Ira Levin: Les femmes de Stepford

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Ira Levin Les femmes de Stepford
  • Название:
    Les femmes de Stepford
  • Автор:
  • Издательство:
    Albin Michel
  • Жанр:
    Фантастика и фэнтези / на французском языке
  • Год:
    1974
  • Город:
    Paris
  • Язык:
    Французский
  • ISBN:
    2-226-00106-9
  • Рейтинг книги:
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Les femmes de Stepford: краткое содержание, описание и аннотация

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Qu’arrive-t-il donc aux femmes de Stepford ? Ont-elles toujours été, ainsi que Joanna les découvre en s’installant dans cette ville, de véri­tables poupées ménagères, unique­ment préoccupées de l’entretien de leur intérieur et du bien-être de leur famille ? Ou alors sont-elles victimes de leurs maris, tous adhé­rents du « Club des Hommes », qui se réunissent chaque soir dans une vieille bâtisse mystérieuse interdite aux femmes ? Joanna, jeune femme libérée, tente de créer une association féminine avec l’aide de deux amies nouvel­lement arrivées. Quelle n’est pas sa stupeur de les voir, à leur tour, se transformer brusquement, à l’image des autres femmes de la ville. L’inquiétude devient rapidement de l’angoisse… Joanna réussira-t-elle à échapper à ce cauchemar aseptisé, clima­tisé, lot quotidien des femmes de Stepford ?

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Ira Levin

Les femmes de Stepford

« Aujourd’hui, le combat prend une autre figure ; au lieu de vouloir enfermer l’homme dans un cachot, la femme essaye de s’en évader ; elle ne cherche plus à l’entraîner dans les régions de l’immanence, mais à émerger dans la lumière de la transcendance. C’est alors l’attitude des mâles qui change : c’est avec mauvaise grâce que l’homme « donne son renvoi » à la femme. »

SIMONE DE BEAUVOIR Le Deuxième Sexe

1

Cheveux roux, lèvres purpurines, robe bouton-d’or, la déléguée du Comité d’accueil souriait des yeux, des dents et de toute la juvénile vivacité de ses soixante ans bien sonnés.

— Vous allez sûrement vous plaire ici, annonça-t-elle à Joanna. C’est un endroit agréable et très bien habité. Vous ne pouviez mieux tomber.

De l’énorme sacoche en vieux cuir marron qu’elle portait en bandoulière, elle se mit en devoir de sortir à l’intention de Joanna des étuis de boissons et de petits déjeuners en poudre, un paquet-échantillon de lessive bio-dégradable, un carnet d’achats valable pour vingt-deux magasins du coin, deux savons de ménage et une liasse de tampons désodorisants.

— Oh ! c’est trop ! s’écria Joanna, debout sur son seuil, les bras chargés. Assez ! Arrêtez ! Merci !

La préposée à l’accueil, après avoir, en dépit des « Non, je vous en prie ! » de Joanna, couronné la pile d’un flacon d’eau de Cologne, se remit à fouiller dans son sac et en exhuma une paire de lunettes cerclée de rose et un petit calepin brodé.

— C’est moi qui assure la rubrique des Nouveaux Arrivés dans l’Éveil de Stepford, dit-elle avec un sourire en chaussant ses verres.

Et d’une nouvelle exploration dans les profondeurs de sa sacoche, elle ramena un stylo à bille dont elle actionna le déclic d’une pression d’ongle dûment vermillonné.

Joanna lui raconta d’où Walter et elle arrivaient, ce que faisait Walter et pour quelle firme il travaillait, le nom et l’âge de Pete et de Kim, ce qu’elle faisait, elle, avant leur naissance, et où son mari et elle avaient fait leurs études. Durant toutes ces explications, piétinant sur place, les bras encombrés, l’oreille aux aguets, elle était inquiète de ce que Pete et Kim pouvaient bien fabriquer dans la maison.

— Avez-vous quelque marotte, quelque passe-temps favori ?

Sur le point de couper court par un « Non ! » laconique, elle hésita : une réponse détaillée, imprimée dans le journal local, pourrait la signaler à l’attention de femmes de son rang, susceptibles de devenir des amies. Toutes celles qu’elle rencontrait depuis son arrivée, c’est-à-dire ses voisines, étaient plutôt sympathiques et serviables, mais elles semblaient complètement absorbées par leurs tâches ménagères. Sans doute, à les mieux connaître, s’apercevrait-elle qu’elles avaient des idées et des intérêts moins limités ; néanmoins il était peut-être sage de planter ce signal.

