Brown, Dan - Le symbole perdu
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Il n’avait pas encore appris à utiliser l’iPhone qu’elle lui avait récemment offert.
— Vous dites que vous êtes son médecin ?
Peter était-il malade ? Lui cachait-il quelque chose ?
Il y eut un long silence sur la ligne.
— Je suis horriblement confus, finit par répondre le docteur. Je crains d’avoir commis une erreur professionnelle en vous téléphonant. Votre frère m’a dit que vous étiez au courant de nos rendez-vous, mais je vois maintenant que ce n’est pas le cas.
Peter a menti à son médecin ? L’inquiétude de Katherine s’accrut.
— Est-ce qu’il est malade ?
— Je suis navré, madame Solomon, l’état de santé de votre frère est confidentiel. J’en ai déjà trop dit en révélant qu’il était mon patient. Je dois raccrocher, mais s’il vous contacte, demandez-lui de m’appeler, j’aimerais être sûr que tout va bien.
— Un instant ! S’il vous plaît, dites-moi ce qui se passe.
Le docteur Abaddon poussa un soupir ; il semblait s’en vouloir pour sa maladresse.
— J’entends bien que vous vous inquiétez, c’est compréhensible. Je suis sûr que tout va bien. Hier encore, votre frère était ici, à mon cabinet.
— Hier ? Et il avait une autre consultation aujourd’hui ? Y a-t-il une urgence ?
— Patientons encore un peu avant de...
— Donnez-moi votre adresse, je viens immédiatement ! décida Katherine en se dirigeant vers la porte.
Silence.
— « Dr Christopher Abaddon. » Je peux trouver votre adresse moi-même, ou vous pouvez me l’indiquer... Dans tous les cas, je serai chez vous dans quelques minutes.
Le médecin prit un instant avant de répondre.
— Si j’accepte de vous rencontrer, auriez-vous la courtoisie de ne rien dire à votre frère avant que j’aie l’occasion de m’expliquer personnellement auprès de lui ?
— Certainement.
— Merci. Mon cabinet se situe à Kalorama Heights.
Il lui donna l’adresse.
Vingt minutes plus tard, Katherine Solomon arrivait dans ce quartier huppé sur les hauteurs de Washington. Elle avait appelé tous les numéros de Peter en vain. Si le fait de ne pas savoir où il se trouvait ne l’inquiétait pas franchement, ses visites secrètes chez le médecin étaient en revanche beaucoup plus... troublantes.
Quand elle parvint enfin à destination, elle crut d’abord s’être trompée. Ça, c’est un cabinet médical ?
Une demeure opulente entourée d’un grand parc se dressait derrière une grille en fer forgé surmontée de caméras. Lorsque Katherine ralentit pour vérifier l’adresse, l’une des caméras pivota lentement pour la filmer en gros plan. Le portail s’ouvrit. Katherine remonta l’allée et gara sa Volvo près d’un garage à six places et d’une limousine.
De quel genre de docteur s’agissait-il donc ?
Elle venait de couper le contact quand une silhouette élégante émergea sur le porche. Très grand et plutôt séduisant, l’homme était plus jeune qu’elle ne l’avait imaginé. Il avait néanmoins l’allure et le raffinement d’un homme plus âgé. Il portait un costume sombre impeccable avec une cravate, et ses cheveux blonds étaient parfaitement disciplinés.
— Madame Solomon, je suis le docteur Abaddon, dit-il de sa voix aussi légère qu’un murmure.
Ils échangèrent une poignée de main. Sa peau était douce au toucher.
— Enchantée, répondit-elle en s’efforçant de ne pas regarder son visage, qui semblait artificiellement lisse et bronzé.
Il se maquille ? se demanda-t-elle.
Le trouble de Katherine s’accentua quand elle entra dans le hall magnifiquement agencé. De la musique classique passait en sourdine, un parfum d’encens flottait dans l’air.
— Charmante maison, même si j’avoue que je m’attendais plutôt à... un bureau.
