Frédéric Dard - Les anges se font plumer

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Les anges se font plumer: краткое содержание, описание и аннотация

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« Une lettre et un chiffre rédigés hâtivement sur un petit bout de papier :
K 2. Ça pouvait vouloir dire beaucoup de choses… Ça pouvait ne rien signifier du tout… Mais moi je ne crois pas qu'on puisse écrire deux signes, comme ça, sans que quelque chose ne se trame quelque part.
K 2 ?
Une marque de détachant ? Il manque le R. Un morceau de jeu de bataille navale ? Pas sérieux… Le nom du deuxième sommet du monde, le Kapa Due ? Pourquoi pas…
K 2 ?
Ça ne vous dit rien, à vous ?
Moi si… aujourd'hui…
Aujourd'hui… que j'ai rassemblé tous les éléments du puzzle. »

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— C’est vrai.

J’affûte ma question clé et je la plante carrément dans la conversation.

— A part ma mère à moi, les autres sont des habitués.

— Pas tous…

C’est ici que les Athéniens s’atteignirent, comme dit pertinemment mon honorable collègue Bérurier, lequel a chez lui la collection entière du Vermot.

— Quels sont les nouveaux ?

Elle ne répond pas tout de suite et me dévisage avec un œil étrange… Dans ce lampion, il y a une sorte de surprise attentive.

— Les autres clients t’intéressent, on dirait ?

Je ne me dégonfle pas.

— Oui, ils m’intéressent, Martha… Autant te le dire tout de suite, je suis d’une jalousie féroce…

Elle a un frémissement d’aise. Rien n’enquiquine davantage une donzelle que lorsque vous lui faites une scène de jalousie, mais paradoxalement, rien ne la flatte mieux que ça.

Entre nous et la station Madeleine, la jalousie est un sentiment que j’ignore. Je ne suis pas exclusif. Je pars du principe que la vie étant courte, il faut en profiter au maxi… Etant donné que chaque homme a besoin de plusieurs femmes, ne serait-ce que pour se dépayser un brin, il est bien évident qu’il doit, parfois, emprunter celle des autres… A charge de revanche, nature !

Du coup elle en oublie de répondre à ma fameuse question.

— Hein, ma belle, qui sont les nouveaux ?

— Eh bien…

Elle réfléchit.

— Il y a Mme Dickson…

— Qui est-ce ?

— La jeune femme avec sa petite fille… C’est une Américaine, elle attend son mari qui est allé à Rome pour ses affaires et qui vient la rejoindre demain…

— Tu le connais ?

— Non, pas encore…

Elle me file un baiser en dialiscope et murmure :

— Je ne savais pas que les Français étaient aussi jaloux.

Je hausse les épaules.

— Ne te moque pas de moi, Martha…

Vite je rengracis :

— Elle est là depuis longtemps, cette dame ?

— Deux jours… Tu t’intéresses à elle ?

Bon, la v’là en renaud, du coup… Je moule le sujet…

— Et à part cette Amerlock, quels sont les nouveaux ?

— Des Suisses…

— D’où sont-ils ?

— Zurich…

— C’est tout ?

— Il y a aussi les vieux, tu les as vus ? Ils s’appellent Canetti… Ils sont de Torino. Tu n’es pas jaloux du mari, si ?

J’éclate de rire…

— Tu en as de bonnes…

Encore un baiser filtrant, une caresse à ventouse et je laisse Martha rêver à cette félicité que nous nous sommes dispensée généreusement.

Je rejoins ma base sans encombre. Je suis un peu fatigué, mais ma matière grise donne à plein régime.

Maintenant l’affaire se noue. Grâce aux renseignements que je possède, je puis d’ores et déjà circonscrire le champ de mes investigations. En effet, on ne peut logiquement ranger sur la liste des « suspects » les vieux habitués de la maison. Parmi les nouveaux j’ai trois lots, ce qui ne veut pas du tout dire que ce soit trois affaires. Primo, la dame Dickson qui attend un homme ! Objection valable : sa petite fille… Décidément on n’en sort pas des suspects familiaux… Deuxio, les Suisses allemands… Là itou, leurs chiares me contristent… Enfin les deux petits vieux… Mais ils sont vraiment trop croulants pour pratiquer un turbin aussi délicat et dangereux que celui consistant à cloquer des armes à des mecs désireux de foutre le merdier en quelque point du globe.

