Halter,Marek - Marie
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- Название:Marie
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- Издательство:Alexandriz
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- Год:2006
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— Si c’est Barabbas, dis-le.
— Non, père. Ce n’est pas Barabbas non plus.
— S’il t’a prise de force et que tu n’oses pas l’avouer, je le massacrerai de mes mains, tout Barabbas qu’il est.
— Écoute-moi : ni Barabbas ni aucun autre. Joachim finit par entendre ce que Miryem lui disait. Ses mots le glacèrent. Il laissa filer un petit gémissement et pour la première fois regarda sa fille comme une étrangère.
— Tu mens.
— Pourquoi mentir ? Cet enfant, on le verra naître. On le verra grandir. On le verra devenir le roi d’Israël.
— Qu’est-ce que tu racontes ! Ce n’est pas possible.
— Si. Cela est possible. Parce que je le voulais plus que tout. Parce que je l’ai demandé à Yhwh, béni soit Son nom pour l’éternité.
A nouveau Joachim ferma les paupières. Ses mains tremblaient, palpaient sa poitrine, glissaient sur son visage comme s’il pouvait en ôter la pellicule des paroles que venait de prononcer Miryem.
— Ce n’est pas possible et c’est un blasphème. Tu es folle. Passe encore l’ange de Zacharias, mais ça, non.
— Pourtant cela est. Tu le verras.
Joachim secoua fortement la tête, les yeux toujours clos.
— Pourquoi te faire souffrir quand c’est une bonne et une grande nouvelle ? demanda Miryem sans abandonner son calme. N’est-ce pas ce que nous savons, toi, moi, Joseph d’Arimathie et quelques autres : c’est la vie des hommes qui change la face du monde. Ce n’est pas la mort ni la haine. Pour abattre Hérode, il n’y a que la lumière de la vie et l’amour. Tout ce que Rome et les tyrans méconnaissent.
Joachim agita violemment les bras comme s’il voulait chasser les paroles de Miryem ainsi que l’on chasse les mouches importunes.
— On ne parle pas d’Hérode et d’Israël ! On parle de ma fille souillée ! s’écria-t-il. Et ne me raconte pas que c’est une bonne nouvelle.
— Père, je ne suis pas souillée. Tu peux me croire. Maintenant, il la regardait comme une ennemie. Miryem s’agenouilla devant lui, enserra ses mains entre les siennes.
— Joachim, mon père, comprends. Que peut une femme pour libérer Israël du joug romain, sinon donner naissance à son libérateur ? Souviens-toi. Souviens-toi de la réunion convoquée par Barabbas qui devait décider de la date de la révolte. J’ai parlé du Libérateur. Déjà. De celui qui ne connaîtra d’autre autorité que celle de Yhwh, maître de l’univers. De celui qui rappellera Sa parole et qui imposera Sa loi.
Depuis, j’ai beaucoup réfléchi, père. J’ai vu des prophètes. Tous des hommes souillés par le sang et le mensonge. Pas un d’entre eux ne parlait d’amour. Pourtant, notre sainte Thora dit : Aime ton prochain comme toi-même.
Pour vous tous, la femme n’est là que pour enfanter. Enfanter des hommes soumis ou des hommes rebelles. Et si l’une d’elles donnait la vie à celui que nous attendons tous depuis si longtemps ? Toi autant que moi et que tout le peuple d’Israël ?
Donner naissance au Libérateur. Personne n’y a songé. Moi, si. Et c’est ce que je vais faire. Moi, Miryem, je t’ai dit qu’il en serait ainsi. Alors, pourquoi t’inquiéter, pourquoi te tourmenter, pourquoi poser toutes ces questions ?
Les lèvres de Joachim s’agitèrent, des larmes s’agrippèrent à sa barbe.
— Qu’ai-je fait pour que l’Éternel ne cesse de me frapper ? gémit-il. Qu’ai-je fait d’impardonnable ?
Il considéra les mains de Miryem refermées sur les siennes. Il eut une grimace, comme à la vue d’un animal répugnant. Il se libéra brutalement, se dressant en chancelant, tout entier dans l’effort de ne pas hurler les mots terribles qui lui noyaient la bouche.
