Brown, Dan - Le symbole perdu

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Le boyau était en pente raide. Une lumière bleue venue du bas nimbait les parois de ciment. Dans l’air chaud et acre flottait un mélange d’odeurs... méli-mélo de produits chimiques, de parfums d’encens, de sueur humaine et dessous, pénétrant, l’effluve animal et viscéral de la peur.

— Je dois reconnaître, madame Solomon, que votre science noétique m’a impressionné, souffla l’homme en arrivant au pied de la rampe. J’espère que ma science à moi vous fera le même effet.

99.

L’agent Simkins était tapi dans les ténèbres du parc Franklin, les yeux rivés sur Warren Bellamy. Jusqu’ici, personne n’avait mordu à l’appât, mais il était encore tôt.

Sa radio clignota. Il prit l’appel, espérant que l’un de ses hommes avait repéré leur cible. C’était Sato, elle avait du nouveau.

Simkins écouta, en hochant la tête.

— Attendez, je vais essayer d’aller voir.

Il se faufila dans les buissons pour s’approcher de l’entrée du parc. Après quelques contorsions, il parvint à avoir un bon angle de vue.

Nom de Dieu...

Le bâtiment qu’il observait ressemblait à une mosquée. Nichée entre deux immeubles, la façade mauresque était couverte de carreaux de faïence, dessinant des motifs intriqués. Au-dessus des trois grosses portes, de hautes fenêtres, comme des meurtrières, semblaient dissimuler des archers arabes prêts à décocher leurs flèches sur le premier infidèle.

— Je le vois, annonça Simkins.

— Il y a de l’activité ?

— Aucune.

— Parfait ! Prenez position autour de cet édifice. C’est l’Aimas Shrine Temple – le siège d’un ordre mystique.

Simkins travaillait à Washington depuis longtemps, mais il ignorait l’existence de ce temple, tout comme la présence d’une communauté mystique à Franklin Square.

— Ce bâtiment appartient à un groupe appelé l’« Ordre arabe ancien des nobles du sanctuaire mystique ».

— Jamais entendu parler.

— Mais si... Il s’agit d’un groupe paramaçonnique, communément appelé les Shriners.

Simkins fronça les sourcils en contemplant les délicates colonnades.

Les Shriners ? Je croyais que ces types construisaient des hôpitaux pour enfants ?

Il ne voyait pas plus inoffensifs qu’une fraternité de philanthropes portant des fez rouges et défilant dans les rues en jouant des flonflons.

Les craintes de Sato étaient pourtant logiques.

— Madame, si notre cible s’aperçoit que ce bâtiment est en fait le siège de l’Ordre de Franklin Square, il n’aura plus besoin de l’adresse. Il fera l’impasse sur le rendez-vous et se rendra directement là-bas.

— Vous lisez dans mes pensées, agent Simkins ! Alors surveillez bien l’entrée.

— À vos ordres, madame.

— Des nouvelles de Hartmann à Kalorama Heights ?

— Non. Aucune. Vous lui avez demandé de vous appeler personnellement.

— Il ne l’a pas fait.

Bizarre, songea Simkins en consultant sa montre. Qu’est-ce qu’il fabrique ?

100.

Nu et abandonné dans l’obscurité, Robert Langdon frissonnait. Paralysé par la peur, il avait cessé de cogner aux parois et n’appelait plus à l’aide. Les yeux fermés, il s’efforçait de calmer les battements de son cœur et de retrouver une respiration normale.

Tu es étendu sous la grande voûte étoilée du ciel... au-dessus de toi, c’est l’espace, l’infini, tenta-t-il de se persuader.

Cette image apaisante (associée à trois cachets de Valium) lui avait permis de supporter récemment un examen IRM... Mais ce soir, cette vision mentale était sans effet.

*

Dans la bouche de Katherine, le tissu s’était enfoncé, menaçant d’obstruer sa trachée. Son ravisseur l’avait conduite dans une cave. Au bout du couloir, elle avait entrevu une pièce baignant dans une étrange lumière rouge indigo. Mais son tortionnaire s’était arrêté avant. Il l’avait emmenée dans un réduit annexe pour l’installer sur une chaise, en lui coinçant les bras derrière le dossier.