Je les raye… Restent les Suisses, la dame…

Je me couche et j’éteins. Ma piaule donne sur l’avenue et, bien qu’il soit près de deux plombes, j’entends encore des bruits de conversation dehors… Il y a des lumières… Au fond de tout cela, la mer produit son grondement incessant, déprimant lorsqu’on se met à l’écouter.

Histoire de l’oublier, je pense à « l’affaire »…

D’accord, le Vieux avait misé juste, seulement cet accident d’aviation n’a-t-il pas annulé les rembours ?

C’est une possibilité… Un point de vue plutôt, mais il en est d’autres… Par exemple, je trouve curieux ce rendez-vous dans ce coin écarté de l’Italie… Pourquoi se rencontrer si loin des grands centres économiques où en général se traitent toutes les affaires, licites ou non ? Il y a une raison précise à cela… Et cette raison, j’aimerais la découvrir… Je vous jure sur la tête de mon lit que j’y parviendrai !

C’est sur cette bonne résolution que je finis par glisser dans les bras de Morphée. Ils ne valent pas ceux de Martha mais on s’y repose davantage.

CHAPITRE IV

Rien n’est plus vide qu’une existence d’estivant en hôtel. Toute l’année, les gens en bavent pour mériter trois semaines de farniente pendant lesquelles ils vont se faire tartir consciencieusement dans un trou impossible.

L’ennui commence sitôt le petit déjeuner expédié. On va acheter des cartes postales qu’on adresse à des truffes qui s’enchosent autre part en vous écrivant les mêmes… Puis on se baigne un peu et on bouffe… Sieste, bain de soleil, trempette… Rebouffe… Conversations… Au dodo… La fuite utile des jours qu’il appelait ça, Victor Hugo ! Tu parles ! De quoi prendre de l’eczéma au cervelet à force de se le gratter pour savoir ce qu’on va faire !

Ça dure comme ça trois semaines… C’est coupé par une excursion à Machin-Chose, un bled où les estivants s’ennuient pendant trois semaines aussi, moins le jour où ils viennent excursionner dans votre bled à vous avec des Kodak autour du ventre et des yeux conquérants.

Et ensuite, on rentre chez soi, la tirelire bourrée de souvenirs qui deviennent merveilleux au fur et à mesure qu’on s’éloigne. On les pense avec les mots qui serviront à épater les copains et on finit par être épaté soi-même… Oui, le miracle se produit : on croit en la beauté des vacances. On les déguste au passé ! Ah ! les hommes, je vous jure !

Félicie, elle, est radieuse. S’évader avec son Antoine, c’est un moment paradisiaque. Je la trouve dans la salle commune, elle m’y attend depuis longtemps, figée dans sa robe noire aux plis bien tirés… Droite, aimable, furtive… Prête à sourire à qui la regarde, en attendant son grand poulet de fils comme un insomniaque attend le lever du jour…

Je l’embrasse.

— En forme, m’man ?

— Oui, mon chéri…

— Tu as déjeuné ?

— Je t’ai attendu…

J’intercepte Gigi qui passe en souplesse, portant trois plateaux à la fois. D’un geste éloquent, je lui explique ce que j’attends de lui.

Il a pigé et me fait un signe affirmatif.

Pendant que nous attendons le déjeuner, la belle Américaine à la petite fille descend, tenant l’enfant par la main. Je lui distribue une œillade veloutée et un sourire révisé par Colgate. Elle a un bref hochement de tête et s’assied non loin de nous.

Tandis que nous prenons, nous le café au lait, elle the coffee and milk, je ne la quitte pas du regard. C’est une très belle personne d’une trentaine d’années, à la chevelure rousse, à la peau bronzée, aux yeux sombres… Elle est carrossée comme une voiture de course et c’est avec un plaisir non dissimulé que je lui jouerais pour elle toute seule le premier acte de « La grosse mite dans les biches », féerie enfantine qui a obtenu le prix du meilleur préjugé qui vous coûtait cher au festival de Pont de Beauvoisin.

Mon attention éveille la sienne. Je constate presto que je ne lui suis pas tout à fait indifférent. C’est le moment de faire jouer mes ramasse-miettes ! S’il y avait un grelot accroché à chacun de mes cils, je lui interpréterais « Prenez mon cœur et mes roses » sans accompagnement.

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