Antoine de Saint-Exupéry - CITADELLE

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Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.

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XXXII

Cette année-là mourut celui qui régnait à l'est de mon empire. Celui-là que j'avais durement combattu, comprenant après tant de luttes que je m'appuyais sur lui comme contre un mur. Je me souviens encore de nos rencontres. On dressait une tente pourpre dans le désert, qui demeurait vide, et nous nous rendions l'un et l'autre sous cette tente, nos armées demeurant à l'écart, car il est mauvais que les hommes se mélangent. La foule ne vit que dans son ventre. Et toute dorure s'écaille. Ainsi nous regardaient-ils jalousement, appuyés sur la caution de leurs armes, et non point attendris d'un attendrissement facile. Car il avait raison, mon père qui disait: «Tu ne dois point rencontrer l'homme dans sa surface mais au septième étage de son âme et de son cœur et de son esprit. Sinon, à vous chercher dans vos mouvements les plus vulgaires, vous en venez à verser inutilement le sang.»

Ainsi l'avais-je compris et c'est dépouillé et muré dans un triple rempart de solitude que je l'atteignais. Face l'un à l'autre, nous nous asseyions sur le sable. Je ne sais qui, alors, de lui ou de moi, était le plus puissant. Mais dans cette solitude sacrée la puissance devenait mesure. Car nos gestes ébranlaient le monde, mais nous les mesurions. Nous discutions alors de pâturages. «J'ai vingt-cinq mille bêtes, disait-il, qui meurent. Il a plu chez toi.» Mais je ne pouvais tolérer qu'ils apportassent leurs coutumes étrangères et le doute qui fait pourrir. Comment recevoir dans mes terres ces bergers d'un autre univers? Et je lui répondais: «J'ai vingt-cinq mille petits d'hommes qui doivent apprendre leurs prières et non celles des autres car autrement ils n'auront point de forme…» Et les armes décidaient entre nos peuples. Et nous étions semblables à deux marées qui vont et viennent. Et si aucun de nous n'avançait, bien que nous pesions de tout notre poids contre l'autre, c'est que nous étions à notre apogée, ayant durci notre ennemi de sa défaite. «Tu m'as vaincu, je suis donc devenu plus fort.»

Ce n'est point que je méprisais sa grandeur. Ni les jardins suspendus de sa capitale. Ni les parfums de ses marchands. Ni l'orfèvrerie délicate de ses ciseleurs. Ni ses grands barrages pour les eaux. L'homme inférieur invente le mépris, car sa vérité exclut les autres. Mais nous qui savions que les vérités coexistent, nous ne pensions point nous diminuer en reconnaissant celle de l'autre bien qu'elle fût notre erreur. Le pommier, que je sache, ne méprise point la vigne, ni le palmier le cèdre. Mais chacun se durcit au plus fort et ne mêle point ses racines. Et sauve sa forme et son essence car il est là un capital inestimable qu'il ne convient point d'abâtardir.

«L'échange véritable, me disait-il, c'est le coffret de parfum ou la graine ou ce présent de cèdre jaune qui remplit ta maison du parfum de la mienne. Ou encore mon cri de guerre quand il te vient de mes montagnes. Ou peut-être d'un ambassadeur, s'il a été longtemps élevé et formé et durci, et qu'à la fois il te refuse et t'accepte. Car il te refuse dans tes étages inférieurs. Mais il te retrouve là où l'homme s'estime au-dessus de sa haine. La seule estime qui vaille est l'estime d'un ennemi. Et l'estime des amis ne vaut que s'ils dominent leur reconnaissance et leurs remerciements et tous leurs mouvements vulgaires. Si tu meurs pour ton ami je t'interdis de t'attendrir…»

Ainsi mentirais-je si je disais que j'avais en lui un ami. Et cependant nous nous rencontrions avec une joie profonde mais c'est ici que les mots déraillent à cause de la vulgarité des hommes. La joie n'était point pour lui mais pour Dieu. Il était un chemin vers Dieu. Nos rencontres étaient clefs de voûte. Et nous n'avions rien à nous dire.

Me pardonne Dieu d'avoir pleuré quand il est mort.

