Brown, Dan - Le symbole perdu

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La tête plaquée sur le tapis, elle apercevait Langdon dans le couloir. Son corps était parcouru de spasmes. Derrière, dans l’entrée, l’agent Hartmann gisait, immobile.

Quelque chose de métallique lui serra les poignets. Il l’attachait avec du fil de fer. Elle tenta de tirer sur ses liens, mais aussitôt la douleur fut insupportable.

— Plus vous bougerez, plus le fil vous coupera, annonça l’homme, en commençant à lier les chevilles de Katherine avec le même procédé.

Elle tenta de lui donner un coup de pied. Mais il frappa du poing une zone à l’arrière de la cuisse pour paralyser sa jambe. En quelques instants, ses pieds étaient ficelés.

— Robert ! parvint-elle à crier.

Langdon gémissait par terre, étendu sur son sac, la pyramide gisant à côté de sa tête.

La pyramide... leur dernier espoir...

— Nous avons déchiffré la pyramide ! s’écria-t-elle. Je vous dirai tout.

— Vous n’avez pas le choix.

L’homme retira le bâillon de la vigile et l’enfonça dans la bouche de Katherine.

Le goût de la mort.

*

Langdon n’était plus maître de son corps. Il gisait au sol, engourdi, la joue plaquée sur le plancher froid du couloir. Il connaissait les effets des fameux Taser ; leur décharge provoquait une « rupture électro-musculaire », comme on disait. Mais il aurait pu être frappé par la foudre, c’eût été pour lui du pareil au même ! L’onde de choc semblait avoir bouleversé toutes les cellules de son corps. Malgré sa bonne volonté, ses muscles refusaient de lui obéir.

Debout !

A plat ventre, Langdon respirait par petites goulées, avec difficulté. Son agresseur avait disparu de son champ de vision, mais Langdon pouvait voir dans le hall d’entrée l’agent Hartmann qui baignait dans son sang. Il avait entendu Katherine se débattre, puis tenter de négocier. Depuis un moment, cependant, il ne percevait plus que des borborygmes étouffés.

Debout, Robert ! Il faut que tu ailles l’aider !

Il avait désormais des fourmis dans les jambes, des myriades voraces. La connexion nerveuse revenait. Mais ses membres refusaient encore d’exécuter les ordres de son cerveau.

Bouge-toi !

Ses bras tressautaient tandis que l’influx nerveux revenait dans ses muscles. Il commençait à sentir de nouveau son cou, son visage. Au prix d’un grand effort, il parvint à tourner la tête, en faisant racler sa joue contre le plancher, pour regarder ce qui se passait dans la salle à manger.

Mais sa vue était bouchée par la pyramide qui avait été éjectée de son sac et reposait à présent sur le flanc, sa base à quelques centimètres de son visage.

Pendant un moment, il ne comprit pas ce que ses yeux voyaient... c’était bien la base de la pyramide, mais elle était différente. Très différente. C’était toujours un carré, un carré de granite, sauf qu’il n’était plus lisse et plat, mais couvert d’inscriptions !

Comment était-ce possible ?

Est-ce une hallucination ? se demanda-t-il. J’ai examiné la base de cette pyramide des dizaines de fois... il n’y avait rien...

Puis il comprit.

Sa stupeur réveilla soudain son diaphragme. Dans un hoquet, Langdon recommença à respirer normalement. La Pyramide maçonnique avait donc encore des secrets à livrer.

Une autre transformation !

Les dernières paroles de Galloway lui revinrent à l’esprit : « Dites à Peter que la Pyramide maçonnique a toujours protégé ses secrets... sincèrement. » Cette remarque lui avait paru étrange sur le coup, mais, à présent, tout s’éclairait. Galloway envoyait un code à Peter. Le même code qui, par un effet facétieux du hasard, avait été utilisé dans un livre policier médiocre que Langdon avait lu quelques années plutôt.

Sin-cère.

