Andreï Makine - Le testament français

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Ce roman a l’originalité de nous offrir de la France une vision mythique et lointaine, à travers les nombreux récits que Charlotte Lemonnier, «égarée dans l’immensité neigeuse de la Russie», raconte à son petit-fils et confident.
Ce roman a reçu le prix Goncourt 1995 et ex-aequo le prix Médicis 1995.
***
«Je me souvenais qu'un jour, dans une plaisanterie sans gaîté, Charlotte m'avait dit qu'après tous ses voyages à travers l'immense Russie, venir à pied jusqu'en France n'aurait pour elle rien d'impossible […]. Au début, pendant de longs mois de misère et d'errances, mon rêve fou ressemblerait de près à cette bravade. J'imaginerais une femme vêtue de noir qui, aux toutes premières heures d'une matinée d'hiver sombre, entrerait dans une petite ville frontalière […]. Elle pousserait la porte d'un café au coin d'une étroite place endormie, s'installerait près de la fenêtre, à côté d'un calorifère. La patronne lui apporterait une tasse de thé. Et en regardant, derrière la vitre, la face tranquille des maisons à colombages, la femme murmurerait tout bas: "C'est la France… Je suis retournée en France. Après… après toute une vie."»

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Crue. Janvier 1910

… Ce n'était pas un souvenir, mais la vie elle-même. Non, je ne revivais pas, je vivais. Des sensations très humbles en apparence. La chaleur de la rampe en bois d'un balcon suspendu dans l'air d'une soirée d'été. Les senteurs sèches, piquantes des herbes. Le cri lointain et mélancolique d'une locomotive. Le léger froissement des pages sur les genoux d'une femme assise au milieu des fleurs. Ses cheveux gris. Sa voix… Et ce froissement et cette voix se mélangeaient maintenant avec le bruissement des longues branches des saules – je vivais déjà sur la rive de ce courant perdu dans l'immensité ensoleillée de la steppe. Je voyais cette femme aux cheveux gris qui, plongée dans une rêverie limpide, marchait lentement dans l'eau et qui paraissait si jeune. Et cette impression de jeunesse me transportait sur le palier d'un wagon volant à travers la plaine étincelante de pluie et de lumière. La femme, en face de moi, me souriait en rejetant les mèches mouillées de son front. Ses cils s'irisaient sous les rayons du couchant…

Crue. Janvier 1910. J'entendais le silence brumeux, le clapotis de l'eau au passage d'une barque. Une fillette, le front collé à la vitre, regardait le miroir pâle d'une avenue inondée. Je vivais si intensément cette matinée silencieuse dans un grand appartement parisien du début du siècle… Et ce matin s'ouvrait, en enfilade, sur un autre, avec le crissement du gravier dans une allée dorée par les feuillages d'automne. Trois femmes, en longues robes de soie noire, aux larges chapeaux chargés de voiles et de plumes, s'éloignaient comme si elles emportaient avec elles cet instant, son soleil et l'air d'une époque fugitive… Un autre matin encore: Charlotte (je la reconnaissais maintenant) accompagnée d'un homme, dans les rues sonores du Neuilly de son enfance. Charlotte, avec une joie un peu confuse, joue au guide. Je croyais distinguer la transparence de la lumière matinale sur chaque pavé, voir la palpitation de chaque feuille, deviner cette ville inconnue dans le regard de l'homme et la perspective des rues, si familière aux yeux de Charlotte.

Je compris à ce moment-là que l'Atlantide de Charlotte m'avait laissé entrevoir, dès mon enfance, cette mystérieuse consonance des instants éternels. A mon insu, ils traçaient, depuis, comme une autre vie, invisible, inavouable, à côté de la mienne. C'est ainsi qu'un menuisier façonnant, à longueur de jours, des pieds de chaises ou rabotant des planches n'aperçoit pas que les dentelles des copeaux forment sur le sol un bel ornement scintillant de résine, attirant par sa transparence claire, aujourd'hui, le rayon du soleil qui perce à travers une étroite fenêtre encombrée d'outils, demain – le reflet bleuté de la neige.

C'est cette vie qui se révélait maintenant essentielle. Il fallait, je ne savais pas encore comment, la faire s'épanouir en moi. Il fallait, par un travail silencieux de la mémoire, apprendre les gammes de ces instants. Apprendre à préserver leur éternité dans la routine des gestes quotidiens, dans la torpeur des mots banals. Vivre, conscient de cette éternité…

Je retournai au cimetière juste avant la fermeture du portail. Le soir était clair. Je m'assis sur le pas de la porte et je me mis à écrire dans mon carnet d'adresses depuis longtemps inutile:

Ma situation outre-tombe est idéale, non pas seulement pour découvrir cette vie essentielle, mais aussi pour la recréer, en l'enregistrant dans un style qui reste à inventer. Ou plutôt, ce style sera désormais ma façon de vivre. Je n'aurai d'autre vie que ces instants renaissant sur une feuille…