*
* *
Il lui fallut toute la moitié de la journée pour rassembler son courage et aller se mettre en face de Yossef. Il voulait scruter chaque trait du visage de son ami et ne rien perdre de ses expressions alors qu’il le questionnerait.
— As-tu pris ma fille ?
Yossef eut la mine éberluée de celui qui ne comprend pas le sens des paroles qu’il entend.
— Ta fille ?
— Je n’en ai qu’une. Miryem.
— Qu’est-ce que tu me demandes là, Joachim ?
— Tu m’as compris. Miryem dit qu’elle est grosse. Elle dit aussi que pas un homme ne l’a touchée.
Yossef demeura sans voix.
— Ça n’est pas possible, gronda Joachim C’est une folie ou un mensonge. Il dépend de ta réponse que ce soit l’un ou l’autre.
Yossef n’eut pas l’air fâché par l’insistance de Joachim. C’était bien pire. Son visage exprimait l’intense tristesse, l’immense douleur de celui qui est trahi par la suspicion de son ami.
— Si je voulais prendre Miryem pour épouse, je n’aurais pas à me cacher. J’irais tout droit vers toi pour te demander ta bénédiction.
— Il ne s’agit pas de la prendre pour épouse mais de coucher avec elle et de lui faire un enfant.
— Joachim…
— Bon sang de bois, Yossef ! Tu ne dis pas les mots que j’attends ! À moi, son père, tu dois dire oui ou non.
Le visage de Yossef se durcit d’un coup. Ses joues, ses tempes se creusèrent, sa bouche s’étrécit. C’était une face que Joachim ne lui avait encore jamais vue.
L’attitude hostile de Yossef ébranla Joachim. Il détourna son regard un bref instant. Puis de nouveau il demanda :
— Alors, tu le crois, toi, qu’elle est grosse ?
— Si elle le dit, je le crois. Je crois ce que dit Miryem et le croirai jusqu’à la fin de mes jours.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tu m’as compris.
Maintenant, Yossef se renfermait dans la grande blessure de l’orgueil. Joachim gémit et passa ses doigts noueux sur son visage.
— Je ne sais pas, je ne sais pas ! Je ne comprends plus rien de rien, gémit-il.
Yossef ne lui vint pas en aide. Il se détourna, lui offrit son dos tandis qu’il occupait ses mains à ramasser des outils traînant sur l’établi.
Joachim s’avança et le saisit par l’épaule :
— Ne m’en veux pas, Yossef. Il fallait que je t’interroge. Yossef se retourna et le toisa d’un air qui signifiait qu’il n’y avait rien à demander, seulement à faire confiance.
— Yossef, Yossef ! s’exclama Joachim avec des larmes sur les joues.
Il saisit son ami et le serra contre lui.
— Yossef, tu es comme mon fils. Je te dois tout ce que j’ai aujourd’hui. Tu voudrais Miryem, je te la donnerais avant de la donner à Barabbas…
Il s’interrompit avec un râle, s’écarta de Yossef pour scruter ses traits. Il n’y trouva aucune mansuétude.
— Mais maintenant qu’elle est grosse, ce n’est plus possible. Pour l’un comme pour l’autre, n’est-ce pas ?
— Écoute ce que dit ta fille. Écoute-la, au lieu de toujours la soupçonner, ce que tu fais depuis qu’elle est revenue.
Fut-ce le ton ou les paroles de Yossef : la suspicion de Joachim revint brutalement.
— Tu sais quelque chose que tu veux me cacher. Yossef haussa les épaules. Il faillit se détourner, mais se contraignit à supporter le mince filet brillant qui passait entre les paupières de Joachim. Il rougit comme cela lui arrivait parfois, dans la tendresse de l’émotion.
— Je n’ai rien de plus à ajouter. Mais j’aime Miryem et je fais ce qu’elle me demande.
*
* *
Après que Miryem leur eut annoncé son état, Ruth erra dans la maison, désemparée, incapable de s’occuper des enfants qui choisirent d’aller jouer loin des cris et des visages sans joie.
— Cesse donc de tourner en rond ainsi, finit par grogner Mariamne. C’est agaçant.
Ruth s’assit, obéissante, le regard dans le vague.
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