Stephen King - Carnets noirs

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Carnets noirs: краткое содержание, описание и аннотация

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En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.
Après
King renoue avec un de ses thèmes de prédilection : l’obsession d’un fan. Dans ce formidable roman noir où l’on retrouve les protagonistes de
(prix Edgar 2015), il rend un superbe hommage au pouvoir de la fiction, capable de susciter chez le lecteur le meilleur… ou le pire.
STEPHEN KING
« Une déclaration d’amour à la lecture et à la littérature américaine… Merveilleux, effrayant, émouvant. » The Washington Post

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« Pitou, Pitou, le plafond ! »

Pete pense que Bellamy court récupérer son revolver mais le type dédaigne complètement son arme. Son objectif, c’est les carnets. Ils flambent à présent comme un feu de joie, leurs couvertures rebiquant, leurs pages brunissant et faisant monter des étincelles qui ont enflammé plusieurs bandes de l’isolant qui pendouille. Le feu commence à se propager au plafond, laissant choir des serpentins embrasés. L’un d’eux atterrit sur la tête de Tina et une odeur de cheveux roussis s’ajoute à l’odeur de papier et d’isolant carbonisés. Avec un cri de douleur, Tina secoue la tête pour s’en débarrasser.

Pete court vers elle, expédiant au passage le petit automatique à l’autre bout du sous-sol d’un coup de pied. Il tape sur les cheveux de sa sœur pour les éteindre puis recommence à se bagarrer avec les nœuds.

« Non ! » hurle Morris mais ce n’est pas à Pete qu’il s’adresse.

Il tombe à genoux devant les carnets tel un zélote devant un autel où flambe un brasier. Il plonge la main dans les flammes, cherchant à atteindre le cœur de la pile. De nouveaux essaims d’étincelles montent en spirale vers le plafond.

« Non non non non ! »

Hodges voudrait courir vers Pete et sa sœur mais tout ce dont il est capable, c’est de tituber comme un ivrogne. La douleur dans son entrejambe est en train de se propager à ses jambes, amollissant des muscles qu’il a bossé dur pour raffermir. Il arrive malgré tout à les rejoindre et s’attaque à l’un des nœuds du câble orange. À nouveau, il regrette de pas avoir de couteau, mais il faudrait plutôt un tranchoir de boucher pour sectionner ça. Costaud , cette connerie, merde.

D’autres bandes d’isolant enflammé tombent autour d’eux. Hodges les frappe de la main pour en protéger la fillette, terrifiée à l’idée que sa tunique en mousseline prenne feu. Le nœud est en train de céder, de céder enfin, mais la gamine se débat…

« Arrête, Teenie », lui dit Pete. De la sueur ruisselle sur son visage. L’air dans le sous-sol commence à être brûlant. « C’est des nœuds coulants, tu les resserres, arrête de te débattre. »

Les cris de Morris se changent en hurlements de douleur. Hodges n’a pas le temps de le regarder. La boucle sur laquelle il tirait vient de céder brusquement et il entraîne Tina, mains toujours liées derrière le dos, à l’écart de la chaudière.

La sortie par l’escalier s’annonce impossible : les marches inférieures brûlent déjà et celles du haut sont en train de prendre. Les tables, les chaises, les cartons de documents : tout est en train de brûler. Morris Bellamy aussi. Son blazer et la chemise qu’il porte en dessous sont en flammes. Pourtant, il continue de fouiller au cœur du brasier, tentant d’atteindre les quelques carnets encore intacts au bas de la pile. Ses doigts commencent à noircir. Malgré la douleur, qui doit être atroce, il continue. Hodges a le temps de penser au conte dans lequel le Loup descend par la cheminée et atterrit dans un chaudron d’eau bouillante. Sa fille Alison refusait qu’il lui lise cette histoire. Elle disait qu’elle était horr…

« Bill ! Bill ! Par ici ! »

Hodges aperçoit Jerome à l’une des fenêtres du sous-sol. Il se rappelle avoir pensé : On peut pas vous faire confiance, et il est soudain ravi de constater que c’était faux. Jerome est à plat ventre, il leur tend les bras par la fenêtre.