Depuis Michel-Ange, les sculpteurs dissimulaient les défauts de leurs œuvres avec de la cire : ils comblaient les fissures et éclats avec de la cire chaude, qu’ils recouvraient ensuite de poussière de pierre. C’était considéré comme une duperie de la part de l’artiste et, a contrario, une sculpture « sans cire » littéralement sine cera – signifiait une œuvre « sincère ». L’expression s’était perpétuée jusqu’à nos jours. Terminer nos lettres par « sincèrement », c’est dire que nous avons écrit « sans cire », que nous avons dit la vérité.

L’inscription sous la pyramide avait été cachée par le même procédé. Lorsque Katherine avait suivi la consigne sur la bague et fait « bouillir » la pyramide, la cire avait fondu et révélé l’inscription. Un peu plus tôt, Galloway avait passé ses doigts sur la pyramide... il avait dû sentir les caractères gravés sur sa face inférieure.

Pendant quelques secondes, Langdon oublia leur situation périlleuse. Il regardait, extatique, la suite de symboles gravés dans le granité. Il n’avait aucune idée de leur signification... et encore moins ce qu’ils pouvaient révéler, mais il avait une certitude :

La Pyramide maçonnique n’avait pas délivré tous ses secrets... Huit Franklin Square n’était pas le dernier indice.

Soudain, Langdon se sentit de nouveau maître de ses mouvements – un effet de l’influx d’adrénaline qu’avait provoqué cette découverte ? Ou simplement le résultat de ces quelques instants de repos supplémentaire ? Peu importait.

Il avança le bras et écarta la pyramide qui lui bouchait la vue.

Avec effroi, il découvrit Katherine ligotée, un gros morceau de tissu enfoncé dans sa bouche. Rassemblant toute son énergie, Langdon replia les jambes et tenta de se relever sur les genoux, mais il se figea aussitôt : dans l’encadrement de la porte de la salle à manger, venait d’apparaître une silhouette digne d’un film d’horreur.

C’est quoi ça ? Un être humain ?

Langdon roula sur le côté, battit des pieds dans l’espoir de ramper, de s’échapper, mais l’homme tatoué l’attrapa, le retourna sur le dos et s’assit à califourchon sur son torse. Plantant ses genoux sur les biceps de Langdon, il le cloua au sol. L’homme avait un grand phœnix à deux têtes tatoué sur le poitrail. Son cou, son visage, son crâne rasé étaient recouverts d’un entrelacs de symboles – des sigils, reconnut Langdon – utilisés lors des rituels de magie noire.

Mais ses observations s’arrêtèrent là. Le géant prit Langdon par les oreilles, lui souleva la tête et l’écrasa violemment contre le plancher.

Ce fut le trou noir.

96.

Mal’akh contemplait la scène. Sa maison ressemblait à un champ de bataille.

Robert Langdon était étendu à ses pieds, inconscient.

Katherine Solomon était attachée et bâillonnée dans la salle à manger.

Le cadavre de l’agent de sécurité gisait par terre, après être tombé de sa chaise. L’employée, pressée de retrouver la liberté, s’était montrée parfaitement docile. Avec la pointe d’un couteau sous la gorge, elle avait répondu au coup de fil sur le portable de Mal’akh et avait récité le mensonge destiné à attirer Langdon et Katherine.

Elle n’avait pas de collègue et Peter Solomon n’allait pas bien du tout.

La prestation de la femme terminée, Mal’akh l’avait étranglée.

Pour parfaire l’illusion, il avait appelé Bellamy depuis le téléphone d’un de ses véhicules.

Je suis en voiture..., avait-il dit à l’Architecte et à ceux qui l’écoutaient. Solomon est dans le coffre.

En fait, Mal’akh n’avait fait, au volant, que de courts trajets de son garage à la pelouse, pour sortir quelques spécimens de sa collection et préparer sa petite mise en scène.

La supercherie avait parfaitement fonctionné.

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