Marc Levy - La Première nuit
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– Mieux que cela encore, chaque moment fut idyllique, un accord parfait.
– Alors vous devriez être fou de bonheur, je ne comprends pas.
– Elle me manque, Adrian, vous n'imaginez pas combien elle me manque. Je n'avais jamais rien vécu de semblable. Jusqu'à ce que je rencontre Elena, ma vie sentimentale était un désert, clairsemé de quelques oasis qui se révélaient être des mirages, mais avec elle tout est vrai, tout existe.
– Je vous promets de ne pas répéter à Elena que vous la comparez à une palmeraie, cela restera entre nous.
Cette boutade avait dû faire sourire mon ami, je sentais que son humeur avait déjà changé.
– Quand devez-vous vous revoir ?
– Nous n'avons rien fixé, votre tante était terriblement troublée lorsque je l'ai reconduite à l'aéroport. Je crois qu'elle pleurait sur l'autoroute, vous connaissez sa pudeur, elle a regardé le paysage pendant tout le trajet. Quand même, je voyais bien qu'elle avait le cœur gros.
– Et vous n'avez pas fixé une date pour vous retrouver ?
– Non, avant de prendre son avion, elle m'a dit que notre histoire n'était pas raisonnable. Sa vie est à Hydra auprès de votre mère, a-t-elle ajouté, elle y a son commerce, et moi, ma vie se trouve à Londres, dans ce bureau sinistre à l'Académie. Deux mille cinq cents kilomètres nous séparent.
– Voyons, Walter, et vous me traitiez de maladroit ! Vous n'avez donc pas compris ce que ses paroles signifient ?
– Qu'elle préfère mettre un terme à notre histoire et ne plus jamais me revoir, dit Walter dans un sanglot.
Je laissai passer l'orage et attendis qu'il se calme pour lui parler.
– Pas du tout ! dus-je presque crier dans le combiné pour qu'il m'entende.
– Comment ça, pas du tout ?
– C'est même exactement le contraire. Ces mots voulaient dire « dépêchez-vous de me rejoindre sur mon île, je vous guetterai chaque matin à l'arrivée du premier bateau sur le port ».
Quatrième silence, si mes comptes étaient bons.
– Vous en êtes sûr ? demanda Walter.
– Certain.
– Comment cela ?
– C'est ma tante, pas la vôtre, à ce que je sache !
– Dieu merci ! Même fou d'amour, je ne pourrais jamais flirter avec ma tante, ce serait tout à fait indécent.
– Cela va de soi !
– Adrian, que dois-je faire ?
– Revendre votre voiture et prendre un billet d'avion pour Hydra.
– Mais quelle idée géniale ! s'exclama Walter qui avait retrouvé la voix que je lui connaissais.
– Merci, Walter.
– Je raccroche, je rentre chez moi, je me couche, je mets mon réveil à 7 heures et demain je me rends chez le garagiste et aussitôt après dans une agence de voyages.
– Avant cela, j'aurais une petite faveur à vous demander, Walter.
– Tout ce que vous voudrez.
– Vous vous souvenez de notre petite escapade en Crète ?
– Tu parles si je m'en souviens, quelle jolie course, quand j'y repense j'en rigole encore, si vous aviez vu votre tête lorsque j'ai assommé ce gardien...
– Je suis à Amsterdam et j'ai besoin d'avoir accès au même genre d'installations qu'en Crète, celles qui m'intéressent se trouvent sur le campus de l'université de Virje. Croyez-vous pouvoir m'aider à y accéder ?
Dernier silence... Walter réfléchissait encore.
– Rappelez-moi dans une demi-heure, je vais voir ce que je peux faire.
Je retournai auprès de Keira. Ivory nous proposa d'aller dîner à l'hôtel. Il remercia Wim de son aide et le libéra pour la soirée. Keira me demanda des nouvelles de Walter, je lui répondis qu'il allait bien, très bien. Au cours du repas, je les abandonnai pour monter dans notre chambre. La ligne de Walter était occupée, je recomposai plusieurs fois le numéro ; enfin, il décrocha.
– Demain, à 9 h 30, vous avez rendez-vous au 1081 De Boelelaan, à Amsterdam. Soyez précis. Vous pourrez utiliser le laser pendant une heure, pas une minute de plus.
