Marie tomba enceinte. Elle se figura que cet enfant était un miracle. Après tout, la seule fois qu’elle couchait et bingo, embarrassée d’un petit être humain ! Elle se devait de lui donner un prénom qui rappellerait d’une certaine façon Quijote. Mais comment l’associer à un événement qu’elle considérait réellement comme dramatique ? Elle rembobina, non sans mal, le film de la relation sexuelle. Et elle se rappelait le sexe du chevalier. Elle en avait pris plaisir, du moins dans sa bouche. Sucer était fantastique. “Je suce” dit-elle en elle-même. “Je suce, je suce, je suce !” En un éclair, elle pensa : “Et si je l’appelais, Jesuce ? Non, il faut dissimuler un petit peu.” Elle continua à dérouler le fil de sa réflexion et en vint à vouloir donner un accent du sud pour “Jesuce”, en guise d’hommage à son père. Elle n’avait pas de problème, puisque Sancho Panza, le meilleur ami de Quijote était resté à Gilead. Lui, il dirait plutôt “Yésouz”. Un flash divin la transperça « J E S Ú S » !
Marie eut une grossesse délicate. Trois mois à vomir de partout et elle ne comprenait pas tout l’intérêt de la mise en cloque puis de la mise à bas. Elle pensait que les femmes se faisaient martyriser à coup de marteau-piqueur, ou bien, en version biblique, à coup de pierres granitiques taillées. Oui, le granit a une grande dureté, soit dit en passant ! Et ce “granite-piqueur” était un vrai cauchemar… Comment Marie Madeleine avait-elle pris autant de plaisir ? Bon, avec Dolce, cela pouvait se comprendre, vu ses muscles proéminents antagoniques à cette peau “dolce” sans poils. Voudrait-on faire du dur à partir du doux ? De toute façon, Dolce avec son regard vert de lynx, c’était un homme, un vrai ! On pouvait lui mettre toute sorte d’accoutrements ou pas, il transperçait tout de son regard, de son sexe, de son âme.
Après les trois mois de vomissements, la panse de Marie augmentait. Elle était arrivée à se sentir étrangère à ce qui se tramait à l’intérieur. Plus le mioche poussait en elle, moins elle avait de place pour ses autres organes et plus son ergonomie interne fut violée. Marie commençait à le détester. Les circonstances de sa création avaient été abominables. Quoi espérer de mieux dans ce qui était réellement le pire de tout le processus ? Il était positionné par le cul, ce petit enfoiré de Jesús. Elle dut pousser à fond. Dieu vit la scène et ne put s’empêcher de voir le premier tête-à-tête de Ripley avec l’Alien, déchiquetant la chair par le biais de ses deux paires de mâchoires. Il adorait cette quadrilogie. Avec ses fesses venant en premier, Dieu eut la sensation de voir trois paires de lèvres gigantesques : les lèvres extérieures de Marie, les lèvres intérieures de Marie et les lèvres destinées aux résidus de Jesús. “C’est moche ! C’est moche ! Il crève à coup sûr !” Elle l’aperçut ensanglanté comme quand son vagin fut conquis, le parallélisme lui provoqua des frissons. Quel traumatisme que de faire rentrer le sperme ! Mais en comparaison, faire sortir un petit être de là… Rien à voir ! Passée l’horreur, l’acte fut considéré par la vierge comme un miracle : Jesús naquit en l’An 4 avant lui-même.
Jesús constituait un vrai prodige de la nature, tout de même. Bam, la vierge se faisait pénétrer et bam, elle nous sortait un garnement, de mauvaise manière, mais qui survécut. Même son aspect était miraculeusement… hideux ! Il avait déjà de longs cheveux à la Mick Jagger. Jesús était devenu tout pour Marie. Plus de culbute. Comme elle en avait horreur, donc elle ne se concentrerait uniquement que sur son fils. Elle n’avait pas autre chose à faire ! Elle adorait lui donner le lait, comme elle affectionnait tout particulièrement de sortir celui des vaches. Le lait était le sens de la vie. Cela débutait par ces grandes évacuées masculines durant la création et cela finissait par l’élixir blanc maternel, en vue de l’évolution. Marie aimait sortir son mamelon partout. Très “m’as-tu-vu”, ou plutôt très “as-tu-vu-mes-seins”. Elle était heureuse de l’amplification de sa cage thoracique et surtout, elle jouait un rôle dans la communauté. Elle avait procréé, première chose utile qu’avait jamais faite Marie.