— Oui, plusieurs, répondit-elle donc. Je joue au tennis chaque fois que je le peux, et je suis une photographe semi-professionnelle.

— Vraiment ? dit la dame d’accueil en transcrivant.

Joanna sourit.

— C’est-à-dire qu’une agence a pris trois de mes œuvres, précisa-t-elle. D’autre part, je m’intéresse à la politique ainsi qu’au M.L.F. À ce dernier surtout. Et mon mari aussi.

— Lui, un homme ! s’exclama la dame, surprise. Voilà qui est rare.

— Pas tant que ça, répliqua Joanna. Il est loin de faire exception, vous savez.

Elle se retint d’énumérer les avantages qu’en pouvaient retirer les deux sexes et préféra allonger le cou pour écouter ce qui se passait au fond de la maison : dans la salle de séjour, la télé déversait des torrents de rire, Pete et Kim se disputaient, mais rien encore n’exigeait son intervention. Elle sourit à sa visiteuse.

— Mais il se passionne aussi pour le bateau, ainsi que pour le football, et il fait collection de vieux actes de justice, ajouta-t-elle pour compléter le volet du poteau indicateur réservé à Walter.

La dame transcrivit, referma son calepin et rentra d’un coup sec la bille de son stylo.

— Voilà qui est parfait, Mrs Eberhart, conclut-elle en souriant et en ôtant ses lunettes. Je suis certaine que vous allez vous plaire ici, et je tiens à vous souhaiter de tout cœur et en toute sincérité la bienvenue à Stepford. Si vous avez besoin de renseignements sur les magasins et services locaux, je vous en prie, n’hésitez pas à m’appeler ; vous trouverez mon numéro sur la couverture du carnet d’achats.

— Merci, j’aurai certainement recours à vous, dit Joanna. Et merci pour tous vos cadeaux.

— Essayez-les, ce sont de bons produits, dit la dame en se détournant. Et maintenant, au revoir !

Après l’échange d’adieux, Joanna la regarda descendre la courbe de l’allée en direction d’une Volkswagen rouge cabossée. Brusquement, des chiens masquèrent les vitres de la voiture, mêlée d’épagneuls noirs et fauves, qui sautaient et aboyaient, les griffes plaquées aux portières. Au-delà du véhicule, une tache blanche en mouvement s’imposa à l’attention de la jeune femme. Derrière le rideau d’arbrisseaux, au premier étage de la maison d’en face où vivaient les Claybrook, la tache blanche fit sa réapparition à une autre fenêtre, se baladant de carreau en carreau. Quelqu’un procédait au nettoyage des vitres. Joanna sourit : Donna Claybrook la regardait peut-être. La traînée blanche se déplaça vers un carreau inférieur, puis vers son voisin.

Au son d’un mugissement inattendu, la Volkswagen s’arracha au caniveau, et Joanna réintégra son vestibule en refermant d’un coup de reins la porte d’entrée.


* * *

Entre Pete et Kim, le ton de la discussion avait monté :

— Vache !

— Salaud !

— Ouïe !

— Arrête !

— Taisez-vous ! cria Joanna tout en déchargeant sa brassée d’échantillons sur la table de la cuisine.

— Elle fait que me donner des coups de pied, hurla Pete.

— C’est pas vrai, salope toi-même !

— Maintenant, ça suffit, coupa Joanna en s’approchant du hublot qui donnait sur la salle de séjour pour voir ce qui se passait.

Pete était allongé sur le tapis, beaucoup trop près de la télé, tandis que Kim, debout, cramoisie, se retenait à quatre de lui botter les fesses. Tous deux étaient encore en pyjama.

— Elle m’a flanqué deux coups de pied, larmoya Pete.

— Mais tu avais mis une autre chaîne ! Maman, il a changé ma chaîne !

— C’est pas vrai !

— J’étais en train de regarder Félix le Chat !

— Du calme, là-dedans ! ordonna Joanna. Plus un mot. Silence complet, total !

Ils braquèrent sur leur mère, Kim les grands yeux bleus de Walter, Pete ses prunelles sombres et graves qu’il tenait de sa mère.

Allez-y, foncez, mollissez pas ! glapit la télé.

— Primo, tu es beaucoup trop collé au poste, reprit Joanna. Deuxio, éteins la télé, et tertio, habillez-vous tous les deux. Cette grande tache verte que vous voyez dehors, c’est de l’herbe, et ce jaune qui l’éclaire, c’est du soleil.

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