Brown, Dan - Le symbole perdu
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— Traçage en cours, déclara-t-elle en appuyant sur Entrée.
Le script se lança à une vitesse inouïe ; une longue liste d’appareils réseau s’afficha presque instantanément sur l’écran. Trish scrutait les lignes qui défilaient... défilaient... à travers un dédale de routeurs et passerelles qui connectaient son ordinateur à...
Nom d’un chien ! Son traceroute s’était interrompu avant d’atteindre le serveur d’origine. Pour une raison qui lui échappait, son ping avait atteint une machine qui, au lieu de le renvoyer, l’avait avalé.
— On dirait que mon traceroute a été bloqué, j’ignorais même que c’était possible.
— Recommencez.
Trish relança la procédure et parvint au même résultat.
— Raté. C’est une impasse. Le document est hébergé sur un serveur apparemment impossible à localiser. (Elle regarda les dernières redirections avant la fin.) Ce que je peux vous dire, c’est que le point d’origine se trouve quelque part autour de Washington.
— Vous voulez rire ?
— Logique. Ce type de moteur travaille en spirale, les premiers résultats sont toujours les plus proches géographiquement. Sans oublier que l’une des expressions clés était « Washington ».
— Pourquoi ne pas lancer une recherche whois ? suggéra Katherine. Ça ne vous permettrait pas de découvrir à qui appartient le serveur ?
Un peu bas de plafond, mais ce n’était pas une mauvaise idée. Trish accéda au registre Internet régional et lança un whois sur l’adresse IP, espérant obtenir le nom de domaine qui correspondait aux coordonnées numériques. La curiosité atténuait quelque peu sa frustration. Qui possédait donc ce fichier ? Le résultat du whois ne tarda pas : aucune réponse. Découragée, Trish leva les mains au ciel.
— C’est comme si cette adresse IP n’existait pas. Impossible de trouver la moindre bribe d’information.
— Pourtant, elle existe bien, puisque nous y avons péché ce document.
Oui, pensa Trish, et la personne qui détient ce fichier tient manifestement à conserver l’anonymat.
— Je ne sais pas quoi vous dire. Les scripts de traçage, ce n’est pas vraiment ma spécialité. À moins d’appeler quelqu’un capable de pirater le serveur, il n’y a plus rien à faire.
— Un candidat possible ?
Trish se tourna vers son employeuse.
— Je plaisantais, dit-elle. Ce n’est vraiment pas une bonne idée.
— Mais c’est faisable ? insista Katherine en consultant sa montre.
— Euh, oui, j’imagine. Techniquement, c’est assez simple.
— Vous pourriez contacter cette personne ?
Trish rit nerveusement avant de répondre :
— Oui, la moitié de mes anciens collègues.
— Y en a-t-il un en qui vous ayez confiance ?
Était-elle sérieuse ? En la regardant, Trish vit que oui – Katherine ne plaisantait pas.
— Oui, je connais un type qui pourrait nous aider. C’était notre expert en sécurité informatique – le geek ultime. Il voulait sortir avec moi, ce qui craignait un peu, mais à part ça, chouette garçon, digne de confiance. Et il travaille en free-lance.
— Puis-je compter sur sa discrétion ?
— Bien sûr, c’est un hacker. Être discret, c’est son boulot. Mais il vous demandera au moins mille dollars rien que pour...
— Appelez-le ! Proposez-lui le double s’il s’en occupe immédiatement.
Trish ne savait pas ce qui la mettait le plus mal à l’aise : aider Katherine Solomon à engager un pirate informatique... ou téléphoner à un type qui n’arrivait toujours pas à croire qu’une analyste rousse et potelée puisse repousser ses avances.
— Vous êtes vraiment sûre ?
— Utilisez le téléphone de la bibliothèque, le numéro est bloqué. Et, bien sûr, ne lui donnez pas mon nom.
— D’accord.
Trish se dirigea vers la porte mais s’arrêta quand l’iPhone de Katherine se manifesta. Un SMS. Peut-être contenait-il des informations qui allaient dispenser Trish de la tâche peu engageante qui l’attendait. Elle attendit que Katherine sorte le portable de sa blouse.
*
En lisant le nom sur l’écran, Katherine Solomon fut envahie par un immense soulagement.
Enfin !
Peter Solomon
— C’est un message de mon frère.
— On pourrait peut-être le consulter avant d’embaucher un hacker ? proposa Trish, pleine d’espoir.
Katherine jeta un coup d’œil au document caviardé sur l’écran géant. La voix du docteur Abaddon retentit dans sa tête : « Cette chose que votre frère croit enfouie à Washington... je sais comment la trouver. » A ce stade, elle se sentait perdue, et ce fichier contenait des informations sur les idées délirantes dont Peter était apparemment obsédé.
Elle secoua la tête.
— Je veux savoir qui a écrit ce texte et où il se cache. Allez-y ! Appelez votre ami.
Trish se rembrunit et quitta la pièce.
Que le document puisse expliquer ou pas l’étrange confession de son frère chez Abaddon, un autre mystère avait pris fin ce soir-là...
— Et alertez les médias ! lança Katherine à Trish. L’illustre Peter Solomon sait enfin envoyer un texto !
*
Mal’akh se tenait à côté de sa limousine, qu’il avait garée sur le parking d’un centre commercial situé en bordure de route. De l’autre côté, les réserves du Smithsonian. Il se dégourdissait les jambes en attendant un appel qui n’allait sûrement pas tarder. La pluie s’était arrêtée, la lune hivernale perçait la couche de nuages. La même lune qui brillait à travers la verrière de la Maison du Temple, lors de son initiation trois mois auparavant.
Le monde paraît si différent, ce soir.
Son estomac gronda tandis que l’attente se prolongeait. Bien que désagréables, les deux journées de jeûne étaient indispensables à sa préparation, comme l’exigeaient les voies ancestrales. Bientôt, l’inconfort physique serait sans importance.
Dans la fraîcheur nocturne, Mal’akh ne put retenir un sourire en voyant que le destin, grand maître de l’ironie, l’avait conduit devant une petite chapelle. Niché entre une clinique dentaire et une supérette, s’élevait un sanctuaire.
Maison du Seigneur miséricordieux.
Un extrait de la déclaration doctrinale de l’église était affiché derrière la vitre : Nous croyons en Jésus-Christ, conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, vrai Dieu et vrai homme.
Mal’akh sourit. Oui, Jésus est les deux à la fois, se dit-il, homme et Dieu, mais l’immaculée conception n’est pas le pré-requis de la divinité. Ça ne fonctionne pas comme ça.
La sonnerie du téléphone retentit et le pouls de Mal’akh s’accéléra. C’était son portable à lui qui sonnait – un appareil jetable qu’il avait acheté la veille. L’identifiant était bien celui qu’il attendait.
Appel local, songea Mal’akh en promenant son regard de l’autre côté de Silver Hill Road, sur les toits en zigzag éclairés par la lune qui se profilaient par-dessus les arbres. Il décrocha.
— Docteur Abaddon, annonça-t-il en adoptant une intonation plus grave.
— C’est Katherine. J’ai enfin eu des nouvelles de mon frère.
— Ah, tant mieux. Comment va-t-il ?
— Il est en route pour le laboratoire. En fait, il a même suggéré que vous vous joigniez à nous.
— Pardon ? répondit Mal’akh d’une voix hésitante. A votre... laboratoire ?
— Vous avez vraiment dû mériter sa confiance, il n’invite jamais personne ici.
— Il pense sûrement qu’une telle visite pourrait faire avancer nos discussions, mais je ne voudrais pas m’imposer.
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