas.
— Ce tableau est la clé pour déchiffrer le code de la pyramide !
Elle le considéra avec des yeux ronds.
— Il ne s’agit pas d’une simple grille avec des chiffres, poursuivit-il, en souriant de satisfaction. Ceci, madame Solomon, est un carré magique !
69.
Où m’emmènent-ils ? se demandait Bellamy.
Attaché à l’arrière du 4x4, l’Architecte avait toujours les yeux bandés. Après une petite halte quelque part à proximité de la Bibliothèque du Congrès, le véhicule avait repris sa route pour un court trajet. L’Escalade s’arrêta une nouvelle fois, après une centaine de mètres.
Bellamy entendait des voix assourdies.
— Désolé, mais c’est impossible, disait quelqu’un avec autorité. C’est fermé à cette heure.
Le chauffeur répondit avec la même morgue :
— Enquête de la CIA... sécurité nationale !
Apparemment ces quelques mots, et sans doute la vue d’une plaque officielle, suffirent à convaincre l’interlocuteur.
— Oui... Tout de suite... l’entrée de service... (Il y eut un long grincement semblable à celui d’une porte qui coulissait.) Vous voulez que je vous accompagne ? reprit l’homme. Une fois à l’intérieur, vous ne pourrez passer les...
— Inutile. Nous avons accès partout.
Le garde n’eut pas le temps de manifester sa surprise. Le véhicule repartait déjà. Il roula sur une cinquantaine de mètres. La lourde porte se referma derrière eux dans un grondement de métal.
Puis ce fut le silence.
Bellamy s’aperçut qu’il tremblait.
Avec un bruit sec, le hayon arrière s’ouvrit. Une douleur vive lui transperça l’épaule au moment où quelqu’un le sortait sans ménagement du véhicule. Sans un mot, on le fit avancer. Une odeur étrange flottait dans l’air, une odeur de terre. D’autres pas résonnaient à côté de lui, en plus de ceux de son geôlier. Mais cette tierce personne n’avait pas encore ouvert la bouche.
Ils s’immobilisèrent devant une porte et Bellamy entendit le bip électronique d’une serrure. On lui fit traverser alors une enfilade de couloirs. Plus ils progressaient, plus l’air devenait moite et humide. Une piscine intérieure, peut-être ? Non. Il ne sentait pas le moindre relent de chlore. C’était une senteur beaucoup plus primale, plus élémentaire, qui l’enveloppait.
Où sommes-nous ?
Ils étaient pourtant tout près du Capitole... Ils stoppèrent de nouveau. Encore un bip électronique. Cette fois le battant s’ouvrit dans un chuintement discret. Quand on lui fit franchir le seuil, il identifia enfin cette odeur.
Il savait où il se trouvait. Seigneur ! Il venait souvent ici, mais jamais par l’entrée de service ! Ce magnifique bâtiment de verre se dressait à moins de trois cents mètres du Capitole – juridiquement, il faisait même partie du Congrès.
Ils sont sur mes terres !
C’était grâce à sa clé personnelle qu’ils étaient entrés.
Des bras puissants le poussèrent en direction d’un passage circulaire qu’il connaissait bien. D’ordinaire, cette chaleur capiteuse le rassurait. Mais, aujourd’hui, elle lui donnait des sueurs froides.
On l’immobilisa brusquement, pour l’asseoir sur un banc. L’homme aux bras musclés détacha un court instant les menottes pour les refermer au montant dans son dos.
— Qu’est-ce que vous attendez de moi ? demanda Bellamy, le cœur battant.
Pour toute réponse, il entendit des bruits de pas s’éloigner. Le chuintement de la porte vitrée.
Puis le silence encore.
Un silence de mort.
Ils vont me laisser ici ?
La sueur glacée perlait dans sa nuque. Impossible de se débarrasser de ces menottes.
Je ne peux même pas retirer ce bandeau !
— À l’aide ! cria-t-il. Il y a quelqu’un ?
Évidemment, personne ne pouvait l’entendre... Cette grande salle vitrée, baptisée la Jungle, était totalement hermétique une fois les portes fermées.
Ils m’ont abandonné dans la Jungle ! Personne ne me trouvera avant demain matin !
Un bruit se fit entendre.
À peine audible, mais terrifiant... un bruit à vous glacer le sang.
C’était une respiration. Toute proche.
Il n’était pas seul sur le banc !
On gratta une allumette, si près que Bellamy sentit un souffle d’air chaud lui frôler la joue. Instinctivement, il voulut reculer et ses menottes lui mordirent les poignets.
Soudain, une main se posa sur son visage et lui retira le bandeau.
Une flamme dansa devant lui, puis se refléta dans les prunelles noires d’Inoue Sato quand elle l’approcha pour allumer sa cigarette.
Elle le regardait fixement, sous le clair de lune qui nimbait la voûte vitrée, ravie de lire la peur chez son captif.
— Alors, monsieur Bellamy..., dit-elle en secouant son allumette. Par quoi allons-nous commencer ?
70.
Un carré magique.
Katherine dodelina lentement de la tête en observant la grille que Dürer avait incluse dans sa gravure. Le commun des mortels aurait pris Langdon pour un fou, mais Katherine s’était aperçue qu’il disait vrai.
Un « carré magique » n’était pas un objet ésotérique mais mathématique. C’était le nom que l’on donnait à un tableau de chiffres organisés de telle façon que la somme des nombres de chaque colonne, de chaque ligne et de chaque diagonale soit toujours identique. Inventés voilà quatre millénaires par des mathématiciens égyptiens et indiens, les carrés magiques, aux yeux de certaines personnes, recelaient des pouvoirs surnaturels. Katherine avait lu que, de nos jours encore, des hindous dévots traçaient des carrés de trois par trois, appelés Kubera Kolam, sur leur autel à pûjâ. Mais pour l’essentiel, l’homme moderne les considérait comme de simples jeux mathématiques, et nombre de gens prenaient plaisir à trouver de nouvelles configurations « magiques ». Du sudoku pour génies !
Katherine analysa rapidement celui de Dürer, ajoutant les nombres des colonnes et des lignes.

— Trente-quatre, déclara-t-elle. Toutes les sommes donnent trente-quatre dans les trois directions.
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