Halter,Marek - Marie

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Marie: краткое содержание, описание и аннотация

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Le Seigneur Dieu de la Sagesse inspira sans doute l’esprit d’Abraham, qui refusa l’honneur d’être roi. Il déclara aux Polanes que ce n’était pas à un Juif de régner sur des chrétiens. Ils devaient trouver leur chef parmi les membres de leurs propres familles. Il leur proposa de désigner l’un des paysans qui produisait le plus de blé. L’homme s’appelait Mieszko, issu de la famille des Piast. Les Polanes suivirent son conseil et le paysan devint « Miesko premier ».

La dynastie des Piast fut longue et s’est toujours bien conduite envers les Juifs.

Du moins si on en croit notre légende familiale.

Pour mon grand-père Salomon ; cela ne faisait pas de doute. C’était la vérité vraie. La seule fois où il a levé la main sur moi, c’est le jour où je me suis moqué de lui en prétendant que l’ancêtre Abraham n’avait été qu’un pauvre bottier sans le sou.

Pour grand-père Salomon, la preuve irréfutable de la grandeur passée de notre famille était tout entière contenue dans notre trésor familial : le rouleau qu’Abraham Prochownik aurait reçu des Piast en témoignage de reconnaissance.

Le jour de sa bar-mitsva, chaque garçon, dans notre famille, avait le droit d’ouvrir l’étui, de déployer un peu le rouleau et d’en contempler l’écriture.

Selon grand-père Salomon, ce rouleau, les Piast le reçurent des mains de saint Cyrille en personne au moment de leur conversion. Ce qui y est inscrit n’est qu’une copie. Le rouleau original était rédigé en hébreu et en grec. Mais copie ou original, ils contiennent la même chose : l’évangile de Miryem de Nazareth, Marie, mère de Jésus.

Grand-père Salomon racontait qu’Hélène, la mère de Constantin I er, l’empereur de Rome devenu chrétien, le rapporta de Jérusalem. Le rouleau d’origine, en papyrus comme cela se faisait à l’époque, la mère de l’empereur affirmait que des femmes chrétiennes le lui donnèrent lorsqu’elle vint à Jérusalem pour édifier l’église du Saint-Sépulcre, à l’emplacement même de la crucifixion de Jésus. C’était en 326 de notre ère.

Quelques siècles plus tard, sous l’empereur byzantin Michel III, le grand évangélisateur Cyrille aurait emporté une copie du rouleau lors de son voyage en Khazarie en compagnie de son frère Méthode, en l’an 861. Il voulait convertir les Juifs khazars au christianisme. Que le rouleau fût le témoignage de la parole d’une mère juive ne pouvait que l’aider dans son entreprise chez les Khazars, espérait-il.

Par bonheur, le Saint, Dieu d’Israël, protégea le roi des Khazars contre la tentation.

Cyrille alors décida de convertir les peuples païens qui se déplaçaient tout autour du Caucase et de la mer Noire. Ce que racontait le rouleau était une preuve de l’existence de Jésus, dont les peuples païens doutaient encore. Cyrille traduisit le texte en plusieurs langues : l’ajar, qui était pratiqué dans les montagnes, le géorgien, avec l’alphabet phénicien, et le slavon.

Mon père, Yakob, fils de Salomon, devint un grand professeur de langues anciennes à cause de cette histoire. Le plus connu et le plus respecté des universités de Vienne, de Moscou, de Budapest et de Varsovie, où il a enseigné. Il y était encore lorsque les Allemands sont entrés en Pologne.

C’est lui qui reconnut la langue du rouleau transmis par notre ancêtre Abraham. C’est de l’ajar. Qu’on ne perde pas son temps à aller chercher une autre langue.

Mon père aurait pu se rendre incroyablement célèbre en faisant connaître ce rouleau. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

La seule fois où je lui posai la question, il me répondit qu’il n’avait pas besoin d’être célèbre. Plus tard, il ajouta que ce que contenait le texte pouvait engendrer une dispute inutile. « Il y a bien assez d’affrontements dans ce monde sans en rajouter. Surtout pour nous, en ce moment. » C’était il y a sept ans, alors qu’Hitler ameutait déjà les foules. Mon père a toujours été un homme d’une grande lucidité. C’est pourquoi il n’a pas non plus laissé de traduction du rouleau, alors qu’il est le seul à l’avoir lu parmi nous.

