Brown, Dan - Le symbole perdu

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Ou presque.

Le seul petit accroc, c’était ce soldat, gisant dans son sang, avec un tournevis planté dans le cou. Quand Mal’akh fouilla le cadavre, il trouva une radio et un téléphone portable au logo de la CIA. Il ne put s’empêcher de lâcher un petit rire.

Apparemment, même eux sont conscients de mon pouvoir !

Il retira les batteries avant d’écraser les deux appareils avec le marteau de la porte.

Il devait agir vite, maintenant que la CIA était de la partie. Il revint vers Langdon, toujours dans les vapes ; il le resterait un bon moment. Avec émotion, Mal’akh contempla la pyramide qui gisait au sol, à côté du sac. Il sentit son cœur s’affoler.

J’ai attendu si longtemps...

Ses mains tremblaient quand il ramassa l’objet maçonnique. Il effleura les inscriptions, percevant la force de leurs promesses occultes. Il lui fallait garder la tête froide... Il rangea donc la pyramide et la coiffe dans le sac.

Je l’assemblerai bientôt, dans un sanctuaire bien plus sûr.

Mal’akh glissa la sangle de la sacoche sur son épaule et tenta de soulever Langdon. Il était plus lourd que prévu. Passant ses bras sous les aisselles du professeur, Mal’akh le traîna sur le sol.

Il ne va pas aimer l’endroit où je l’emmène...

Dans la cuisine, la télévision était encore allumée, le volume poussé à fond pour sa mise en scène. La chaîne diffusait le prêche d’un télévangéliste, exhortant ses ouailles à prononcer un Notre-Père enfiévré.

Pas un seul de ces moutons ne sait d’où vient réellement cette prière.

—... sur la terre comme au ciel, psalmodiait l’assemblée.

Exact, railla Mal’akh. Ce qui est en haut est en bas !

— ... ne nous soumets pas à la tentation...

Aide-nous à surmonter les faiblesses de notre chair !

— ... délivre-nous du mal...

Ça risque d’être difficile ! songea Mal’akh avec un sourire. La noirceur grandit partout. Mais il reconnaissait à ces gens un certain courage. Des humains qui parlaient à des forces invisibles et imploraient leur secours, c’était de nos jours une incongruité.

Mal’akh tirait Langdon dans le salon lorsque la foule cria à l’unisson : « Amen ! »

Amon ! corrigea Mal’akh. L’Egypte est le berceau de votre religion. Le dieu Amon a été le modèle pour Zeus, pour Jupiter, et autres versions modernes de Dieu. Aujourd’hui, dans toutes les religions sur terre, on scande son nom. Amen ! Amin ! Aum !

Le prêcheur se mit à citer des versets de la Bible, détaillant la hiérarchie des anges, démons et esprits régnant au paradis et aux enfers.

— Protégez vos âmes contre les forces du mal ! vitupérait le télévangéliste. Laissez parler vos cœurs dans la prière ! Dieu et les anges vous entendront !

Ils entendront, c’est vrai. Mais les démons aussi...

Mal’akh savait, depuis longtemps, qu’en exerçant les bonnes incantations un adepte du Grand Art pouvait ouvrir la porte du royaume de l’esprit. Les puissances invisibles qui régnaient là-bas, à l’image de l’homme, se manifestaient sous diverses formes, en bien ou en mal. Les puissances de la lumière soignaient, protégeaient, cherchant à apporter un ordre dans l’univers. Celles de l’ombre opéraient à l’inverse, semant la destruction et le chaos.

Correctement invoquées, ces forces invisibles pouvaient exaucer les vœux d’un adepte sur terre... et lui donner ainsi des pouvoirs apparemment surnaturels. En échange de ce concours, ces puissances exigeaient des offrandes – des prières pour les forces de la Lumière, du sang pour celles de l’Ombre.

Plus le sacrifice est grand, plus grand est le pouvoir conféré.

Mal’akh avait commencé par d’innocentes immolations d’animaux. Avec le temps, ses sacrifices étaient devenus plus conséquents.

Cette nuit, c’est le dernier pas !