« Soulevez-la ! Soulevez-la que je l’attrape ! Dépêchez-vous, vous allez tous griller ! »

C’est Pete presque à lui tout seul qui emporte Tina vers la fenêtre ouverte, à travers des gerbes d’étincelles et des écharpes d’isolant en flammes. L’une d’elles atterrit sur les épaules du garçon et Hodges la balaye de la main. Pete soulève sa sœur. Jerome l’attrape sous les aisselles et la tire dehors, la prise du câble d’ordinateur dont Morris s’est servi pour lui attacher les mains se balançant et cognant derrière elle.

« À toi maintenant », souffle Hodges.

Pete secoue la tête. « Vous d’abord. » Il lève les yeux vers Jerome. « Tu tires, je pousse.

— OK, dit Jerome. Levez les bras, Bill. »

Pas le temps de tergiverser. Hodges lève les bras et se sent empoigné. Il a le temps de penser : On dirait qu’on me passe les menottes, puis il se sent hissé vers le haut. Lentement d’abord — il est beaucoup plus lourd que la fillette — mais soudain deux mains se plaquent fermement sur son cul et poussent. Il s’élève et débouche à l’air libre, l’air libre et clair — chaud, certes, mais nettement plus frais que celui du sous-sol —, et atterrit près de Tina Saubers. Jerome tend à nouveau les bras par la fenêtre.

« À toi, petit ! Dépêche ! »

Pete lève les bras et Jerome lui saisit les poignets. Le sous-sol est en train de se remplir de fumée et Pete se met à tousser, presque à en vomir, tandis qu’il s’aide de ses pieds en pédalant contre le mur. Il glisse à travers l’ouverture et se retourne pour plonger le regard dans le sous-sol.

Un épouvantail carbonisé y est agenouillé, fouillant parmi les carnets en feu avec des bras de flammes. Le visage de Morris est en train de fondre. Il pousse un cri strident et se met à serrer contre sa poitrine embrasée les restes brûlants et fumants de l’œuvre de Rothstein.

« Regarde pas ça, petit », dit Hodges en posant une main sur son épaule. « Regarde pas. »

Mais Pete veut regarder. Il a besoin de regarder.

Il pense : Ça aurait pu être moi, là, en train de brûler.

Il pense : Non. Parce que je sais faire la différence. Je sais ce qui compte.

Il pense : Mon Dieu, je t’en prie, si t’es là… fais que ça soit vrai.

55

Pete laisse Jerome porter Tina jusqu’au terrain de base-ball puis lui dit :

« Passe-la-moi, s’il te plaît. »

Jerome le jauge du regard : le visage blême marqué par le choc, une oreille cloquée, le T-shirt brûlé de trous.

« T’es sûr ?

— Ouais. »

Tina lui tend déjà les bras. Elle n’a pas dit un mot depuis que Jerome l’a hissée hors du sous-sol en flammes mais quand Pete la prend contre lui, elle noue ses bras autour de son cou, enfouit son visage contre son épaule et éclate en sanglots.

Holly surgit en courant au bout du sentier.

« Dieu merci ! s’exclame-t-elle. Vous êtes là ! Où est Bellamy ?

— Là-bas, dans le sous-sol, répond Hodges. Et s’il est pas encore mort, il doit espérer l’être vite. T’as ton portable sur toi ? Appelle les pompiers.

— Est-ce que maman va bien ? demande Pete.

— Je crois qu’elle est tirée d’affaire », lui dit Holly en décrochant son téléphone de sa ceinture. « L’ambulance l’a emmenée à Kiner Memorial. D’après les médecins urgentistes, ses signes vitaux étaient bons.

— Seigneur, merci », dit Pete. Maintenant, c’est lui qui se met à pleurer, ses larmes traçant des sillons clairs sur ses joues barbouillées de suie. « Si elle était morte, je me serais tué. Parce que tout ça, c’est de ma faute.

— Non », lui dit Hodges.

Pete le regarde. Tina le regarde aussi, ses bras toujours refermés autour du cou de son frère.

« T’as trouvé l’argent et les carnets, c’est bien ça ?

— Oui. Par hasard. Ils étaient enterrés dans une malle au bord du ruisseau.

— Ce que tu as fait, tout le monde l’aurait fait, dit Jerome. C’est pas vrai, Bill ?

— Si, affirme l’intéressé. Pour sa famille, on fait tout ce qu’il est possible de faire. Comme tu l’as fait en prenant Bellamy en chasse lorsqu’il a enlevé Tina.

— J’aurais préféré ne jamais trouver cette malle », dit Pete.

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