Le fil de fer s’était encore enfoncé dans ses poignets. Mais la douleur n’était rien comparée à sa terreur de mourir asphyxiée. Le tissu avait encore glissé dans sa gorge. Elle était prise de spasmes, commençait à suffoquer. Sa vue se voilait.

Derrière elle, le géant tatoué referma la porte et alluma la lumière. Les yeux de Katherine, emplis de larmes, n’y voyaient plus. Tout autour, ce n’était qu’un brouillard liquide.

Une forme confuse et bariolée se planta devant elle. Le monde tanguait. Katherine se sentait tourner de l’œil. Un bras couvert d’écaillés s’avança vers son visage et arracha le bâillon.

Katherine hoqueta et fut prise d’une quinte de toux lorsque l’air frais s’engouffra dans ses poumons. Lentement sa vue s’éclaircit. La face du démon était sous ses yeux. Un visage à peine humain. Un entrelacs de symboles couvrait son cou, ses joues, son front et son crâne rasé. À l’exception d’un petit cercle de peau nue au sommet du crâne, tout son corps était couvert de dessins. Un grand phœnix bicéphale ornait sa poitrine, dont chaque œil, autour des tétons, l’observait avec l’avidité d’un oiseau de proie.

— Ouvrez la bouche.

Elle le regarda avec dégoût.

Quoi ?

Ouvrez la bouche, ou je vous remets le bâillon.

Tremblante, Katherine obéit. L’homme approcha son index et l’enfonça entre les lèvres de la femme. Lorsqu’il toucha sa langue, elle eut un haut-le-cœur. Il retira son doigt mouillé et le posa au sommet de sa tête rasée. Puis, il ferma les yeux et enduisit de salive le disque de peau nue.

Katherine détourna la tête.

La pièce était éclairée par des tubes fluorescents ; il y avait une sorte de chaudière dans un coin ; des tuyaux couraient le long des murs, en émettant des gargouillements. Son regard s’arrêta soudain sur un tas de vêtements posés au sol – une veste de tweed, un col roulé, des mocassins, une montre Mickey.

— Mon Dieu ! Qu’avez-vous fait de Robert ?

— Chut ! Il va vous entendre...

Il s’écarta d’un pas et fit un geste derrière lui.

Langdon n’était pas là. L’homme lui montrait un caisson noir en fibre de verre. L’objet ressemblait à ces conteneurs dans lesquels on ramenait les soldats morts au champ d’honneur. Deux grosses ferrures fermaient le couvercle.

— Il est... là-dedans ? bredouilla Katherine. Mais il va mourir étouffé !

— Aucun risque, rétorqua l’homme en montrant les tuyaux. Mais peut-être aurait-il préféré cette fin.

*

Dans l’obscurité totale, Langdon percevait des vibrations, des sons étouffés. Des voix ? Il se mit à tambouriner sur les parois en hurlant à pleins poumons :

— Au secours ! Il y a quelqu’un ?

Loin, à peine audible, une voix répondit :

— Robert ! Oh mon Dieu ! Non !

C’était Katherine. Elle avait l’air terrifié. Mais la savoir tout près lui mit du baume au cœur. Il gonfla ses poumons pour l’appeler à nouveau, mais il s’arrêta net. Il y avait quelque chose sous son cou. Une sorte de courant d’air.

Comment est-ce possible ? Il s’immobilisa, tous les sens en alerte...

Oui, c’est bien ça !

Il sentait ses poils se hérisser sur sa nuque.

Par réflexe, Langdon fouilla à tâtons le fond de la caisse, à la recherche de la source d’air. C’était une minuscule buse ! On eût dit la bonde d’un évier ou d’une baignoire, sauf que de l’air s’en échappait.

Il m’envoie de quoi respirer ! Finalement, il ne veut pas me faire mourir d’asphyxie.

Mais sa joie fut de courte durée. Un gargouillis sinistre monta de la buse. Un liquide se déversait !

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