Жорж Санд - Consuelo

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parents du jeune comte se sont opposés à votre mariage avec lui, de toutes

leurs forces jusqu'à ce jour. Mais enfin, leur résistance est à bout.

Albert va mourir, et sa volonté étant de vous laisser sa fortune, ils ne

s'opposeront point à ce qu'une cérémonie religieuse vous l'assure à tout

jamais.

--Eh! que m'importe la fortune d'Albert? dit Consuelo stupéfaite: qu'a cela

de commun avec l'état où je le trouve? Je ne viens pas ici pour m'occuper

d'affaires, Monsieur; je viens essayer de le sauver. Ne puis-je donc en

conserver aucune espérance?

--Aucune! Cette maladie, toute mentale, est de celles qui déjouent tous

nos plans et résistent à tous les efforts de la science. Il y a un mois

que le jeune comte, après une disparition de quinze jours, que personne

ici n'a pu m'expliquer, est rentré dans sa famille atteint d'un mal subit

et incurable. Toutes les fonctions de la vie étaient déjà suspendues.

Depuis trente jours, il n'a pu avaler aucune espèce d'aliments; et c'est

un de ces phénomènes dont l'organisation exceptionnelle des aliénés offre

seule des exemples, de voir qu'il ait pu se soutenir jusqu'ici avec

quelques gouttes d'eau par jour et quelques minutes de sommeil par nuit.

Vous le voyez, toutes les forces vitales sont épuisées en lui. Encore

deux jours, tout au plus, et il aura cessé de souffrir. Armez-vous donc

de courage: ne perdez pas la tête. Je suis là pour vous seconder et pour

frapper les grands coups.

Consuelo regardait toujours le docteur avec étonnement, lorsque la

chanoinesse, avertie par un signe du malade, vint interrompre ce dernier

pour l'amener auprès d'Albert.

Albert, l'ayant fait approcher, lui parla dans l'oreille plus longtemps

que son état de faiblesse ne semblait pouvoir le permettre. Supperville

rougit et pâlit; la chanoinesse, qui les observait avec anxiété, brûlait

d'apprendre quel désir Albert lui exprimait.

«Docteur, disait Albert, tout ce que vous venez de dire à cette jeune

fille, je l'ai entendu. (Supperville, qui avait parlé au bout du grand

salon, aussi bas que son malade lui parlait en cet instant, se troubla, et

ses idées positives sur l'impossibilité des facultés extatiques furent

tellement bouleversées qu'il crut devenir fou.) Docteur, continua le

moribond, vous ne comprenez rien à cette âme-là, et vous nuisez à mon

dessein en alarmant sa délicatesse. Elle n'entend rien à vos idées sur

l'argent. Elle n'a jamais voulu de mon titre ni de ma fortune; elle n'avait

pas d'amour pour moi. Elle ne cédera qu'à la pitié. Parlez à son coeur. Je

suis plus près de ma fin que vous ne croyez. Ne perdez pas de temps. Je ne

puis pas revivre heureux si je n'emporte dans la nuit du repos le titre de

son époux.

--Mais qu'entendez-vous par ces dernières paroles? dit Supperville, occupé

en cet instant à analyser la folie de son malade.

--Vous ne pouvez pas les comprendre, reprit Albert avec effort, mais, elle

les comprendra. Bornez-vous à les lui redire fidèlement.

--Tenez; monsieur le comte, dit Supperville en élevant un peu la voix, je

vois que je ne puis être un interprète lucide de vos pensées; vous avez la

force de parler maintenant plus que vous ne l'avez fait depuis huit jours,

et j'en conçois un favorable augure. Parlez vous-même à mademoiselle; un

mot de vous la convaincra mieux que tous mes discours. La voici près de

vous; qu'elle prenne ma place, et vous entende.»

Supperville ne comprenant plus rien, en effet, à ce qu'il avait cru

comprendre, et pensant d'ailleurs qu'il en avait dit assez à Consuelo

pour s'assurer de sa reconnaissance au cas où elle viserait à la fortune,

se retira après qu'Albert lui eut dit encore:

«Songez à ce que vous m'avez promis; le moment est venu: parlez à mes

parents. Faites qu'ils consentent et qu'ils n'hésitent pas. Je vous dis

que le temps presse.»

