Antoine de Saint-Exupéry - CITADELLE
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XXII
Mais par-dessus tout il m'apparut quelque chose d'impérieux en ce qui concerne l'héritage des hommes, héritage que de génération en génération ils se transmettent l'un à l'autre, car si, dans le silence de mon amour, je vais lentement par la ville et regarde celle-là qui parle au fiancé et lui sourit avec une crainte tendre, ou celle-ci qui attend le retour du guerrier, ou cette autre qui réprimande sa servante, ou celui-là qui prêche la résignation ou la justice, ou celui-là qui divise la foule, se dresse dans sa vengeance et prend la défense du faible, ou cet autre simplement qui sculpte son objet d'ivoire et le recommence et pas à pas se rapproche d'une perfection qui est en lui. Si je considère ma ville quand elle s'endort et fait ce bruit qui va mourant comme celui d'une cymbale que l'on a frappée et qui résonne encore et qui s'apaise comme si le soleil l'avait agitée, de même qu'il agite un essaim d'abeilles, puis vient le soir qui lasse leurs ailes et rentre le parfum des fleurs, et il n'est plus pour les guider de sillages dans le lit des vents. Quand je vois s'éteindre ces lumières et tous ces feux s'endormir sous la cendre, chacun ayant rentré son bien, qui sa moisson au fond des granges, qui ses enfants qui jouaient sur le seuil, qui son chien ou son âne, qui son tabouret de vieillard, quand enfin ma ville repose rangée comme un feu sous la cendre, et que toutes les réflexions, toutes les prières, tous les projets, tous les élans, toutes les craintes, tous les mouvements du cœur pour saisir ou pour rejeter, tous les problèmes non résolus qui attendent leurs solutions, toutes les haines qui ne tueront point avant le jour, toutes les ambitions qui ne découvriront rien avant l'aube, toutes les prières qui liaient l'homme à Dieu réservées, inutiles comme des échelles dans le magasin, sont en sursis et comme morts mais non éteints puisque ce gigantesque patrimoine, qui ne sert de rien dans l'instant, n'est point perdu, mais réservé et reporté, et que le soleil dès qu'il agitera l'essaim le rendra comme un héritage, et que chacun reprendra sa recherche, sa joie, sa peine, sa haine ou son ambition, et que ma colonie d'abeilles retournera à ses chardons et à ses lis, alors je me demande: qu'est-il de ces greniers d'images?…
Et il me paraît bien évident que, si je disposais d'une humanité encore inanimée et si je voulais l'éduquer et l'instruire et la remplir des mêmes mille mouvements divers, le pont du langage n'y suffirait point.
Car certes nous communiquons, cependant les mots de nos livres ne contiennent point le patrimoine. Et si je prends des enfants, et si je les brasse et si je les enseigne chacun dans une direction arbitraire, alors j'aurai perdu une partie de l'héritage. Ainsi de mon armée si ne s'établit point de l'un à l'autre la continuité du contact qui fait de cette armée une dynastie sans rupture. Et certes, ils recevront les enseignements de leurs caporaux. Et, certes, ils subiront l'autorité de leurs capitaines. Mais les mots dont disposent et caporaux et capitaines ne sont que réservoirs infiniment insuffisants pour transmettre de l'un à l'autre un acquis qui ne peut pas se dénombrer et ne s'exprime point en formules. Et qu'il n'est point possible de faire charrier par la parole ou par le livre. Car il s'agit d'attitudes intérieures, et de points de vue particuliers, et de résistances, et d'élans, et de systèmes de liaison entre les pensées et entre les choses… Et si je veux les expliquer ou les exposer je les démonte en leurs parties et il n'en reste rien. Ainsi du domaine qui appelle l'amour et dont je n'aurai rien dit si j'ai parlé des chèvres, des moutons, des demeures et des montagnes, et dont le trésor intérieur ne se transmet point par la parole mais par la filiation de l'amour. Et d'amour en amour ils se lèguent cet héritage. Mais si vous rompez le contact une seule fois de génération en génération, alors meurt cet amour. Et si vous rompez une fois le contact entre les aînés et les cadets dans votre