Brown, Dan - Le symbole perdu
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— Je m’occupe de Bellamy ! cria Simkins. Attrapez Langdon ! Il doit être un peu plus...
Il s’interrompit, remarquant que le reste de la salle était plongé dans l’obscurité. Il n’y avait personne devant Bellamy. Il est seul ?
Le prisonnier gisait face contre terre, respirant laborieusement, jambes et chevilles ligotées par des fils de plastique durci. Du bout du pied, Simkins le retourna sur le dos sans ménagement.
— Où est-il ?
Bellamy s’était ouvert la lèvre en tombant.
— Où est qui ?
L’agent de la CIA coinça sous sa botte la cravate en soie immaculée de Bellamy. Puis, il se pencha en avant en pesant de tout son poids sur sa jambe.
— Croyez-moi, monsieur Bellamy, vous n’allez pas jouer à ce jeu-là avec moi.
59.
Robert Langdon avait l’impression d’être mort.
Il était couché sur le dos dans l’obscurité totale, les mains repliées sur la poitrine, confiné dans un espace particulièrement étroit. Katherine était allongée près de sa tête dans une position semblable à la sienne, même s’il ne la voyait pas. Il serrait obstinément les paupières, ce qui l’aidait à nier la réalité cauchemardesque de sa situation.
La cachette était petite.
Toute petite.
Soixante secondes plus tôt, lorsque les portes de la salle de lecture avaient sauté, lui et Katherine avaient suivi Bellamy dans la console octogonale, les escaliers et la salle étonnante au bas des marches. Langdon avait tout de suite compris où ils se trouvaient. Le cœur du système de circulation de la Bibliothèque. La pièce ressemblait à un centre de distribution des bagages miniaturisé. Elle accueillait de nombreux tapis roulants qui allaient et venaient dans toutes les directions. Étant donné que la Bibliothèque du Congrès occupait trois bâtiments distincts, les livres demandés dans la salle de lecture devaient parfois parcourir de très grandes distances à l’aide de tapis roulants qui circulaient dans un réseau de tunnels souterrains.
Bellamy traversa la salle jusqu’à une porte en acier. Après avoir inséré sa carte dans le verrou électronique et composé un code d’accès, il l’ouvrit. L’allumage automatique des lumières dissipa aussitôt l’obscurité qui régnait derrière.
Quand Langdon vit le paysage qui s’étendait sous ses yeux, il comprit que Bellamy les avait emmenés dans un lieu que bien peu de gens voyaient. Les rayons de la Bibliothèque du Congrès. Le plan de Bellamy était encourageant : quel meilleur endroit pour se cacher qu’un labyrinthe géant ?
Or, l’Architecte ne les guida pas vers les étagères. Au lieu de cela, il coinça un livre entre la porte et le cadre pour l’empêcher de se refermer et se retourna vers eux.
— J’espérais pouvoir vous expliquer beaucoup plus de choses, mais nous n’avons plus le temps, dit-il en donnant sa carte magnétique à Langdon. Tenez, vous en aurez besoin.
— Vous ne venez pas avec nous ?
Le vieil homme secoua la tête.
— Nous devons nous séparer. Vous n’y arriverez jamais autrement. Le plus important, c’est que vous mettiez la pyramide et sa coiffe en sécurité.
Ne voyant pas d’autre issue à part celle par laquelle ils étaient arrivés, Langdon demanda :
— Où comptez-vous aller ?
— Je vais les attirer dans les rayons, loin de vous. C’est tout ce que je peux faire pour vous aider à vous enfuir.
Avant que Langdon puisse demander où lui et Katherine étaient censés aller, Bellamy ôta une caisse de livres de l’un des tapis.
— Allongez-vous là-dessus, mains le long du corps.
Langdon lui lança un regard incrédule. C’est une blague ! Le tapis s’enfonçait dans le mur quelques mètres plus loin. Le trou sombre paraissait assez large pour laisser passer une caisse de livres, mais guère plus. Langdon regarda avec envie les rangées d’étagères.