Albert était si fatigué de l'effort qu'il venait de faire qu'il appuya son

front sur celui de Consuelo lorsqu'elle s'approcha de lui et s'y reposa

quelques instants comme près d'expirer. Ses lèvres blanches devinrent

bleuâtres, et le Porpora, effrayé, crut qu'il venait de rendre le dernier

soupir. Pendant ce temps, Supperville avait réuni le comte Christian, le

baron, la chanoinesse et le chapelain à l'autre bout de la cheminée, et

il leur parlait avec feu. Le chapelain fit seul une objection timide en

apparence, mais qui résumait toute la persistance du prêtre. «Si Vos

Seigneuries l'exigent, dit-il, je prêterai mon ministère à ce mariage; mais

le comte Albert n'étant pas en état de grâce, il faudrait premièrement que,

par la confession et l'extrême-onction, il fit sa paix avec l'Église.

--L'extrême-onction! dit la chanoinesse avec un gémissement étouffé: en

sommes-nous là, grand Dieu?

--Nous en sommes là, en effet, répondit Supperville qui, homme du monde

et philosophe voltairien, détestait la figure et les objections de

l'aumônier: oui, nous en sommes là sans rémission, si monsieur le chapelain

insiste sur ce point, et s'obstine à tourmenter le malade par l'appareil

sinistre de la dernière cérémonie.

--Et croyez-vous, dit le comte Christian, partagé entre sa dévotion et sa

tendresse paternelle, que l'appareil d'une cérémonie plus riante, plus

conforme aux voeux de son esprit, puisse lui rendre la vie?

--Je ne réponds de rien, reprit Supperville, mais j'ose dire que j'en

espère beaucoup. Votre Seigneurie avait consenti à ce mariage en d'autres

temps...

--J'y ai toujours consenti, je ne m'y suis jamais opposé, dit le comte

en élevant la voix à dessein; c'est maître Porpora, tuteur de cette

jeune fille, qui m'a écrit de sa part qu'il n'y consentirait point, et

qu'elle-même y avait déjà renoncé. Hélas! ça été le coup de la mort pour

mon fils! ajouta-t-il en baissant la voix.

--Vous entendez ce que dit mon père? murmura Albert à l'oreille de

Consuelo; mais n'ayez point de remords. J'ai cru à votre abandon, et je me

suis laissé frapper par le désespoir; mais depuis huit jours j'ai recouvré

ma raison, qu'ils appellent ma folie; j'ai lu dans les coeurs éloignés

comme les autres lisent dans les lettres ouvertes. J'ai vu à la fois le

passé, le présent et l'avenir. J'ai su enfin que tu avais été fidèle à ton

serment, Consuelo; que tu avais fait ton possible pour m'aimer; que tu

m'avais aimé véritablement durant quelques heures. Mais on nous a trompés

tous deux. Pardonne à ton maître comme je lui pardonne!»

Consuelo regarda le Porpora, qui ne pouvait entendre les paroles d'Albert,

mais qui, à celles du comte Christian, s'était troublé et marchait le

long de la cheminée avec agitation. Elle le regarda d'un air de solennel

reproche, et le maestro la comprit si bien qu'il se frappa la tête du poing

avec une muette véhémence. Albert fit signe à Consuelo de l'attirer près de

lui, et de l'aider lui-même à lui tendre la main. Le Porpora porta cette

main glacée à ses lèvres et fondit en larmes. Sa conscience lui murmurait

le reproche d'homicide; mais son repentir l'absolvait de son imprudence.

Albert fit encore signe qu'il voulait écouter ce que ses parents

répondaient à Supperville, et il l'entendit, quoiqu'ils parlassent si bas

que le Porpora et Consuelo, agenouillés près de lui, ne pouvaient en saisir

un mot. Le chapelain se débattait contre l'ironie amère du médecin;

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