Quant à ce qu’il est advenu du rouleau d’origine, celui rapporté par Hélène de Jérusalem, nul ne le sait. Détruit dans le sac de Byzance, supposait mon père.

Varsovie, 2 février, l’an 5703 après la Création du monde par l’Éternel, béni soit-Il.

L’organisation des combattants juifs nous pousse à la résistance. Maria, que les anges du Ciel la protègent, m’a apporté leur tract en yiddish : « Juifs ! L’occupant accélère notre extermination. N’allez pas passivement à la mort ! Défendez-vous ! Prenez la hache, la barre de fer, le couteau ! Barricadez vos maisons pour sauver vos enfants, mais que les hommes adultes luttent par tous les moyens ! »

Ils ont raison. Il faut se battre. Mais avec quoi ? Nous manquons de tout. Même des haches et des barres de fer dont parle le tract, nous n’en avons plus ! Les munitions et les armes, il ne faut même pas y songer…

De grâce, O Eternel ! fais que nos persécuteurs soient châtiés, que ceux qui nous font périr finissent en enfer ! Amen.

Varsovie, 17 février. L’an 5703 après la Création par l’Éternel, béni soit-Il.

Maria est venue à nouveau, alors qu’il est dangereux et difficile de se déplacer. Elle m’a apporté deux morceaux de sucre, quatre noix et sept pommes de terre qu’elle a trouvés je ne sais comment. Que Dieu Tout-Puissant la bénisse ! Qu’il la garde en Sa protection.

Hier, les Allemands ont vidé l’hôpital après avoir fusillé les malades qui ne tenaient pas debout et traîné les autres dans la neige jusqu’à Umschlagplatz, d’où ils les ont expédiés à Auschwitz.

Nous avons combattu et résisté comme nul ne l’avait fait avant nous. Par le verbe que l’Éternel nous a donné pour qu’il pénètre le cœur de nos bourreaux ; par le témoignage qui, si telle est la volonté du Seigneur, Tsabaoth, préservera notre souffle parmi les nations. Et maintenant — Saint, Saint, Saint est Ton nom ! – il ne nous reste que la mort à opposer à ceux qui portent la mort, afin que Ton nom, Seigneur, et le nom de Ton peuple soient glorifiés à jamais ! Amen.

Demain, je ne serai plus là. Le rouleau de l’Évangile de Marie, que les Prochownik se sont transmis de génération en génération durant plus d’un millénaire, est à présent entre les mains de Maria. Elle est libre d’en faire ce qu’elle veut. Nul ne peut avoir de meilleur jugement qu’elle.

C’est grâce à elle, Juste parmi les Justes, que demeurera le nom des Prochownik. Amen.

Évangile de Marie

« Moi, Miryem de Nazareth, Marie selon mon nom en langue de Rome, fille de Joachim et d’Anne, je m’adresse à Mariamne de Magdala, Marie selon son nom en langue romaine, fille de Rachel.

Au commencement la parole, Dieu est parole, Dieu, parole qui engendre la parole.

Au commencement, sans elle rien n’a été de ce qui fut. Parole, la lumière des hommes, sans aucune obscurité.

La parole du commencement, la nuit jamais ne la saisit.

« Je m’adresse à Mariamne de Magdala, ma sœur par le cœur, la foi et l’âme. Je m’adresse à toutes celles qui suivent son enseignement au bord du lac de Génézareth.

« En l’an 3792 après la création du monde par le Seigneur Tout-Puissant, béni soit Son nom, au mois de nizan, dans la trente-troisième année du règne d’Antipas, fils d’Hérode.

« Pour celles qui se soucient et qui craignent sa disparition, je témoigne pour mon fils, Yechoua, afin qu’elles ne se laissent pas abuser par les rumeurs que répandent jusqu’à Damas les corrompus du temple de Jérusalem. Voici mon témoignage.

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