À défaut de papier, mon manifeste allait bientôt s'interrompre. L'écrire fut un geste très important pour mon projet. Dans ce credo grandiloquent, j'affirmais que seules les œuvres créées au bord de la tombe ou bien outre-tombe résisteraient à l'épreuve du Temps. Je citais l'épilepsie des uns, l'asthme et la chambre de liège des autres, l'exil, plus profond que les caveaux, d'autres encore… Le ton ampoulé de cette profession de foi disparaîtrait rapidement. Il serait remplacé par ce bloc de «papier-brouillon» que j'achèterais le lendemain avec mon dernier argent et sur la première page duquel j'inscrirais très simplement:

Charlotte Lemonnier. Notes biographiques.

D'ailleurs, le matin même, je quittais à jamais la niche funéraire des Belval et Castelot… Je me réveillai en pleine nuit. Une pensée impossible, insensée venait de me traverser l'esprit, telle une balle traçante. Je dus la prononcer à haute voix pour mesurer sa réalité extraordinaire:

– Et si Charlotte vivait encore?…

Ébahi, je l'imaginai sortir sur son petit balcon couvert de fleurs, se pencher sur un livre. Depuis bien des années, je n'avais aucune nouvelle provenant de Saranza. Charlotte pouvait donc continuer de vivre un peu comme avant, comme du temps de mon enfance. Elle aurait plus de quatre-vingts ans à présent, mais cet âge ne l'atteignait pas dans ma mémoire. Elle restait, pour moi, toujours la même.

C'est alors que ce rêve s'esquissa. C'est probablement son halo qui venait de me réveiller. Retrouver Charlotte, la faire venir en France…

L'irréalité de ce projet formulé par un vagabond étendu sur les dalles d'une niche funéraire était suffisamment évidente pour que je n'essaye pas de me la démontrer. Je décidai, pour le moment, de ne pas réfléchir aux détails, de vivre en gardant au fond de chaque jour cet espoir déraisonnable. Vivre de cet espoir.

Cette nuit-là, je ne parvins pas à me rendormir. M'enveloppant dans mon manteau, j'allai dehors. La tiédeur de l'arrière-saison avait cédé la place au vent du nord. Je restai debout en regardant les nuages bas qui s'imbibaient peu à peu de la pâleur grise. Je me souvenais qu'un jour, dans une plaisanterie sans gaieté, Charlotte m'avait dit qu'après tous ses voyages à travers l'immense Russie, venir à pied jusqu'en France n'aurait pour elle rien d'impossible…

Au début, pendant de longs mois de misère et d'errances, mon rêve fou ressemblerait de près à cette triste bravade. J'imaginerais une femme vêtue de noir qui, aux toutes premières heures d'une matinée d'hiver sombre, entrerait dans une petite ville frontalière. Le bas de son manteau serait éclaboussé de boue, son gros châle – chargé de brouillard froid. Elle pousserait la porte d'un café au coin d'une étroite place endormie, s'installerait près de la fenêtre, à côté d'un calorifère. La patronne lui apporterait une tasse de thé. Et en regardant, derrière la vitre, la face tranquille des maisons à colombages, la femme murmurerait tout bas: «C'est la France… Je suis retournée en France. Après… après toute une vie.»

2

En sortant de la librairie, je traversai la ville et je m'engageai sur le pont figé au-dessus de l'étendue ensoleillée de la Garonne. Je me disais qu'il y avait dans les films anciens cette bonne vieille astuce pour survoler en quelques secondes plusieurs années de la vie des héros. L'action s'interrompait et sur le fond noir apparaissait cette inscription dont la franchise sans détour m'avait toujours plu: «Deux ans plus tard», ou bien «Trois ans passèrent». Mais qui oserait employer de nos jours ce procédé démodé?

Et cependant, en entrant dans cette librairie déserte, au milieu d'une ville provinciale assommée par la chaleur, et en trouvant sur l'étalage mon dernier livre, j'avais eu justement cette impression: «Trois ans passèrent». Le cimetière, la niche funéraire des Belval et Castelot, et – ce livre dans la marqueterie colorée des couvertures, sous l'affichette: «Nouveautés du roman français»…

Vers le soir j'atteignis la forêt landaise. Je marcherais maintenant, pensais-je, pendant deux jours ou peut-être plus, en pressentant derrière ces vallonnements recouverts de pins, l'éternelle attente de l'océan. Deux jours, deux nuits… Grâce aux «Notes», le temps avait acquis pour moi une densité étonnante. Vivant dans le passé de Charlotte, il me semblait pourtant n'avoir jamais ressenti aussi intensément le présent! C'étaient ces paysages d'autrefois qui apportaient un relief tout singulier à ce pan de ciel entre les grappes d'aiguilles, à cette clairière illuminée par le couchant comme une coulée d'ambre…

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