Brown, Dan - Le symbole perdu

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Apparemment, pas ce soir.

Toujours aucun mouvement.

L’agent Simkins leva la main, faisant signe à son équipe d’occuper l’espace. Les hommes se déployèrent en éventail. Remontant prudemment l’allée centrale, Simkins porta la main à son casque pour activer la dernière innovation de l’arsenal de la CIA. La thermographie était une technologie éprouvée depuis des années, mais les avancées récentes en matière de miniaturisation, sensibilité différentielle et intégration double-source avaient rendu possible une nouvelle génération de lunettes qui donnaient aux agents de terrain une vision quasiment surhumaine.

Nous voyons dans le noir. Nous voyons à travers les murs. Et maintenant, nous voyons dans le temps, songea-t-il.

Le matériel d’imagerie thermique était devenu tellement sensible aux variations de température qu’il était désormais possible de déterminer non seulement l’emplacement d’une personne, mais ses emplacements précédents. Cette capacité à voir dans le passé était souvent un atout déterminant. Et ce soir, une fois de plus, elle se révélait indispensable. Simkins avait repéré une signature thermique à l’une des tables de lecture. À travers ses lunettes, deux chaises brillaient d’une teinte rouge-violet, indiquant que ces chaises étaient plus chaudes que les autres. La lampe de bureau était orange. Les fugitifs s’étaient assis là. La question était maintenant de savoir par où ils s’étaient enfuis.

Il trouva la réponse sur le gros comptoir central qui entourait la console en bois au centre de la pièce. Une empreinte de main fantomatique de couleur rouge.

Le doigt sur la détente, Simkins s’approcha, le faisceau laser pointé sur la surface. Il fit le tour de la console et aperçut une ouverture sur un côté. Ils se sont vraiment cachés dans un trou sans issue ? En examinant les bords du compartiment, il remarqua une autre empreinte. Quelqu’un s’était retenu au cadre en s’accroupissant pour entrer dans la cachette.

L’heure n’était plus à la discrétion.

— Signature thermique ! cria-t-il, le bras tendu vers l’ouverture. Aile gauche, aile droite, convergez !

Les deux hommes qui couvraient les flancs de la salle se précipitèrent vers l’îlot central : les fugitifs étaient cernés.

Simkins s’avança. À trois mètres de l’ouverture, il détecta une faible lueur.

— Lumière dans la console ! cria-t-il en espérant que le son de sa voix pousserait Warren Bellamy et Robert Langdon à sortir les mains en l’air.

Personne ne bougea.

Très bien, si vous préférez la manière forte...

À chaque pas qui le rapprochait de l’ouverture, il entendait de plus en plus distinctement un ronronnement inattendu qui provenait de l’intérieur. On aurait dit des machines. Il s’arrêta, essayant d’imaginer ce qui pouvait produire ce genre de bruit dans un si petit espace. Approchant encore de quelques centimètres, il entendit des voix mêlées au ronflement des machines. À l’instant même où il atteignait enfin le compartiment, la lumière à l’intérieur s’éteignit.

Merci, pensa-t-il en ajustant ses jumelles à vision nocturne. Avantage, CIA.

Il passa la tête dans l’ouverture. Ce qu’il vit alors était pour le moins surprenant. La console octogonale n’était pas tant un meuble de rangement qu’un chapeau au-dessus d’un escalier qui descendait dans une autre salle au niveau inférieur. L’arme pointée devant lui, il commença à descendre les marches. Le bruit des machines allait s’intensifiant.

Qu’est-ce que c’est que cet endroit ?

Il déboucha dans un petit espace qui ressemblait à une salle des machines. Il ignorait si elles tournaient parce que Bellamy et Langdon les avaient activées, ou si elles fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre. De toute manière, cela ne changeait pas la donne. Les fugitifs avaient laissé leurs signatures thermiques sur la seule issue de la pièce, une lourde porte en acier dont le pavé numérique de contrôle portait quatre traces de doigts clairement visibles. Un fil orange courait sur tout le pourtour, ce qui signifiait que la lumière était allumée de l’autre côté.

— Fais-la sauter, ordonna Simkins à l’un de ses hommes. Ils se sont enfuis par là.

À peine huit secondes furent nécessaires pour insérer et faire exploser une feuille de C-4 sous la porte. Après la dissipation de la fumée, les agents découvrirent au-delà du seuil un étrange univers souterrain que les employés appelait « les rayons ».

La Bibliothèque du Congrès abritait des kilomètres d’étagères, la plupart d’entre elles sous terre. Les rangées infinies de livres ressemblaient à ces illusions optiques que l’on crée en mettant deux miroirs face à face.

Un panneau annonçait :

Environnement à température contrôlée

La porte doit rester fermée à toute heure

Simkins poussa la porte éventrée. Il fut accueilli de l’autre côté par un courant d’air frais. Il ne put s’empêcher de sourire. Ça devenait vraiment trop facile. Dans un environnement à basse température, les signatures thermiques apparaissaient comme des éruptions solaires. Il voyait déjà une empreinte écarlate sur une rampe que Langdon ou Bellamy avait dû attraper en courant.

— Vous pouvez courir, murmura-t-il, mais vous ne pouvez pas nous échapper.

En progressant dans le dédale des rayons, il découvrit que la situation était encore une fois à son avantage. Il n’avait même pas besoin de lunettes de vision nocturne pour traquer ses proies. En d’autres circonstances, les étagères auraient fourni d’excellentes cachettes, mais la Bibliothèque du Congrès était équipée de détecteurs de mouvement qui allumaient et éteignaient les lumières automatiquement afin d’économiser l’énergie. Le chemin des fugitifs était donc éclairé comme une piste d’atterrissage. Un fin ruban lumineux s’étirait au loin, tournant et serpentant entre les rangées.

Les quatre agents surentraînés ôtèrent leurs lunettes et bondirent à la poursuite de la traînée lumineuse, courant en zigzag dans un labyrinthe de livres qui paraissait sans fin. Les lumières se rapprochaient de plus en plus. On gagne du terrain, pensa Simkins. Il s’élança de plus belle, et bientôt il entendit des bruits de pas et une respiration hachée devant lui. L’instant d’après, il aperçut la cible.

— Contact ! cria-t-il.

Il reconnut la silhouette élancée d’un Noir au style vestimentaire recherché : Warren Bellamy. C’était donc lui qui fermait la marche. Il titubait entre les rayons, visiblement essoufflé. Ne te fatigue pas, vieil homme.

Monsieur Bellamy, ne bougez plus ! ordonna Simkins.

Le fuyard poursuivit sa course en changeant de direction à chaque croisement, mais l’éclairage automatique trahissait chacun de ses mouvements.

Arrivés à une quinzaine de mètres, les agents lui crièrent à nouveau d’arrêter. Il les ignora.

— Abattez-le ! commanda Simkins.

L’agent muni du fusil incapacitant épaula et tira. Le projectile qui fusa dans les airs et s’enroula autour des jambes de Bellamy portait le surnom facétieux de « serpentin », mais il n’avait rien de festif. C’était une technologie militaire inventée par les laboratoires Sandia : le projectile relâchait un fil de polyuréthane visqueux qui durcissait instantanément au moment de l’impact, créant ainsi une toile de plastique rigide derrière les genoux de la victime. L’effet sur un individu en train de courir était le même que celui d’un bâton dans les roues d’un vélo. Les jambes de Bellamy s’immobilisèrent à mi-foulée et l’homme chuta tête la première. Il glissa sur trois mètres avant de s’arrêter, tandis qu’au-dessus de sa tête les lumières s’allumèrent sans cérémonie.

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