— J’ai la chance de travailler à domicile, dit-il en l’entraînant dans le séjour où crépitait un feu de cheminée. Je vous en prie, mettez-vous à l’aise. J’ai du thé qui infuse, laissez-moi aller le chercher et nous discuterons ensuite.
Il disparut dans la cuisine.
Katherine resta debout. L’intuition féminine était un instinct précieux qu’elle avait appris à écouter : quelque chose dans cette pièce lui donnait la chair de poule. Décoré d’antiquités, le séjour n’avait rien d’un cabinet médical. Les murs étaient couverts d’œuvres classiques, en majorité des tableaux à la thématique mystique étrange. Katherine s’arrêta devant une grande toile représentant les Trois Grâces, dont les corps dénudés étaient superbement mis en valeur par des couleurs vives.
— C’est une huile originale de Michael Parkes.
Abaddon apparut au côté de Katherine, muni d’un plateau de thé fumant.
— Asseyons-nous devant la cheminée. Vous n’avez aucune raison d’être nerveuse.
— Je ne suis pas nerveuse, répliqua-t-elle trop vite.
Le médecin lui adressa un sourire rassurant.
— C’est mon métier de savoir quand les gens sont nerveux.
— Comment ça ?
— Je suis psychiatre, madame Solomon. Cela fait presque un an que votre frère est en thérapie avec moi.
Surprise, Katherine ne savait trop comment réagir.
— Mes patients préfèrent souvent que leur thérapie reste un secret. J’ai commis une erreur en vous appelant... même si, pour ma défense, votre frère m’a laissé croire que vous étiez au courant.
— Je... non, je n’en savais rien.
— Désolé de vous mettre mal à l’aise, poursuivit-il, gêné. J’ai remarqué que vous examiniez mon visage tout à l’heure. Eh oui, je me maquille, fit-il en se touchant timidement la joue. Je souffre d’une maladie de peau que je préfère cacher. C’est d’ordinaire ma femme qui applique le maquillage, mais quand elle s’absente, je dois m’en remettre à mes piètres talents.
Katherine hocha la tête, trop embarrassée pour parler.
— Et cette belle crinière, continua-t-il en caressant ses cheveux blonds, n’est rien de plus qu’une perruque. La maladie a également affecté les follicules pileux, tous mes cheveux ont quitté le navire, déclara-t-il en haussant les épaules. Je crains que la coquetterie soit mon plus grand péché.
— Apparemment, l’impolitesse est le mien.
— Pas du tout, assura l’homme avec un sourire désarmant. Et si nous recommencions à zéro ? Autour d’une tasse de thé, peut-être ?
Une fois qu’ils se furent installés devant la cheminée, Abaddon fit le service.
— Le thé est devenu une coutume depuis que votre frère vient me voir. Il m’a dit que les Solomon en étaient amateurs.
— Tradition familiale, confirma Katherine. Pas de lait, merci.
Ils sirotèrent leur thé en bavardant pendant quelques minutes, mais il tardait à Katherine d’en apprendre plus sur Peter.
— Pourquoi mon frère est-il venu vous voir ? finit-elle par demander.
Et pourquoi le lui avait-il caché ?
Certes, Peter avait connu son lot de tragédies – il avait perdu son père très tôt, puis, en l’espace de cinq ans, enterré son fils unique et sa mère. Cependant, il avait toujours su faire face.
Le docteur avala une gorgée de thé.
— Il s’est adressé à moi parce qu’il me fait confiance. Notre rapport ne se limite pas à celui entre un psychiatre et son patient.
Il indiqua à Katherine un document encadré à côté de la cheminée. Elle crut d’abord qu’il s’agissait d’un diplôme, jusqu’à ce qu’elle remarque le phœnix à deux têtes.
— Vous êtes maçon ?
Le degré le plus élevé, rien que ça !
— Peter et moi sommes frères, d’une certaine manière.
— Vous avez dû accomplir quelque chose d’important pour avoir été reçu au trente-troisième degré.
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