armée, alors votre armée n'est plus que façade d'une maison vide et s'éboulera au premier coup, et si vous rompez le contact entre le meunier et son fils, alors vous y perdrez le plus précieux du moulin et sa morale et sa ferveur et les mille coups de mains qui ne s'expriment pas et les mille attitudes qui se justifient mal par la raison mais qui sont — car il est plus d'intelligence enfouie dans les choses telles qu'elles sont que dans les mots — mais vous leur demandez de rebâtir le monde par la seule lecture du petit livre qui n'est qu'images et reflets inefficaces et vides devant la somme des expériences. Et vous faites de l'homme une bête primitive et nue, ayant oublié que l'humanité dans sa démarche est celle d'un arbre qui croît et se continue de l'un à travers l'autre, comme la puissance de l'arbre dure à travers ses nœuds et ses torsades et la division de ses branches. Et j'ai affaire à un grand corps et j'ignore, moi, ce que c'est que mourir quand je regarde du haut de ma cité, car ici et là tombent des feuilles, ici et là naissent des bourgeons et cependant dure le tronc solide à travers. Mais par ces maux particuliers rien d'essentiel n'est lésé et tu le vois, ce temple, continuer de se bâtir et ce grenier continuer de se déverser et de se remplir, et ce poème d'embellir, et de se lustrer l'épaulement courbe de la fontaine. Mais si tu sépares les générations c'est comme si tu voulais recommencer l'homme lui-même dans le milieu de sa vie et, ayant effacé de lui tout ce qu'il savait, sentait, comprenait, désirait et craignait, remplacer cette somme de connaissances devenues chair par les maigres formules tirées d'un livre, ayant supprimé toute la sève qui montait à travers le tronc et ne transmettant plus rien aux hommes que ce qui est susceptible de se codifier. Et comme la parole fausse pour saisir, et simplifie pour enseigner, et tue pour comprendre, ils cessent d'être alimentés par la vie.
Mais moi je dis: il est bon de favoriser dans la cité la genèse des dynasties. Et si d'un petit groupe sont seuls tirés mes guérisseurs, mais disposant d'un héritage complet et non seulement de quelques mots, je disposerai en fin de compte de guérisseurs de plus de génie que si j'étends ma sélection à tout mon peuple et engage les fils de soldats et de meuniers. Et ce n'est point que je brime les vocations, car ce tronc formera un noyau assez dur pour que j'y puisse greffer des branches étrangères. Et ma dynastie absorbera et transformera en soi-même les aliments nouveaux que les vocations lui fourniront.
Car une fois de plus il me fut enseigné que la logique tue la vie. Et qu'elle ne contient rien par elle-même…
Mais ils se sont trompés sur l'homme les faiseurs de formules. Et ils ont confondu la formule qui est ombre plate du cèdre avec le cèdre dans son volume, son poids, sa couleur, sa charge d'oiseaux et son feuillage, lesquels ne sauraient s'exprimer et tenir dans le faible vent des paroles…
Car ceux-là confondent la formule qui désigne et l'objet désigné.
Ainsi m'apparut-il qu'il était vain et dangereux d'interdire les contradictions. Ainsi répondais-je à mes généraux qui me venaient parler de l'ordre mais confondaient l'ordre qui est puissance avec l'arrangement des musées.
Car moi je dis que l'arbre est ordre. Mais ordre ici c'est unité qui domine le disparate. Car cette branche-ci porte son nid d'oiseaux et cette autre ne le porte point. Car celle-ci porte son fruit et cette autre ne le porte point. Car celle-ci monte vers le ciel et cette autre penche vers le sol. Mais ils sont soumis, mes généraux, à l'image des revues militaires et ils disent que sont en ordre les objets seuls qui ne diffèrent plus les uns des autres. Ainsi, si je les laissais faire, ils perfectionneraient les livres saints qui montrent un ordre lequel est sagesse de Dieu, en mettant en ordre les caractères dont le premier enfant venu verrait bien qu'ils sont tous mêlés. Ainsi, les A ensemble, les B ensemble, les C ensemble…, et ainsi disposeraient-ils d'un livre bien en ordre. Un livre pour généraux.
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