— N’y pensez même pas, le dissuada Bellamy. Vous ne pourriez pas vous cacher avec les détecteurs de mouvements.
— Signature thermique ! cria une voix à l’étage supérieur. Aile gauche, aile droite, convergez !
Katherine n’eut pas besoin d’en entendre plus. Elle grimpa sur le tapis et s’allongea dessus, la tête à quelques centimètres du trou dans le mur. Elle croisa les mains sur sa poitrine comme une momie dans son sarcophage.
Langdon était pétrifié.
— Robert, le pressa Bellamy, si vous ne pouvez pas faire ça pour moi, faites-le pour Peter.
Les voix se rapprochaient.
Dans un état second, Langdon se baissa vers le tapis roulant. Après avoir hissé son sac dessus, il se coucha à son tour, la tête près des pieds de Katherine. La surface en caoutchouc était froide et dure. Les yeux fixés sur le plafond, il avait l’impression d’être un patient à l’hôpital qui se préparait à entrer la tête la première dans une machine IRM.
— Gardez votre téléphone allumé. Quelqu’un vous appellera bientôt pour vous offrir son aide. Faites-lui confiance.
Probablement l’homme que Bellamy avait tenté vainement de joindre dans la salle de lecture, tombant systématiquement sur le répondeur. Quelques instants plus tôt, dans les escaliers, Bellamy avait essayé une dernière fois. Son ami avait enfin répondu ; ils avaient échangé quelques mots rapides à voix basse avant de raccrocher.
— Restez sur le tapis jusqu’au bout et descendez lorsqu’il commence à faire une boucle pour revenir en arrière. Utilisez ma clé pour sortir.
— Pour sortir d’où ? demanda Langdon.
Mais Bellamy était déjà en train d’actionner des leviers. Tous les tapis de la salle s’animèrent en ronronnant. Celui de Langdon et Katherine démarra brusquement ; le plafond commença à défiler au-dessus de leurs têtes.
Jésus-Marie-Joseph...
Avant de s’engouffrer dans le trou, Langdon jeta un dernier coup d’œil en arrière et vit Warren Bellamy s’élancer en refermant la porte derrière lui. Puis Langdon glissa dans la nuit, englouti par la Bibliothèque, alors que le spot rouge d’un faisceau laser descendait l’escalier.
60.
L’employée sous-payée de Premium Sécurité vérifia à deux fois l’adresse de Kalorama Heights sur son calepin. Il doit y avoir une erreur, pensa-t-elle en regardant le portail et l’allée, menant à l’une des propriétés les plus grandes et calmes du quartier. Il était surprenant que quelqu’un ait signalé une urgence à cette adresse.
Comme d’habitude avec les appels non confirmés, le central avait contacté la société qui avait installé l’alarme avant de déranger la police locale. La jeune femme se disait souvent que la devise de Premium Sécurité, « Votre sérénité est notre priorité », aurait pu tout aussi bien être : « Fausses alertes, canulars, animaux perdus et voisins paranoïaques. »
Comme d’habitude, on ne lui avait fourni aucun détail sur la nature du problème. Je ne suis pas assez haut placée pour ça. Son boulot se limitait à se rendre à l’adresse indiquée avec son gyrophare jaune, jeter un coup d’œil aux alentours et signaler d’éventuelles activités suspectes. La plupart du temps, c’était quelque chose d’insignifiant qui avait déclenché l’alarme et il lui suffisait de la réinitialiser avec une clé spéciale. Or, cette maison-là était silencieuse. Pas d’alarme. Lumières éteintes. Depuis la route, tout semblait paisible.
N’obtenant aucune réponse à l’interphone, elle composa le code d’urgence pour ouvrir le portail et se gara dans l’allée. Laissant le moteur et le gyrophare allumés, elle marcha jusqu’à l’entrée et appuya sur la sonnette. Toujours pas de réponse. Aucune lumière, aucun mouvement.
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