Brown, Dan - Le symbole perdu

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Un bip lui signala l’arrivée d’un message. Mal’akh l’écouta.

« Peter, c’est encore moi, disait la voix inquiète de Katherine. Où es-tu passé ? Je n’arrête pas de repenser à ma conversation avec le docteur Abaddon ; je me fais du souci pour toi. Est-ce que tout va bien ? Appelle-moi, je t’en prie. Je t’attends au labo. »

Mal’akh sourit à part lui. Katherine ne devrait pas tant s’inquiéter pour son frère que pour elle-même. Il quitta Suitland Parkway pour emprunter Silver Hill Road. Un kilomètre plus loin environ, il aperçut la silhouette des entrepôts du Smithsonian qui se fondait dans l’obscurité, nichée entre les arbres à droite de l’autoroute. Un haut grillage de fils barbelés entourait le complexe.

Un bâtiment sécurisé ? s’esclaffa intérieurement Mal’akh. Je connais quelqu’un qui va m’ouvrir la porte.

24.

La révélation submergea Langdon telle une vague déferlante.

Je sais pourquoi je suis ici !

Debout au milieu de la Rotonde, il éprouva soudain une envie irrésistible de tourner les talons et de s’enfuir... loin de la main de Peter, loin de la chevalière en or, loin des regards soupçonneux d’Anderson et de Sato. Au lieu de quoi il resta sur place, immobile, agrippant la sacoche en cuir qu’il portait en bandoulière.

Je dois sortir d’ici.

Il serra involontairement les mâchoires face au souvenir d’un matin froid à Cambridge, des années auparavant. 6 heures du matin. Après sa séance de natation coutumière dans la piscine d’Harvard, il avait regagné sa salle de classe, où il fut accueilli par la touffeur du chauffage central et l’odeur familière de la poussière de craie. Il avait fait deux pas vers le bureau avant de s’arrêter net.

Quelqu’un l’attendait – un homme élégant au visage aquilin et aux yeux gris pleins de noblesse.

— Peter ? fit Langdon, interdit.

Solomon lui lança un sourire éclatant dans la pénombre.

— Bonjour, Robert. Surpris de me voir ?

Une voix douce mais empreinte d’autorité.

Langdon s’empressa de serrer chaleureusement la main de son ami.

— Que vient faire un sang bleu de Yale chez les rouges d’Harvard à une heure pareille ?

— Mission de reconnaissance derrière les lignes ennemies, répondit Solomon en riant. Je vois que la natation porte ses fruits, vous êtes en forme.

— J’essaie juste de vous donner un coup de vieux, plaisanta Langdon. Que me vaut le plaisir de votre visite ?

— Un voyage d’affaires éclair, dit Peter en parcourant la salle déserte du regard. Désolé de débarquer sans prévenir, mais je suis extrêmement pressé. J’avais une faveur à vous demander...

C’était une première. Quel service un humble professeur d’université pouvait-il rendre à un homme qui possédait déjà tout ?

— Tout ce que vous voulez.

Il était ravi de pouvoir aider celui qui lui avait tant donné, surtout que l’existence aisée de Peter avait été marquée par de nombreuses tragédies.

Solomon baissa la voix.

— Je voudrais que vous gardiez quelque chose pour moi.

— Pas Hercule, j’espère ! fit Langdon en reculant.

Il avait déjà accepté une fois de s’occuper d’Hercule, le mastiff de Solomon, lors d’un voyage de ce dernier. Privé de son jouet en cuir préféré, le monstre de soixante-dix kilos avait apparemment trouvé un substitut idéal dans le bureau de Langdon : une Bible du XVII esiècle en vélin, enluminée et calligraphiée à la main. Pour quelque étrange raison, l’expression « méchant chien » lui avait paru un peu faiblarde.

— J’espère toujours vous en dénicher un autre exemplaire, vous savez..., répondit Solomon d’un air penaud.

— Laissez tomber, je suis content qu’Hercule ait goûté à la religion.

Peter eut un petit rire, mais il semblait préoccupé.