Muni de sa figure d’homme des cavernes à la “Fraggle Rock”, Jesús provoquait plus de rigolades que d’attendrissement de la part des autres. Sa mère n’en avait que faire. Il était parfait, le seul, l’unique. Mais, tout Gilead s’en prenait de plus en plus à ce bâtard au paraître orangé, couleur intermédiaire entre le blanc sain et le bronzé castillan d’apparence toute aussi saine. Cependant, l’orange, ce n’était que la couleur qui venait juste après une grosse jaunisse. Et à cette époque le jaune n’était pas chinois, mais plutôt équivalent à lépreux ! Dieu voyait Donald Trump en miniature en Jesús. “Qui voudrait bien de cela ?” pensait-il. Justement, Marie fit plus ample connaissance avec un charpentier, Leroy du clan Merlin. Ce n’était pas une lumière, ceci dit, un grand manie-tout. Elle ne savait pas pourquoi, Leroy se prit d’affection pour Jesús. Parfait, selon Marie, qui avait besoin de quelqu’un pour faire rentrer des vivres dans le foyer. Leroy fabriquait des armatures de bois à Gilead et cela leur garantissait des viandes de chez McDonalds en échange, par exemple. De plus, il était asexué donc, comme Marie, il n’était vraiment pas tourné vers la chose, ce qui faisait bien le compte de la “fausse Vierge touchée juste une fois”. Leroy, ainsi que tout Gilead, savaient que Jesús n’était pas de lui. C’est pourquoi celui-ci garda l’identité de Jesús Cristo, Jésus Christ pour la version française du livre.
Malgré ses disgrâces handicapantes et le fait qu’il attirait les railleries de ses congénères, Jésus aimantait au contraire la curiosité des immigrants, des gens du voyage et autres personnages les plus ubuesques jamais rencontrés dans notre contrée paumée. Tout d’abord, trois Arabes venus en chameau, vêtus comme des drags queens, selon l’opinion condescendante, depuis le Ciel, de Dieu. Gaspard, Melchior et Balthazar venaient “dealer”, mais ils s’étaient trompés de localité, visiblement. Ils avaient déjà amassé une bonne quantité d’or en chemin, en échange de leur haschisch fait artisanalement. Ils avaient pour consigne de trouver un homme travaillant la boiserie, dans le but de lui vendre la marchandise. Tout naturellement, ils pensèrent qu’il s’agissait de Leroy, le père adoptif de Jésus. Ils étaient des trafiquants certes, mais ils connaissaient les bons usages. Après avoir complimenté faussement Marie, ils firent de même avec le petit Jésus. “C’est un vrai petit roi, celui-là !” s’exclamait un des maures. Une fois le troc effectué entre Leroy et les rois mages d’Orient, haschisch contre des assemblages d’ébéniste, les visiteurs se remirent en marche. Cependant, ils laissèrent un lingot d’or au passage, juste à côté du berceau de Jésus, faisant la joie des villageois, qui n’avaient jamais rien vu d’aussi étincelant de leur vie. Ils se rappelaient les briquets tombés des cieux et pensaient que Dieu leur donnait un autre signe d’amélioration de leur existence. À partir de ce moment-là, ils inclurent l’or comme monnaie d’échange pour le marchandage. Tout avait un prix et les faveurs et contre-faveurs en nature disparurent dans la société de bien, “au blanc”. Ils continuaient à subsister en tant que pots-de-vin dans la société de mal, c’est-à-dire “au noir”. Ils avaient instauré des salaires à la hauteur des prestations réalisées de tout un chacun. Celle qui balayait les maisons, María du clan Da Costa, recevait le SMIC de Gilead, parce qu’il fut déterminé qu’il ne fallait pas beaucoup de connaissances artisanales dans la réalisation de cette tâche. En revanche, Leroy fut un des plus riches villageois, aussi par le fait que l’or venait de lui, du moins de son amorphe de Jésus. Pour le plus grand plaisir de Marie qui accumulait toutes les pièces de monnaie. Elle adorait économiser, elle ne savait pas trop pourquoi. Elle songeait qu’un jour cet acte serait de grande nécessité.
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