Je la connaissais bien, l'imperfection de ma misère. «Si je pleure, me disais-je, c'est que je ne suis point encore assez pur.» Et je l'imaginais, s'il eût appris ma mort, comme à la rentrée dans la nuit d'un territoire. Et contemplant ce grand basculement du monde du même œil que le crépuscule. Ou celui qui se noie quand change le monde sous le miroir dormant des eaux. «Seigneur, eût-il dit à son Dieu, il fait nuit et il fait jour selon ta volonté. Mais qu'est-il perdu de cette gerbe faite, de cette époque révolue? J'ai été.» Et voilà qu'il m'eût enfermé dans son calme ineffable. Mais je n'étais point assez pur et n'avais point encore assez le goût de l'éternel. Et, comme les femmes, j'éprouvais cette mélancolie de surface, quand le vent du soir fane les rosés de mes vivantes roseraies. Car il me fane dans mes rosés. Et je me sens mourir en elles.

Au long de la vie j'avais enseveli mes capitaines, j'avais déposé mes ministres, j'avais perdu mes femmes. J'avais laissé derrière moi cent images de moi-même comme le serpent laisse ses peaux. Mais cependant, ainsi que revient le soleil qui est mesure et pendule du jour, ou l'été qui mesure le balancement de l'année, de rencontre en rencontre, de traité en traité nouveau, mes hommes d'armes dressaient la tente vide dans le désert. Et nous nous y rendions. Et ainsi la coutume solennelle et ce sourire de parchemin et ce calme près de la mort. Et ce silence qui n'est point de l'homme mais de Dieu.

Mais voici que je restais seul, responsable seul de tout mon passé et sans témoin qui m'eût vu vivre. Tous ces actes que j'avais dédaigné d'exposer à mon peuple mais que lui, mon voisin de l'Est, avait compris, tous ces soulèvements intérieurs dont je n'avais point fait un spectacle, mais qu'il avait devinés dans son silence. Toutes ces responsabilités qui m'avaient écrasé et que tous ignoraient car il était bon qu'ils crussent d'abord à mon arbitraire, mais que lui, mon voisin de l'Est, avait pesées, jamais compatissant, bien au-dessus, bien au-delà, estimant autrement que moi-même, voici qu'il s'était endormi dans la pourpre du sable, ayant ramené le sable sur lui comme un linceul digne de lui, voici qu'il s'était tu, voici qu'il avait commencé ce sourire mélancolique et plein de Dieu qui accepte d'avoir noué la gerbe, les yeux clos sur leurs provisions. Ah! que d'égoïsme dans mon désarroi! Moi si faible, accordant de l'importance à la trajectoire de ma destinée, quand elle n'en a point, mesurant l'empire à moi-même au lieu de me fondre dans l'empire, et découvrant que ma vie personnelle avait abouti à cette crête, comme un voyage.

Je connus dans ma vie, cette nuit-là, la ligne de partage des eaux, redescendant sur un versant après avoir lentement gravi l'autre, et ne reconnaissant plus personne, pour la première fois vieillard, et sans visages familiers, et indifférent à tous car je me devenais à moi-même indifférent, ayant laissé sur l'autre versant tous mes capitaines, toutes mes femmes, tous mes ennemis et peut-être mon seul ami — désormais solitaire dans un monde habité par des peuplades que je ne connaissais plus.

Mais c'est là que je sus me reprendre. «J'ai brisé, pensais-je, ma dernière écorce et peut-être vais-je devenir pur. Je n'étais point si grand, puisque je me considérais. Et cette épreuve m'a été envoyée car je mollissais. Car je me gonflais des bas mouvements de mon cœur. Mais je saurai le ranger dans sa majesté, mon ami mort, et je ne le pleurerai point. Simplement il aura été. Et le sable m'apparaîtra plus riche puisque souvent, au large de ce désert, je l'aurai vu sourire. Et le sourire pour moi de tous les hommes en sera augmenté de ce sourire particulier. Ce sourire particulier enrichira tous les sourires. Car je verrai dans l'homme l'ébauche que nul tailleur de pierre n'a su dégager de sa gangue, mais à travers cette gangue je connaîtrai mieux le visage de l'homme puisque j'en aurai considéré un, droit dans les yeux.

«Je redescends donc de ma montagne: n'ayez point peur, mon peuple, j'ai renoué le fil. Il était mauvais que j'eusse besoin d'un homme. La main qui m'a guéri et qui m'a recousu s'est effacée, non la couture. Je redescends de ma montagne et je croise des brebis et des agneaux. Je les caresse. Je suis seul au monde devant Dieu, mais, caressant ces agneaux qui ouvrent les sources du cœur, non tel agneau, mais à travers lui la faiblesse des hommes, je vous retrouve.»

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