– Comment avez-vous réussi ce prodige ?
– Vous ne me croirez pas !
– Dites toujours !
– J'ai contacté l'université de Virje, j'ai demandé à parler au responsable de permanence, je me suis fait passer pour le président de notre Académie. Je lui ai dit que j'avais besoin de parler de toute urgence à leur directeur général, qu'il le dérange à son domicile et que ce dernier me rappelle au plus tôt. Je lui ai donné le numéro de l'Académie, pour qu'il vérifie que ce n'était pas une plaisanterie, et celui de mon poste pour qu'il tombe directement sur moi. Puis ce fut un jeu d'enfant. Le directeur de la faculté d'Amsterdam, un certain professeur Ubach, m'a contacté un quart d'heure plus tard. Je l'ai chaleureusement remercié de m'appeler à cette heure tardive et lui ai appris que deux de nos plus distingués scientifiques se trouvaient actuellement en Hollande, qu'ils étaient sur le point d'achever des travaux nobélisables et qu'ils avaient besoin d'utiliser son laser pour vérifier quelques paramètres.
– Et il a accepté de nous accueillir ?
– Oui, j'ai ajouté qu'en échange de ce petit service, l'Académie doublerait son quota d'admission d'étudiants néerlandais et il a accepté. N'oubliez pas qu'il s'adressait tout de même au président de l'Académie royale des sciences ! Je me suis beaucoup amusé.
– Comment vous remercier, Walter ?
– Remerciez surtout la bouteille de bourbon que j'ai descendue ce soir, sans elle je n'aurais jamais été capable de tenir aussi bien mon rôle ! Adrian, faites attention à vous et revenez vite, vous aussi vous me manquez beaucoup.
– C'est tout à fait réciproque, Walter. De toute façon, je joue demain ma dernière carte, si mon idée ne fonctionne pas nous n'aurons d'autre choix que de tout abandonner.
– Ce n'est pas ce que je vous souhaite, même si je ne vous cache pas qu'il m'arrive parfois de l'espérer.
Après avoir raccroché, je retournai annoncer la bonne nouvelle à Keira et à Ivory.
*
* *
Londres
Ashton sortit de table pour prendre la communication que son majordome était venu lui annoncer. Il s'excusa auprès de ses invités et se retira dans son bureau.
– Où en sommes-nous ? demanda-t-il.
– Ils passent la soirée tous les trois ensemble à leur hôtel. J'ai posté un homme dans une voiture, au cas où ils ressortiraient cette nuit, mais j'en doute. Je les rejoindrai demain matin et je vous rappellerai dès que j'en saurai plus.
– Ne les perdez surtout pas de vue.
– Vous pouvez compter sur moi.
– Je ne regrette pas d'avoir favorisé votre candidature, vous avez fait du bon travail pour une première journée dans vos nouvelles attributions.
– Merci, Sir Ashton.
– Je vous en prie, AMSTERDAM, passez une bonne soirée.
Ashton reposa le combiné sur son socle, referma la porte de son bureau et retourna auprès de ses convives.
*
* *
Université de Virje, Amsterdam
Wim nous avait retrouvés devant la porte du LCVU à 9 h 25. Même si tout le monde ici parlait couramment l'anglais, il nous servirait d'interprète, si besoin était. Le directeur de l'université de recherches nous accueillit en personne. Je fus surpris par l'âge du professeur Ubach, il devait avoir à peine une quarantaine d'années. Sa franche poignée de main et sa simplicité me mirent tout de suite en confiance. Depuis le début de cette aventure, je n'avais pas souvent eu l'occasion de rencontrer quelqu'un de bienveillant, et je décidai de lui confier le but des expérimentations que j'espérais pouvoir conduire grâce à ses installations. Sans détour je lui expliquai comment je souhaitais procéder et le résultat que j'escomptais obtenir.
– Vous êtes sérieux ? me demanda-t-il, stupéfait. Si vous n'étiez pas recommandé par le président de votre Académie en personne, je dois vous avouer que je vous aurais pris pour un illuminé. Si ce que vous dites est avéré, alors je comprends mieux pourquoi il m'a parlé de prix Nobel ! Suivez-moi, notre laser se trouve au fond du bâtiment.
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