Les sorcières échangèrent des regards penauds.
« J’suis pas mal prise le mois prochain, dit Nounou. Des anniversaires, tout ça. Hum. Et le travail s’est drôlement accumulé avec tout ce ramdam. Vous savez ce que c’est. Et puis j’dois m’occuper de tous les fantômes.
— J’croyais que tu les avais renvoyés au château.
— Ben, ils ont pas voulu partir, fit vaguement Nounou. Pour être honnête, je m’suis habituée à les avoir chez moi. Le soir, ça me fait de la compagnie. Ils crient presque plus, maintenant.
— Ça, c’est bien, dit Mémé. Et toi, Magrat ?
— On dirait qu’il y a toujours plein de choses à faire à cette époque de l’année, vous trouvez pas ?
— Tout juste, répondit aimablement Mémé. Ça vaut rien de se retrouver tout l’temps coincées par des rendez-vous, hein ? On laisse la question en plan, d’accord ? »
Elles approuvèrent du chef. Puis, tandis que la journée nouvelle se glissait sur le paysage, les trois sorcières, tout à leurs réflexions, chacune seule au monde, s’en retournèrent chez elles [23] Une école de pensée prétend que les sorcières et les mages ne peuvent jamais retourner chez eux. Mais elles y retournèrent tout de même.
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AINSI PREND FIN
TROIS SŒURCIÈRES,
SIXIÈME LIVRE DES
ANNALES DU DISQUE-MONDE.
Lamper, c’est comme boire, mais on en renverse davantage à côté.
Il se demandait ce que c’était. Il n’avait jamais trouvé personne en mesure de lui fournir des explications là-dessus. Mais un seigneur féodal se devait d’en avoir un et, il en était à peu près sûr, se devait de l’exercer régulièrement. Il pensait qu’il s’agissait d’une espèce de gros chien plein de poils. Il allait s’en procurer un, parfaitement, et il allait lui en donner, de l’exercice, nom de nom.
Ecrits par des mages, lesquels sont célibataires et conçoivent de drôles d’idées vers les quatre heures du matin.
Elle ne fit rien, si ce n’est un petit sourire énigmatique qu’elle lui adressait de temps en temps quand elle le voyait au village. Au bout de trois semaines d’un tel régime, le suspense fut trop insupportable au voleur qui alla se pendre ; plus exactement, il alla se pendre ailleurs, à l’autre bout du continent où il s’amenda, et ne revint jamais chez lui.
Aucun, hélas, n’est imprimable.
La vhermine est une petite créature noire à fourrure, réputée pour sa peau. C’est une parente plus prudente du lemming ; elle ne se jette du haut des falaises que sur de petits cailloux.
Et ça marchait. Les remèdes des sorcières sont généralement efficaces, quelle que soit la façon de les administrer.
Une insulte mortelle en nainais, mais employée ici comme terme d’affection. On pourrait traduire par « ornement de jardin ».
Façon de parler.
Faut bien que quelqu’un s’en charge. C’est bien joli de vouloir un œil de triton, mais de quelle espèce ? Le commun, le tacheté ou le grand crêté ? Et puis quel œil ? Le tapioca ne ferait-il pas autant l’affaire ? Si on remplace par du blanc d’œuf, est-ce que le sortilège a) marchera, b) ratera ou c) dissoudra le fond du chaudron ? La curiosité de Bobonne Plurniche dans ce domaine était immense et insatiable [24] Presque insatiable. Elle arriva probablement à satiété lors du dernier vol de la sorcière, qui voulut vérifier si un balai pouvait survivre à l’arrachage de ses brins un à un en plein ciel. D’après le petit corbeau qu’elle avait dressé comme boîte noire, la réponse était probablement non.
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Les sorcières ne font jamais la révérence.
Personne ne sait pourquoi les hommes sortent des choses pareilles. Sous peu, il va sûrement dire qu’il aime les filles marrantes.
C’est ce qu’ils font toujours et partout. Personne ne les voit arriver. L’explication logique, c’est que la franchise comprend l’éventaire, le chapeau de papier et une petite machine à remonter le temps fonctionnant au gaz.
Où intervenaient : un tisonnier porté au rouge, des cabinets, dix livres d’anguilles vivantes, cinq kilomètres de fleuve gelé, un tonneau de vin, deux oignons de tulipes, un certain nombre de gouttes empoisonnées pour les oreilles, une huître et un costaud armé d’un maillet. Le roi Murune ne se faisait pas facilement des amis.
Sans doute la toute première tentative de ravitaillement en vol d’un balai.
Une explication est peut-être ici nécessaire. Le bibliothécaire de l’Université de l’Invisible, première université de magie du Disque, avait été changé en orang-outan quelques années plus tôt à la suite d’un accident magique comme il s’en produit souvent dans cette académie, et depuis lors il avait énergiquement résisté à toutes les tentatives bien intentionnées pour le ramener à sa condition première. D’abord parce que de longs bras et des orteils préhensiles facilitent grandement l’accès aux étagères les plus hautes, ensuite parce que les anthropoïdes ne s’embarrassent pas d’angoisses existentielles. Il avait aussi découvert avec satisfaction que son nouveau corps, malgré des allures trompeuses de sac en caoutchouc rempli d’eau, lui donnait trois fois la force et deux fois l’allonge de l’ancien.
Les Ombres sont un vieux quartier d’Ankh-Morpork qu’on tient pour beaucoup plus désagréable et mal famé que le restant de la ville. Ce qui stupéfie toujours les visiteurs.
Le système enviable de criminels titulaires d’un permis dont jouit Ankh-Morpork doit beaucoup au Patricien actuel, le seigneur Vétérini. Il s’est un jour convaincu que la seule manière de maintenir l’ordre dans une ville d’un million d’habitants, c’était de reconnaître les diverses bandes et guildes de voleurs, de leur octroyer un statut professionnel, de convier leurs chefs à de grands banquets, d’autoriser un niveau acceptable de criminalité dans les rues, puis de confier aux dirigeants la responsabilité de veiller à ce qu’on ne le dépasse pas, sous peine de se voir dépouillés de leurs nouvelles distinctions municipales, et même de se voir dépouillés tout court. Ce fut un succès. Les criminels, en fin de compte, constituaient une excellente force de police ; les voleurs contrevenants ne tardèrent pas à découvrir, par exemple, qu’au lieu d’une nuit en cellule ils devaient désormais s’attendre à une éternité au fond du fleuve.
Il restait pourtant le problème de la répartition quantitative du crime. On instaura donc un système complexe de prévisions budgétaires annuelles, de reçus et d’indemnités pour veiller à ce que a) les membres des guildes gagnent raisonnablement leur vie et b) les citoyens ne se fassent pas voler ni agresser plus d’un nombre convenu de fois. Beaucoup de citoyens prévoyants s’arrangeaient en fait pour se débarrasser d’un minimum acceptable de vols, d’agressions, etc. en début d’exercice comptable, souvent dans l’intimité et le confort de leurs domiciles, ce qui leur permettait de circuler dans les rues à peu près sans risque le reste de l’année. Le système fonctionnait en douceur, avec une grande efficacité, preuve une fois encore qu’auprès du Patricien d’Ankh Machiavel était tout juste bon à tenir un stand de bulots.
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