« La Première Fondation se trouvait placée sur la périphérie, à l’endroit où l’Empire originel était le plus faible, où sa civilisation exerçait son influence avec le moins d’efficacité, où sa richesse et sa puissance étaient pratiquement absentes. Et quelle est, socialement parlant, l’extrémité opposée de la Galaxie ? Evidemment l’endroit où l’Empire originel était le plus puissant, où sa richesse et sa culture étaient le plus fortement représentées.
« Ici ! En plein centre ! Sur Trantor, métropole de l’Empire à l’époque de Seldon.
« Il ne pouvait en être autrement. Hari Seldon avait laissé derrière lui la Seconde Fondation avec mission de maintenir, d’améliorer, de développer son œuvre.
« Le fait a été connu, ou du moins supposé, depuis cinquante ans. Mais en quel lieu pouvait-on le mieux réaliser ce programme ? Sur Trantor, où le groupe de Seldon avait travaillé et où s’étaient accumulés les documents recueillis au cours des décennies. Et c’était le rôle de la Seconde Fondation de protéger le Plan contre les ennemis. Cela, on le savait également ! Et où se trouvait la source des plus grands dangers qui menaçaient Terminus et le Plan ?
« Ici, toujours ici, sur Trantor, où l’Empire, quoique agonisant, aurait pu, pendant trois siècles, détruire encore la Fondation, s’il avait pu s’y décider.
« Puis, après la chute, la mise à sac et la destruction totale de Trantor, il y a de cela à peine un siècle, nous avons pu naturellement protéger notre quartier général et, sur toute la planète, la bibliothèque impériale et les territoires attenants demeurèrent indemnes. Le fait était bien connu de toute la Galaxie, et cependant cet indice hautement révélateur passa inaperçu.
« C’est ici même, sur Trantor, qu’Ebling Mis nous avait découverts ; et c’est encore ici que nous fîmes en sorte qu’il ne survécût pas à cette découverte. Pour ce faire, nous avons dû nous arranger de telle sorte que les pouvoirs extraordinaires du Mulet fussent annihilés par une fille normale issue de la Fondation. Sans doute un aussi phénoménal exploit n’aurait-il pas manqué d’attirer les soupçons sur la planète dont il aurait été le théâtre ! C’est ici que nous avons pour la première fois étudié le Mulet et échafaudé les plans qui devaient provoquer sa défaite finale. C’est ici que naquit Arcadia, et que s’amorça la chaîne des événements qui allaient déterminer le grand retour du Plan Seldon.
« Et tous ces défauts de notre cuirasse – ces trous béants – passèrent inaperçus, parce que Seldon avait parlé à sa façon de « l’autre extrémité « et qu’ils avaient interprété cette expression à leur manière. »
Il y avait longtemps que le Premier Orateur avait cessé de s’adresser à l’étudiant. Il faisait un exposé pour son propre compte, en vérité, debout devant la fenêtre, contemplant l’incroyable luminescence du firmament ; la colossale Galaxie qui avait maintenant retrouvé pour toujours la sécurité.
« Hari Seldon appelait Trantor « Star’s End », murmura-t-il. Et pourquoi n’aurait-il pas fait usage de cette image poétique ? L’univers entier obéissait autrefois aux directives venues de ce rocher ; toutes les routes des étoiles convergeaient sur lui. « Tous les chemins mènent à Trantor, dit le vieux proverbe, et c’est là que finissent toutes les étoiles ». »
Dix mois plus tôt, le Premier Orateur avait contemplé avec une certaine méfiance ces mêmes masses d’étoiles – nulle part aussi denses qu’au centre de ce gigantesque amas de matière que l’Homme appelle la Galaxie. Mais à présent, on lisait une sombre satisfaction sur le visage rond et rougeaud de Preem Palver – le Premier Orateur.