— Prenez garde ! criait le télévangéliste, en parlant de l’Apocalypse. La bataille finale pour le salut des âmes va bientôt commencer !

C’est la vérité, songea Mal’akh. L’Apocalypse arrive... Et je serai son plus grand guerrier.

La bataille avait débuté depuis fort longtemps. Dans l’Egypte ancienne, ceux qui pratiquaient le Grand Art étaient devenus de puissants mages, s’élevant au-dessus du commun des mortels pour se transformer en véritables adeptes de la Lumière. Des dieux sur terre ! Dans les grands temples d’initiation qu’ils avaient construits, des novices venus des quatre coins du monde écoutaient leur sagesse. Ainsi naquit une race d’hommes éclairés. Pendant une courte période de l’Histoire, l’humanité fut sur le point de s’élever et de transcender ses liens terrestres.

L’âge d’or des Mystères anciens.

Mais l’homme, être de chair, était sujet à la vanité, la haine, l’impatience et la convoitise. Au fil du temps, le Grand Art fut corrompu. On utilisa son pouvoir à des fins personnelles. Certains, qui se mirent à l’exercer uniquement pour convoquer ses forces sombres, le dénaturèrent. Un nouvel Art naquit de cette perversion... un art plus spectaculaire, plus immédiat, et d’un attrait irrésistible.

Tel est mon Art.

Tel est mon Grand Œuvre.

Les adeptes éclairés et leurs fraternités ésotériques virent le mal s’élever, et l’homme user de cette nouvelle connaissance contre le bien de ses semblables. C’est alors qu’ils choisirent de cacher leur savoir, le mettant hors de portée des êtres indignes. Et finalement, ce savoir se perdit.

Ce fut la grande chute de l’homme.

Et avec elle, vint la longue nuit.

Les nobles descendants de ces sages s’étaient regroupés en communautés secrètes et étaient parvenus à survivre à travers les âges, cherchant à retrouver la Lumière, le savoir perdu de leurs aïeux, luttant contre l’ombre et la noirceur du monde. C’étaient des prêtres et des prêtresses d’églises, de temples, de sanctuaires, issus de toutes les religions. Mais le temps avait effacé les souvenirs. Il avait coupé l’homme de sa propre histoire. La Source à laquelle la sagesse des Anciens s’abreuvait était tarie. Lorsqu’on demandait à ces érudits de parler des mystères divins de leurs ancêtres, les nouveaux chevaliers de la foi hurlaient au blasphème et les condamnaient pour hérésie.

Tout s’était-il perdu ? Mal’akh n’en était pas si sûr.

Les échos de l’Art ancien résonnaient encore de par le monde, dans l’étude mystique de la Kabbale comme dans le soufisme ésotérique de l’islam. On en trouvait aussi des vestiges dans les rites chrétiens – que ce soit dans l’Eucharistie où l’on mangeait le corps du Christ, dans la hiérarchie des saints, des anges et des démons, dans ses chants et ses incantations, dans son calendrier reposant sur l’astrologie, dans ses tenues et objets liturgiques, comme dans sa promesse récurrente en une vie éternelle. Aujourd’hui encore, les prêtres chassaient les mauvais esprits en agitant des encensoirs, en faisant sonner des cloches et en répandant de l’eau bénite. Les chrétiens perpétuaient les rites surnaturels d’exorcisme – une pratique ancienne qui exigeait de savoir non seulement chasser les démons, mais aussi les invoquer.

Et cependant, ils restent aveugles. Ils refusent de regarder le passé !

Le passé mystique de l’Église, pourtant, n’était nulle part aussi évident qu’à son épicentre : au Vatican ! Au cœur de la place Saint-Pierre se dressait un grand obélisque... Taillé mille trois cents ans avant la naissance de Jésus, ce monolithe mystérieux n’avait aucun lien, de près ou de loin, avec le christianisme moderne. Et pourtant, il se dressait au milieu de la place. Au saint des saints des terres de l’Église. Un phare de pierre, projetant ses signaux invisibles. Un mémorial pour les quelques sages qui se souvenaient encore où tout avait commencé. Cette Église, née de la matrice des Mystères anciens, avait hérité de ses rites et de ses symboles.

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