Leïla Slimani - Chanson douce

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Chanson douce: краткое содержание, описание и аннотация

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Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.
Leïla Slimani est née en 1981. Elle est l’auteur d’un premier roman très remarqué,
(« Folio » n
6062), paru en 2014 aux Éditions Gallimard, dans la collection « Blanche ».

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En réalité, M. Franck ne se fichait pas de ce que Louise faisait le samedi soir. Il s’est mis à lui poser des questions, de plus en plus insistantes. Il avait envie de la secouer, de lui donner des gifles pour qu’elle avoue. Qu’elle lui raconte ce qu’elle faisait lorsqu’elle n’était pas là, sous ses yeux, au chevet de Geneviève. Il voulait savoir de quelles caresses cet enfant était né, dans quel lit Louise s’était abandonnée au plaisir, à la luxure, au rire. Il lui demandait sans cesse qui était le père, à quoi il ressemblait, où elle l’avait rencontré et ce qu’il avait l’intention de faire. Mais Louise, invariablement, répondait à ses questions en disant : « C’est personne. »

M. Franck a tout pris en main. Il a dit qu’il l’emmènerait lui-même chez le médecin et qu’il l’attendrait pendant l’intervention. Il lui a même promis qu’une fois que ce serait fini il lui ferait signer un contrat en bonne et due forme, qu’il lui verserait de l’argent sur un compte en banque à son nom et qu’elle aurait droit à des congés payés.

Le jour de l’opération, Louise ne s’est pas réveillée et elle a raté le rendez-vous. Stéphanie s’est imposée, creusant en elle, l’étirant, déchirant sa jeunesse. Elle a germé comme un champignon sur un bois humide. Louise n’est pas retournée chez M. Franck. Elle n’a jamais revu la vieille.

Enfermée dans l’appartement des Massé, elle a parfois l’impression de devenir folle. Depuis quelques jours, des plaques rouges sont apparues sur ses joues et sur ses poignets. Louise est obligée de mettre ses mains et son visage sous l’eau glacée pour apaiser la sensation de brûlure qui la dévore. Pendant ces longues journées d’hiver, un sentiment de solitude immense l’étreint. En proie à la panique, elle sort de l’appartement, ferme la porte derrière elle, affronte le froid et emmène les enfants au square.

Les squares, les après-midi d’hiver. Le crachin balaie les feuilles mortes. Le gravier glacé colle aux genoux des petits. Sur les bancs, dans les allées discrètes, on croise ceux dont le monde ne veut plus. Ils fuient les appartements exigus, les salons tristes, les fauteuils creusés par l’inactivité et l’ennui. Ils préfèrent grelotter en plein air, le dos rond, les bras croisés. À 16 heures, les journées oisives paraissent interminables. C’est au milieu de l’après-midi que l’on perçoit le temps gâché, que l’on s’inquiète de la soirée à venir. À cette heure, on a honte de ne servir à rien.

Les squares, les après-midi d’hiver, sont hantés par les vagabonds, les clochards, les chômeurs et les vieux, les malades, les errants, les précaires. Ceux qui ne travaillent pas, ceux qui ne produisent rien. Ceux qui ne font pas d’argent. Au printemps, bien sûr, les amoureux reviennent, les couples clandestins trouvent un domicile sous les tilleuls, dans les alcôves fleuries, les touristes photographient les statues. L’hiver, c’est autre chose.

Autour du toboggan glacé, il y a les nounous et leur armée d’enfants. Enveloppés dans des doudounes qui les empêchent, les bambins courent comme de grosses poupées japonaises, le nez dégoulinant de morve, les doigts violets. Ils soufflent de la fumée blanche et s’en émerveillent. Dans les poussettes, les bébés harnachés contemplent leurs aînés. Peut-être certains en éprouvent-ils de la mélancolie, de l’impatience. Ils ont hâte sans doute de pouvoir se réchauffer en grimpant sur le portique en bois. Ils piaffent à l’idée d’échapper à la surveillance des femmes qui les rattrapent d’une main sûre ou brutale, douce ou excédée. Des femmes en boubous dans l’hiver glacial.