— Robert, je suis venu vous voir pour vous confier un objet auquel j’accorde une valeur particulière. J’en ai hérité il y a longtemps, mais je ne suis pas rassuré à l’idée de le conserver chez moi ou à mon bureau.

Langdon se sentit immédiatement mal à l’aise. Dans le monde de Peter, un objet d’une « valeur particulière » devait coûter une véritable fortune.

— Pourquoi ne pas le mettre dans un coffre à la banque ?

Les Solomon ne possèdent-ils pas des actions dans la moitié des institutions financières du pays ?

— Trop de formulaires et d’employés indiscrets. Je préférerais un ami digne de confiance. Je sais que vous êtes capable de garder un secret.

Solomon plongea la main dans une poche et en retira un petit paquet qu’il tendit à Langdon.

Après ce lourd préambule, Langdon s’attendait à quelque chose de plus impressionnant qu’un cube de sept ou huit centimètres de côté, emballé dans du papier kraft attaché avec une ficelle. À en juger par la taille et le poids considérable de l’objet, il s’agissait probablement d’un bloc de pierre ou de métal. C’est tout ? pensa Langdon en le retournant entre ses mains. Il remarqua que la ficelle était fixée à l’une des faces par un sceau à la cire, tel un édit ancien. Le sceau représentait un phœnix à deux têtes avec le numéro 33 sur la gorge – le symbole du plus haut degré de la franc-maçonnerie.

— Sérieusement, Peter, dit Langdon avec un sourire en coin, vous êtes le Vénérable d’une loge maçonnique, pas le pape. Vous avez vraiment besoin de sceller des paquets avec votre bague ?

Solomon regarda sa chevalière en riant.

— Ce n’est pas moi qui ai déposé ce sceau, c’est mon arrière-grand-père. Il y a presque cent ans de cela.

Langdon redressa la tête d’un coup.

— Quoi ?

— Cette bague lui appartenait, expliqua Peter Solomon en levant l’annulaire. Et après lui, elle est passée à mon grand-père, puis à mon père... et maintenant à moi.

— Votre arrière-grand-père a emballé ça il y a un siècle et personne ne l’a ouvert ?

— Exact.

— Pourquoi ?

— Parce que l’heure n’est pas venue.

Langdon fronça les sourcils.

— L’heure de quoi ?

— Robert, au risque d’être énigmatique, moins vous en saurez, mieux ça vaudra. S’il vous plaît, rangez-le dans un endroit sûr et n’en parlez à personne.

Langdon examina les yeux de son ami à la recherche d’un signe. Plaisantait-il ? Vu la propension de Solomon aux mises en scène théâtrales, il se demanda si son mentor n’était pas en train de lui jouer un tour.

— Peter, dites-moi que ce n’est pas une ruse savante pour me faire croire que vous m’avez confié quelque antique secret maçonnique et m’inciter à rejoindre l’ordre ?

— Les maçons ne recrutent pas, vous le savez très bien. Et puis, vous m’avez déjà dit que vous préfériez garder votre indépendance.

C’était la vérité. Malgré son profond respect pour la philosophie et le symbolisme de l’ordre, Langdon avait décidé de ne jamais se laisser initier : l’obligation de jurer le secret lui aurait interdit d’en parler avec ses étudiants. Il s’inspirait en cela de Socrate, qui avait toujours refusé de participer formellement aux mystères d’Eleusis.

Tandis qu’il observait le petit cube et son sceau, une question s’imposait :

— Pourquoi ne pas le confier à l’un de vos frères ?

— Mon intuition me dit qu’il sera plus en sécurité à l’extérieur de la confrérie. Ne vous fiez pas à la taille du paquet : si ce que mon père a raconté est vrai, il contient un objet au pouvoir non négligeable. Une sorte de talisman, ajouta-t-il après un court silence.

Langdon avait-il bien entendu ? Par définition, les talismans possédaient des pouvoirs magiques. Ils étaient traditionnellement utilisés pour apporter la chance, repousser les mauvais esprits ou accomplir des rituels anciens.

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