Rien.
Ou si ? Il a l’impression, très forte, que derrière ce masque vide, Brady l’observe.
« Brady, certaines infirmières pensent que t’es capable d’ouvrir et de fermer l’eau dans ta salle de bains depuis ta chambre. Elles pensent que tu le fais juste pour leur fiche la frousse. C’est vrai ? »
Rien. Mais cette impression d’être observé est toujours forte. Brady adorait les suicides. On pourrait même dire que le suicide était sa signature. Avant que Holly ne le calme à coups de Happy Slapper, Brady a tenté de pousser Hodges lui-même au suicide. Il n’y est pas arrivé… mais il a réussi avec Olivia Trelawney, la propriétaire de la Mercedes que Holly Gibney possède aujourd’hui et s’apprête à conduire jusqu’à Cincinnati.
« Si tu peux le faire, fais-le maintenant. Vas-y. Épate-moi. Fais-moi ton numéro. Tu veux ? »
Rien.
Certaines infirmières ont la conviction que les coups répétés qu’il a reçus sur le crâne le soir où il a voulu faire sauter l’auditorium Mingo ont d’une façon ou d’une autre modifié les capacités cérébrales de Hartsfield. Que les coups répétés sur le crâne lui ont donné… des pouvoirs. Le D r Babineau dit que c’est ridicule, l’équivalent hospitalier d’une légende urbaine. Hodges est persuadé qu’il a raison, mais cette impression d’être observé est indéniable.
Tout comme le sentiment qu’en son for intérieur, Brady se fout de sa gueule.
Hodges ramasse le livre électronique. Celui-ci est bleu. La dernière fois qu’il est venu à la clinique, Bibli Al lui a dit que Brady aimait bien les démos. Il les regarde pendant des heures , a dit Al.
« T’aimes ce machin, hein ? »
Rien.
« Quoique tu puisses pas faire grand-chose avec, hein ? »
Zéro. Nib. Que dalle.
Hodges repose le Zappit à côté de la photo et se lève.
« Je vais voir ce que je peux apprendre au sujet de cette infirmière, OK ? Et ce que j’arriverai pas à faire remonter, mon assistante s’en chargera. On a nos sources. T’es content que cette infirmière soit morte ? Qu’est-ce qu’elle t’avait fait ? Pincé le nez ? Tordu ton bout de quéquette inutile ? Peut-être parce que t’avais écrasé un de ses parents ou amis au City Center ? »
Rien.
Rien.
Rie…
Les yeux de Brady roulent dans leurs orbites. Il regarde Hodges, et Hodges éprouve une seconde de terreur brute, irraisonnée. Ces yeux-là sont morts en surface mais ce qu’il entrevoit en dessous paraît à peine humain. Ça lui rappelle ce film sur la petite fille possédée par Pazuzu. Puis les yeux retournent vers la fenêtre et Hodges s’intime de pas être stupide. Babineau dit que Brady est revenu aussi loin qu’il reviendra jamais, c’est-à-dire pas bien loin. Il est l’ardoise vierge classique, sans rien d’écrit dessus sauf les propres sentiments que Hodges nourrit envers ce type, l’être le plus méprisable qu’il ait jamais rencontré au cours de toutes ses années dans les forces de l’ordre.
Je veux qu’il soit conscient pour pouvoir lui faire mal, pense Hodges. C’est tout ce qui le motive. Il découvrira sans doute que le mari de l’infirmière l’avait laissée tomber, ou qu’elle se droguait et qu’elle allait se faire virer, ou les deux.
« OK, Brady, dit-il. Je change de crèmerie. Je file comme un spaghetti. Mais avant de partir, je me dois de te dire, en copain entends-moi bien, que t’as une coupe de cheveux vraiment merdique . »
Aucune réponse.
« À la revoyure, enflure. À la revoyance, sale engeance. »
Il s’en va, refermant doucement la porte derrière lui. Si Brady est conscient, la claquer pourrait lui donner le plaisir de savoir qu’il a foutu Hodges hors de lui.
Oui, sacrément hors de lui.
Hodges parti, Brady lève la tête. À côté de la photo de sa mère, le Zappit bleu revient soudain à la vie. Des poissons animés zigzaguent dans tous les sens sur l’écran, une petite musique joyeuse, pétillante, se fait entendre. L’écran passe à la démo du jeu Angry Birds , puis à Barbie Défilé de Mode , puis à Galactic Warrior . Après quoi, l’écran redevient noir.
Dans la salle de bains, l’eau jaillit dans le lavabo, puis s’arrête.
Brady regarde la photo de lui et sa mère souriant, joue contre joue. Il la fixe du regard. La fixe du regard.
La photo bascule en avant.
Clac .
26 juillet 2014
On écrit un livre tout seul dans une pièce, c’est comme ça, et pas autrement.
J’ai écrit le premier jet de celui-ci en Floride, en regardant des palmiers par la fenêtre. Je l’ai retravaillé dans le Maine, en regardant des forêts de pins descendant en pente douce vers un lac magnifique où les plongeons arctiques viennent converser à la nuit tombée. Mais dans aucun de ces deux endroits, je n’ai été entièrement seul ; peu d’écrivains le sont. Quand j’ai eu besoin d’aide, l’aide était toute proche.
Nan Graham a édité ce livre. Susan Moldow et Roz Lippel travaillent aussi chez Scribner et je ne m’en sortirais jamais sans elles. Ces trois femmes sont d’une valeur inestimable.
Chuck Verrill est mon agent pour ce livre. C’est mon homme de référence depuis trente ans, il est malin, marrant, et il n’a peur de rien. C’est pas non plus un béni-oui-oui : quand je déconne, il n’hésite pas à me le dire.
Russ Dorr se charge de la recherche et il devient de plus en plus performant avec les années. Tel le premier assistant d’un chirurgien en salle d’opération, il se tient prêt avec le prochain instrument dont j’aurai besoin avant même que je ne le réclame. On trouve ses contributions au présent ouvrage pratiquement à chaque page. Littéralement, s’entend : c’est Russ qui m’a donné le titre quand j’étais en panne d’inspiration.
Owen King et Kelly Braffet, tous deux excellents romanciers, ont lu le premier jet et l’ont considérablement affûté. On trouve aussi leurs contributions pratiquement à chaque page.
Marsha DeFilippo et Julie Eugley s’occupent de mon bureau dans le Maine et me maintiennent en contact avec le monde réel. Barbara MacIntyre, qui s’occupe de mon bureau en Floride, fait de même. Sherley Sonderegger est mon assistante émérite.
Tabitha King est ma meilleure critique et mon seul vrai amour.
Et toi, fidèle lecteur, Dieu merci, tu es encore là après toutes ces années. Si tu t’amuses, moi aussi.
« J’ai besoin d’une femme qui me rende pas foou-ouu… » ( Toutes les notes sont des traductrices .)
Université pour garçons.
Université pour filles.
Gold signifie « or » en anglais.
Littéralement : les sangloteurs.
Équivaut à Sobers : les sobres.
Littéralement : Ligue du Lierre. Ensemble des universités les plus anciennes et les plus prestigieuses des États-Unis.
« Qui trouve garde. » La formule enfantine complète est Finders Keepers, Losers Weepers : Qui trouve garde, qui perd pleure.
Réparation de motos et petits moteurs à l’échelle de l’État.
Pouvoir blanc pour toujours.
Meilleur donneur de câlins du monde.
Allusion au poème de T.S. Eliot La Chanson d’amour de J. Alfred Prufrock.
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