Il y a les mères aussi, les mères au regard vague. Celle qu’un accouchement récent retient à la lisière du monde et qui, sur ce banc, sent le poids de son ventre encore flasque. Elle porte son corps de douleur et de sécrétions, son corps qui sent le lait aigre et le sang. Cette chair qu’elle traîne et à qui elle n’offre ni soin ni repos. Il y a les mères souriantes, radieuses, les mères si rares, que tous les enfants couvent des yeux. Celles qui n’ont pas dit au revoir ce matin, qui ne les ont pas laissés dans les bras d’une autre. Celles qu’un jour de congé exceptionnel a poussées là et qui profitent avec un enthousiasme étrange de cette banale journée d’hiver au parc.

Les hommes, il y en a, mais plus près des bancs du square, plus près du bac à sable, plus près des bambins, les femmes forment un mur compact, une défense infranchissable. On se méfie des hommes qui serrent, de ceux qui s’intéressent à ce monde de bonnes femmes. On chasse ceux qui sourient aux enfants, qui regardent leurs joues replètes et leurs petites jambes. Les grands-mères le déplorent : « Avec tous les pédophiles qu’il y a aujourd’hui. De mon temps, ça n’existait pas. »

Louise ne quitte pas Mila des yeux. La petite fille court, du toboggan à la balançoire. Elle ne s’arrête jamais pour ne pas laisser de prise au froid. Ses gants sont trempés et elle les essuie en les frottant contre son manteau rose. Adam dort dans sa poussette. Louise l’a enroulé dans une couverture et elle caresse doucement la peau de sa nuque, entre le pull et le bonnet de laine. Un soleil glacial, à l’éclat métallique, lui fait plisser les yeux.

« Tu en veux ? »

Une jeune femme s’est assise à côté d’elle, les jambes écartées. Elle lui tend une petite boîte où s’agglutinent des gâteaux au miel. Louise la regarde. Elle n’a pas plus de vingt-cinq ans et elle sourit d’une manière un peu vulgaire. Ses longs cheveux noirs sont sales et pas coiffés, mais on devine qu’elle pourrait être jolie. Attirante en tout cas. Elle a des rondeurs sensuelles, un peu de ventre et des cuisses épaisses. Elle mâche son gâteau la bouche ouverte et suce bruyamment ses doigts couverts de miel.

« Merci. » Louise refuse le gâteau d’un signe de la main.

« Chez nous, on propose toujours à manger aux inconnus. Il n’y a qu’ici que j’ai vu des gens manger tout seuls. » Un garçon d’environ quatre ans s’approche de la jeune femme et elle lui enfonce un gâteau dans la bouche. Le petit garçon rit.

« C’est bon pour toi, lui dit-elle. C’est un secret, d’accord ? On ne dit rien à ta mère. »

Le petit garçon s’appelle Alphonse et Mila aime jouer avec lui. Louise vient au square tous les jours et tous les jours elle refuse les pâtisseries grasses que lui propose Wafa. Elle interdit à Mila d’en manger mais Wafa ne se formalise pas. La jeune femme est très bavarde et sur le banc, les fesses collées à Louise, elle lui raconte sa vie. Elle parle surtout des hommes.

Wafa fait penser à une espèce de gros félin peu subtil mais très débrouillard. Elle n’a pas encore de papiers et ne semble pas s’en inquiéter. Elle est arrivée en France grâce à un vieil homme à qui elle prodiguait des massages, dans un hôtel louche de Casablanca. L’homme s’est attaché à ses mains, si douces, puis à sa bouche et à ses fesses et, enfin, à tout ce corps qu’elle lui a offert, suivant ainsi son instinct et les conseils de sa mère. Le vieillard l’a emmenée à Paris, où il vivait dans un appartement minable et où il touchait de l’argent de l’État. « Il a eu peur que je tombe enceinte et ses enfants l’ont poussé à me mettre dehors. Mais le vieux, il aurait bien voulu que je reste. »

Face à Louise et à son silence, Wafa parle comme on se confie à un prêtre ou à la police. Elle lui raconte les détails d’une vie qui ne sera jamais consignée. Après le départ de chez le vieux, elle a été recueillie par une fille qui l’a inscrite sur des sites de rencontres pour jeunes femmes musulmanes et sans papiers. Un soir, un homme lui a donné rendez-vous dans un McDo de banlieue. Le type l’a trouvée belle. Il lui a fait des avances. Il a même essayé de la violer. Elle a réussi à le calmer. Ils se sont mis à parler d’argent. Youssef a accepté de l’épouser pour vingt mille euros. « C’est pas cher payé pour des papiers français », a-t-il expliqué.

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