Suivre
Nous allons maintenant suivre avec précision le parcours de la respiration. D’abord à l’inspiration, nous allons suivre l’air inspiré jusqu’au cou, par exemple. Puis à l’expiration, nous le suivrons à l’extérieur, à une distance équivalente. Puis nous suivrons l’inspiration de plus en plus loin à l’intérieur et l’expiration de plus en plus loin à l’extérieur, un peu à l’image d’un jet d’eau propulsé à une certaine hauteur qui retombe ensuite d’une distance équivalente. Il n’est évidemment pas question de respirer ici avec la force d’un jet d’eau; cette image illustre seulement le trajet de la respiration qui doit être souple et naturelle.
Nous accompagnerons mentalement l’air inspiré jusqu’au niveau de la poitrine et l’air expiré jusqu’à une même distance à l’extérieur, et ainsi de suite, sans forcer. Lorsque la respiration s’allongera d’elle-même, nous la suivrons progressivement jusqu’au niveau du nombril, des genoux puis jusqu’au bout des orteils. Il peut être plus facile pour certains de visualiser l’air sous forme d’une légère fumée d’encens. Il est également possible de suivre l’inspiration au-delà des orteils, à l’extérieur de soi. Mais ceci n’est mentionné que pour information.
Cette pratique est exposée ici très brièvement. Mais il est évident que, dans ses applications, elle doit être effectuée beaucoup plus lentement, chaque étape nécessitant un entraînement répété. Notre travail est pareil à celui d’un maçon construisant une maison. Il n’achève pas l’édifice d’un seul coup mais pose les briques une à une, jour après jour, inlassablement, jusqu’à voir finalement surgir le résultat de sa peine. Si nous voulons progresser, il nous faudra cette même persévérance qui, à force d’opiniâtreté, petit à petit, engendre les résultats. Lorsque l’esprit suivra jusqu’à la pointe des pieds le parcours de l’inspiration sans aucune distraction et qu’il accompagnera de même l’expiration à l’extérieur, nous pourrons passer au stade suivant.
Placer
Lorsque nous maîtriserons correctement les premiers degrés de cette pratique, il nous sera désormais possible de fixer la respiration comme s’il s’agissait d’une légère fumée d’encens ou d’une mince ficelle blanche, immobile, tendue entre les narines et la pointe des pieds. Il n’y aura à ce stade ni inspiration, ni expiration, ni blocage forcé, mais une simple suspension momentanée de la respiration découlant naturellement des pratiques précédentes. L’essentiel de la conscience sera fixé sur cette image immobile du souffle. Simultanément, une autre partie de la conscience analysera ce qui se passe dans notre corps, sera attentive aux diverses sensations susceptibles de s’y produire. Aucune contrainte ne devra être exercée pour prolonger l’apnée. A la moindre fatigue, nous respirerons de nouveau avant de poursuivre notre absorption en méditation. Le but de cet entraînement n’est pas de nous pousser au maximum de nos capacités. Au contraire, il doit se faire dans le confort, la quiétude et l’aisance. Si nous le forçons, l’esprit se trouble et les tensions issues des contraintes qui lui sont imposées rendent vaines nos pratiques. Par une accoutumance progressive, notre respiration s’allongera naturellement, de même que notre capacité à demeurer en apnée tout en maintenant la concentration de l’esprit. Si nous nous exerçons de manière appropriée, au bout d’un certain temps, l’esprit n’aura plus d’autre objet que la respiration qu’il suivra de lui-même, et dont plus rien ne pourra le distraire.
La maîtrise de la respiration ainsi acquise aura pour corollaires l’apaisement de l’esprit et une plus grande aptitude à le contrôler. La quiétude physique et mentale qui s’ensuivra s’accompagnera d’un sentiment de bien-être intérieur. Devenus ainsi maîtres de notre respiration et par là, de notre esprit, nous n’aurons plus besoin de nous forcer à la méditation ni d’y être poussés par une tierce personne. Nous aurons dorénavant une inclination spontanée pour la méditation. Il y a par exemple des personnes qui, par propension naturelle, adorent dormir. Il n’est nullement besoin, pour qu’elles se laissent aller aux douceurs du sommeil, de leur en donner l’ordre, ni de leur dire quand elles doivent dormir. Elles dorment parce qu’elles y trouvent du plaisir. Il arrivera un moment où nous aurons développé une même propension naturelle à méditer.
Les débutants ne pourront évidemment pas s’entraîner dans l’immédiat à ce troisième niveau dénommé placer. Mais, par la régularité et la persévérance, vous y parviendrez tous sans aucun doute.
Bien que chacun de ces stades doive être pratiqué l’un après l’autre, il sera utile de visualiser occasionnellement les étapes suivantes. Par exemple, lorsque nous nous exercerons essentiellement à la première, de temps à autre, nous entamerons la deuxième puis la troisième, etc. Nous ne concrétiserons pas à proprement parler les niveaux suivants de la pratique, mais par cet entraînement préalable, nous nous familiariserons avec eux. Mais si dès maintenant vous renoncez en vous répétant que vous n’y arriverez jamais, vous n’avez évidemment aucune chance d’obtenir le moindre résultat.
Lorsque nous aurons acquis la maîtrise de ce troisième stade, nous passerons au suivant.
Analyser
Ici, tout en conservant l’essentiel de la conscience centré sur la respiration, nous analyserons la nature de l’air qui entre et sort. Pour ce faire, nous devons comprendre qu’il possède huit propriétés : il est constitué d’un élément de solidité (terre), d’un élément de fluidité (eau), d’un élément de chaleur (feu), d’un élément de mobilité (air), d’une part. Il a une forme, une odeur, un goût et peut être touché, d’autre part. Ce quatrième stade et les deux suivants sont simplement cités. Ils ne concernent pas la pratique des débutants et nécessiteraient des explications trop complexes pour l’instant. Lorsque le méditant aura développé ce quatrième stade à la perfection, il pourra passer au cinquième.
Changement
Ceci s’adresse à des disciples ayant une grande expérience de la méditation, chez qui la pratique a déjà fait naître d’importantes réalisations spirituelles. Pour ceux qui sont déjà familiarisés avec les enseignements du Dharma, il peut être utile de préciser que ce cinquième niveau appelé changement peut être atteint uniquement par ceux qui sont entrés sur le chemin et qu’il inclut les pratiques du chemin de l’Accumulation et du chemin de la Préparation. Après avoir mené à bien les méditations propres au cinquième stade, le disciple passera à la sixième et dernière phase de cette pratique.
Pureté parfaite
Ce stade est constitué par les pratiques de ce qu’on appelle le Noble chemin (Skrt. Arya Marga), le chemin des Arya. Il se décompose ainsi :
– chemin de la vision,
– chemin de la méditation,
– chemin de la perfection.
Pour l’immédiat, nous nous contenterons des trois premiers stades. Les autres ont été mentionnés simplement pour que vous en connaissiez l’existence. Toutefois, n’oubliez pas que c’est l’expérience des trois premiers niveaux qui, progressivement, conduit aux suivants. Vous voyez ainsi que la pratique d’Anapanassati va beaucoup plus loin qu’une simple attention à la respiration.
Par de telles méthodes, nous nous doterons d’une parfaite maîtrise de l’esprit. Quel que soit notre âge, il est capital de commencer dès maintenant. Les plus jeunes pourront certes y consacrer beaucoup plus d’énergie et obtenir de meilleurs résultats car la vigueur physique de la jeunesse est associée à un mental plus fort.
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