CHAPITRE X DE SAINT JEAN
Note 12:Dans ces exemples, Gyarmathi a commis des erreurs volontaires. Au lieu de citer simplement le texte hongrois de l'Évangile, il l'a défiguré de manière à le rapprocher le plus possible du texte finnois. Comme le sens est toujours altéré, je relèverai chaque fois le changement. Ici, par exemple, van oroz n'a pas une tournure hongroise. Les Hongrois sous-entendent toujours le mot van , «est». Gyarmathi l'a mis pour que le v de ce mot correspondît au w du finnois waras , «voleur». Au lieu de van oroz , il y a dans le texte hongrois lopo .
Note 13 : Énekit veut dire «son chant». Ce mot est mis à cause du finnois œnens , quoique les deux mots ne se ressemblent guère. Il y a dans le texte hongrois szavåt , «sa voix».
Note 14 : Hiv veut dire «fidèle». L'auteur l'a placé à cause du finnois hywæ . On lit dans le texte hongrois jó , «bon.» Dans aucune langue bon et fidèle ne sont synonymes.
Note 15 :Le texte hongrois dit esmérem , «je connais». Tudom , qui doit se rapprocher du finnois tunnen , veut dire «je sais». – «Je sais mes brebis» n'a pas de sens en hongrois.
Note 16 :Il y a dans le texte hongrois esmértetem , «je suis connu». Tudnak signifie «je suis su», et n'a pas de sens ici.
Note 17: Honny veut dire «patrie»; honnyból , «de la patrie.» Cette expression dans ce cas est absurde. On ne peut pas dire la patrie des brebis pour désigner le lieu où elles sont enfermées. Le texte hongrois dit akolból , «de la bergerie».
Note 18 :V. plus haut.
Note 19:V. plus haut.
Note 20: Ösömnek veut dire «à mon ancêtre» (c'est une tournure hongroise, le datif au lieu du génitif). Il y a dans le texte hongrois atyámnak «à mon père».
Note 21: Minden signifie «tous». On lit dans le texte hongrois sokan , «beaucoup». Dans aucune langue, ces deux mots ne sont synonymes.
Note 22 :V. plus haut.
Note 23: Minden tére hozzája veut dire «tous revinrent». Le texte hongrois dit sokan mennek , «beaucoup allèrent», ce qui est tout différent.
Rappelons que c'est là peut-être le chapitre qui contient le plus de preuves de cette ressemblance qu'on prétend établir entre les deux langues. Qu'eût pensé le lecteur de cette affinité dont on parle tant, si nous avions dit: Dans tout le chapitre XXV des actes des apôtres, qui contient vingt-sept versets, on n'a trouvé que la ligne suivante qui donnât des exemples de similitude, ou si nous avions copié l'un après l'autre tous les chapitres dont on n'a rien cité du tout parce qu'avec la meilleure volonté du monde (nous pouvons employer cette expression), il était impossible d'y trouver la moindre ressemblance de mots?
Celui qui parla le premier des rapports du hongrois et du finnois fut un de ces Slaves de la Hongrie dont on a invoqué à tort l'opinion comme étant celle des Hongrois, Sajnovicz. Dans la joie de sa découverte il s'écria: Demonstratio idioma Hungarorum et Lapponum idem esse , et il écrivit une liste interminable de mots comparés. Schlœzer, on va le voir, prit plus froidement les choses, et trouva le idem beaucoup trop fort. Ce fut, je crois, Sajnovicz qui donna cette chanson esthonienne que les Hongrois devaient comprendre, et qui a toujours été pour eux fort inintelligible 12 12 Cette chanson a été reproduite en entier dans un article de M. André Horváth ( Tudományos Gyüjtemény , 1823, 2k Kötet . – Collection scientifique de Pesth), dont la lecture m'a été fort utile. Il est intitulé: Les Hongrois ne sont pas Finnois, A' Magyar nemzet nem Fenn .
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On se demande si c'est bien sérieusement qu'on a supposé de l'analogie entre le hongrois et le finnois, car il est impossible de trouver dans tous ces exemples quatre mots semblables. Quand on lit le français, l'italien ou l'espagnol, on reconnaît à chaque ligne le latin. Le valaque même, qui de tous les idiomes latins s'éloigne le plus de la langue-mère, a conservé des rapports évidents. J'ouvre le bréviaire valaque, et j'en copie la première phrase comparée avec la phrase latine.
Mais que dire de cette chanson esthonienne, et de ces évangiles, et de ces dictionnaires comparatifs?
Au reste, pour répondre aux écrivains qui admettent que les deux langues se composent des mêmes mots, on peut se borner à rappeler ce qu'a dit Schlœzer, lequel a attaché son nom à l'idée de l'origine finnoise. Dans ce cas son jugement n'est pas suspect. La liste des mots comparés de Sajnovicz, dit-il, ne donne pas plus de cent cinquante-quatre exemples, et si on retranche les dérivés, il n'en reste pas même la moitié. D'après Schlœzer lui-même, il n'y a donc environ que soixante-dix exemples sur lesquels on puisse s'appuyer. Mais qu'y a-t-il de surprenant dans ce fait que les deux langues ont soixante-dix mots communs? Il est certain que les Magyars ont été en contact avec les peuplades finnoises. N'est-il pas naturel que des peuples si différents, venus de si loin, apportant des idées si diverses, se soient pris mutuellement quelques mots? Les Hongrois ont de même dans leur langue autant de mots allemands, plus encore; quelques uns sont empruntés au latin, et même, en cherchant bien, on trouvera dans la langue hongroise soixante mots français, outre que nous avons en français une dizaine de mots hongrois 13 13 «Heiduque, trabant, hussard, schako, kolback, dolman, soutache», sont des mots hongrois francisés.
. En conclurez-vous que les Magyars sont Allemands, Latins ou Français?
Et d'ailleurs, peut-on nier qu'il existe entre toutes les langues une certaine fraternité, de même qu'il existe une fraternité de race entre tous les hommes? De là vient qu'on a constaté entre le hongrois et le slave autant de rapports qu'entre le hongrois et le finnois.
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