Antoine de Saint-Exupéry - CITADELLE
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Et cependant la lourde épaule de la mer dont il n'y avait rien à connaître les pénétrait de ses mouvements, lents et terribles. Il arrivait qu'au sommet d'une ascension tout flottât dans une sorte d'absence. Alors le navire tout entier tremblait comme si s'était fendue son armature, comme déjà épars, et, tant que durait cette fonte des réalités, ils s'interrompaient de prier, de parler, d'allaiter les enfants ou de ciseler l'argent pur. Mais chaque fois un craquement unique, dur comme la foudre, traversait les bois de part en part. Le navire retombait comme en soi-même, pesant à rompre sur tous ses contreforts, et cet écrasement arrachait aux hommes des vomissements.
Ainsi se serraient-ils comme dans une étable craquante sous l'écœurant balancement des lampes à huile. Je leur fis dire, de peur qu'ils ne s'angoissent:
«Que ceux d'entre vous qui travaillent l'argent me cisèlent une aiguière. Que ceux qui préparent les repas des autres s'y efforcent mieux. Que les valides prennent soin des malades. Que ceux qui prient s'enfoncent plus loin dans la prière…»
Et à celui-là que je découvrais appuyé, blême, contre une poutre et qui écoutait à travers les calfats épais le chant interdit de la mer:
«Va dans la cale me dénombrer les moutons morts. Il arrive qu'ils s'étouffent l'un l'autre dans leur terreur…»
Il me répondit:
«Dieu pétrit la mer. Nous sommes perdus. J'entends craquer les maîtres couples du navire… Ils ne doivent point se révéler puisqu'ils sont cadres et armatures. Ainsi des assises du globe auxquelles nous confions nos maisons et la procession d'oliviers et la tendresse des moutons de laine qui mâchent lentement l'herbe de Dieu dans le soir. Il est bon de s'occuper des oliviers, des moutons et du repas et de l'amour dans la maison. Mais il est mauvais que le cadre même nous tourmente. Que ce qui était fait redevienne ouvrage. Voici qu'ici ce qui doit se taire prend la parole. Qu'allons-nous devenir si les montagnes balbutient? J'ai entendu, moi, ce balbutiement et ne saurais plus l'oublier…
— Quel balbutiement? lui demandai-je.
— Seigneur, j'habitais autrefois un village bâti sur le dos rassurant d'une colline, bien planté dans la terre et son ciel, un village établi pour durer et qui durait. Une usure merveilleuse luisait sur la margelle de nos puits, sur la pierre de nos seuils, sur l'épaulement courbe de nos fontaines. Mais voici qu'une nuit quelque chose se réveilla dans notre assise souterraine. Nous comprîmes que sous nos pieds la terre recommençait de vivre et de se pétrir. Ce qui était fait redevenait ouvrage. Et nous eûmes peur. Nous eûmes peur non tant pour nous-mêmes que pour l'objet de nos efforts. Pour ce contre quoi nous nous échangions au cours de la vie. J'étais, moi, ciseleur et j'eus peur pour la grande aiguière d'argent, à laquelle depuis deux années je travaillais. Contre laquelle j'avais échangé deux années de veilles. L'autre tremblait pour ses tapis de haute laine qu'il avait tissés dans la joie. Chaque jour il les déroulait au soleil. Il était fier d'avoir échangé quelque chose de sa chair racornie contre cette vague qui paraissait d'abord profonde. Un autre eut peur pour les oliviers qu'il avait plantés. Et je prétends qu'aucun d'entre nous ne craignait la mort, mais tous nous tremblions pour de petits objets stupides. Nous découvrions que la vie n'a de sens que si on l'échange peu à peu. La mort du jardinier n'est rien qui lèse un arbre. Mais si tu menaces l'arbre, alors meurt deux fois le jardinier. Et il y avait parmi nous un vieux conteur qui connaissait les plus beaux contes du désert. Et qui les avait embellis. Et qui était seul à les connaître n'ayant point de fils. Et tandis que la terre commençait de glisser il tremblait pour de pauvres contes qui jamais plus ne seraient chantés par personne. Mais la terre continuait de vivre et de se pétrir et une grande marée ocre commençait de se former et de descendre. Et que veux-tu que l'on échange de soi pour embellir une marée mouvante qui se retourne lentement et avale tout? Que bâtir sur ce mouvement? «Sous la pesée les maisons viraient lentement et sous l'effet d'une torsion presque invisible les poutres éclataient brusquement comme des barils de poudre noire. Ou bien les murs commençaient de trembler jusqu'à brusquement se répandre. Et ceux d'entre nous qui survivaient perdaient leur signification. Sauf le conteur devenu fou et qui chantait.
«Où nous emportes-tu? Ce navire sombrera avec le fruit de nos efforts. Dehors je sens que le temps coule en vain. Je sens le temps qui coule. Il ne doit point couler ainsi, sensible, mais durcir et mûrir et vieillir. Il doit ramasser peu à peu l'ouvrage. Mais que durcit-il, désormais, qui vienne de nous et qui restera?»
VI
Et je m'en fus parmi mon peuple songeant à l'échange qui n'est plus possible lorsque rien de stable ne dure à travers les générations, et au temps qui coule alors, inutile, comme un sablier. Et je songeais: cette demeure n'est point assez vaste et l'œuvre contre laquelle il s'échange n'est point assez durable encore. Et je songeais aux pharaons qui se firent bâtir de grands mausolées indestructibles et anguleux et qui avancent dans l'océan du temps qui les use lentement en poussière. Je songeais aux grands sables vierges des caravanes dont quelquefois émerge un temple d'autrefois, à demi sombré et comme démâté déjà par l'invisible tempête bleue, voguant encore à demi, mais condamné. Et je songeais: il n'est point assez durable, ce temple avec sa charge de dorures et d'objets précieux qui ont coûté de longues vies humaines, avec ce miel enfermé de tant de générations, avec ces filigranes d'or, ces dorures sacerdotales contre lesquelles de vieux artisans se sont lentement échangés et ces nappes brodées sur lesquelles des vieilles tout au long de leur vie se sont lentement brûlé les yeux, et, une fois racornies, toussotantes, ébranlées déjà par la mort, ont laissé d'elles cette traîne royale. Cette prairie qui se déroule. Et ceux qui l'aperçoivent aujourd'hui se disent: «Qu'elle est belle, cette broderie! Qu'elle est donc belle…» Et je découvre que ces vieilles ont filé leur soie dans leur métamorphose. Ne se sachant point aussi merveilleuses.
Mais il faut bâtir le grand caisson pour recevoir ce qui restera d'eux. Et le véhicule pour l'emporter. Car, moi, je respecte d'abord ce qui dure plus que les hommes. Et sauve ainsi le sens de leurs échanges. Et constitue le grand tabernacle auquel ils confient tout d'eux-mêmes.
Ainsi je les retrouve encore, ces lents navires dans le désert. Poursuivant encore leur voyage. Et j'ai appris ceci qui est essentiel: à savoir qu'il importe de bâtir d'abord le navire et de harnacher la caravane et de construire le temple qui dure plus que l'homme. Et désormais les voilà qui s'échangent dans la joie contre plus précieux qu'eux-mêmes. Et naissent les peintres, les sculpteurs, les graveurs et les ciseleurs. Mais n'espère rien de l'homme s'il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité. Car c'est alors bien inutilement que je leur enseignerais l'architecture et ses règles. S'ils se bâtissent des maisons pour y vivre à quoi bon échanger leur vie contre leur maison? Puisque cette maison doit servir leur vie et rien d'autre. Et ils disent utile leur maison et ils ne la considèrent point pour elle-même mais pour sa seule commodité.
Elle les sert et ils s'y occupent à s'enrichir. Mais ils meurent dépouillés car ils ne laissent d'eux ni la nappe brodée ni la dorure sacerdotale à l'abri d'un navire de pierre. Sollicités de s'échanger, ils ont voulu être servis. Et quand ils s'en vont il n'est plus rien.
C'est ainsi que me promenant parmi ceux de mon peuple dans le delta du soir, où tout se défait, je les ai considérés dans leurs vieux vêtements fripés sur le seuil de leurs humbles échoppes, se délassant de leur activité d'abeilles, et je m'intéressais moins à eux qu'à la perfection du gâteau de miel auquel ils avaient tout le long du jour collaboré. Et je méditais devant l'un d'entre eux qui était aveugle et qui avait de plus perdu sa jambe. Si vieux, si moribond, tout geignant comme un vieux meuble chaque fois qu'il se remuait et qui répondait lentement car il était très vieux en âge et perdait la clarté des mots, mais qui devenait de plus en plus lumineux et clair et compréhensif dans l'objet même de son échange. Car de ses mains tremblantes il ajoutait encore son travail devenu élixir de plus en plus subtil. Et lui, s'évadant si merveilleusement de sa vieille chair racornie, devenait de plus en plus heureux, de plus en plus inattaquable. De plus en plus impérissable. Et, mourant, ne le savait point, les mains pleines d'étoiles…
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