Jonathan Littell - Les Bienveillantes

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"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif."Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.

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À la défaite, après nous avoir installés à Kiel, il avait dû repartir, on ne savait trop où ni pourquoi; de temps en temps il repassait nous voir, puis il disparaissait à nouveau; il ne s'installa définitivement avec nous qu'à la fin 1919. En 1921, il tomba gravement malade et dut s'arrêter de travailler. Sa convalescence s'éternisa, et l'atmosphère à la maison devint tendue et maussade. Vers le début de l'été, encore gris et froid comme je m'en souviens, son frère vint nous rendre visite. Ce frère cadet, gai et drôle, racontait des histoires fabuleuses de la guerre et de ses voyages qui me faisaient rugir d'admiration. Ma sœur, elle, l'appréciait moins. Quelques jours plus tard, mon père partit en voyage avec lui, pour rendre visite à notre grand-père, que je n'avais vu qu'une fois ou deux et dont je me souvenais à peine (les parents de ma mère, je crois, étaient déjà morts). Je me rappelle aujourd'hui encore ce départ: ma mère, ma sœur et moi étions alignés devant le portail de la maison, mon père chargeait sa valise dans le coffre de la voiture qui devait l'amener à la gare: «Au revoir, les petits, dit-il avec un sourire, ne vous inquiétez pas, je reviens bientôt». Je ne le revis jamais. Ma sœur jumelle et moi avions à cette époque presque huit ans. J'appris bien plus tard que ma mère avait reçu après quelque temps une lettre de mon oncle: après la visite à leur père, semblait-il, ils s'étaient querellés, et mon père, apparemment, était parti en train vers la Turquie et le Moyen-Orient; de sa disparition, mon oncle ne savait rien de plus; ses employeurs, contactés par ma mère, non plus. Je n'ai jamais vu cette lettre de mon oncle; c'est ma mère, un jour, qui m'a expliqué cela, et je n'ai jamais pu confirmer ses dires, ni retrouver ce frère qui pourtant a bien existé. Je ne racontai pas tout cela à Partenau: mais à vous, je le raconte. Je fréquentai Partenau régulièrement, maintenant. Sexuellement, il me faisait une impression incertaine. Sa rigueur et son enthousiasme national-socialiste et S S pouvaient se révéler un obstacle; mais au fond, je le pressentais, son désir ne devait pas être plus orienté que celui d'un autre. Au collège, je l'avais vite compris, l'inversion en tant que telle n'existait pas, les garçons faisaient avec ce qu'il y avait, et à l'armée, comme dans les prisons, il en était certainement de même. Certes, depuis 1937, date de ma brève arrestation pour l'affaire du Tiergarten, l'attitude officielle s'était encore considérablement durcie. La S S semblait particulièrement visée. L'automne précédent, à l'époque de mon arrivée à Kharkov, le Führer avait signé un décret, «Le Maintien de la Pureté au sein de la S S et de la Police», condamnant à mort tout SS-Mann ou fonctionnaire de la police qui se permettrait un comportement indécent avec un autre homme ou même se laissait abuser. Ce décret, de peur qu'il puisse soulever des malentendus, n'avait pas été publié, mais au SD nous en avions été informés. Pour ma part, je considérais qu'il s'agissait surtout d'une rhétorique de façade; dans les faits, si l'on savait rester discret, il y avait rarement des problèmes. Le tout était de ne pas se compromettre auprès d'un ennemi personnel; mais je n'avais pas d'ennemis personnels. Partenau, toutefois, devait être influencé par la rhétorique survoltée du Schwarz Korps et des autres publications SS. Mais mon intuition me disait que si on pouvait lui fournir le cadre idéologique nécessaire, le reste viendrait.

Ce n'était pas la peine d'être subtil: il fallait juste se montrer méthodique. Les après-midi, parfois, si le temps était dégagé, nous descendions nous promener en ville, flâner dans les petites rues ou le long des quais bordés de palmiers, puis nous allions nous asseoir dans un café boire un verre de muscat de Crimée, un peu doux à mon goût, mais agréable. Sur la berge, on croisait surtout des Allemands, parfois accompagnés de filles; quant aux hommes locaux, à part quelques Tatars ou Ukrainiens portant le brassard blanc des Hiwi, on n'en voyait aucun; en janvier, en effet, la Wehrmacht avait fait évacuer toute la population mâle, d'abord vers des camps de transit, puis jusqu'au Generalkommissariat de Nikolaïev: solution certes radicale au problème des partisans, mais il faut reconnaître qu'avec tous ces soldats blessés ou convalescents, on ne pouvait pas prendre de risques. Avant le printemps, il n'y avait pas grand-chose comme distraction, à part le théâtre ou un cinéma organisé par la Wehrmacht. Même les bacilles s'endorment à Yalta, écrivait Tchékhov, mais moi, ce lent ennui me convenait Parfois, plusieurs autres jeunes officiers nous rejoignaient, et nous allions nous asseoir à une terrasse sur le front de mer. Si l'on en trouvait – l'approvisionnement à partir des stocks capturés était régi par des lois mystérieuses – nous commandions une bouteille; en plus du muscat, il y avait un Portwein rouge, également doux mais qui convenait au climat. Les commentaires fusaient sur les femmes du cru tristement privées de maris; et Partenau n'y semblait pas indifférent. Au milieu des éclats de rire, un des officiers, plus hardi, accostait des jeunes filles et en baragouinant les invitait à nous rejoindre; parfois, elles rougissaient et continuaient leur chemin, parfois elles venaient s'asseoir; Partenau, alors, se joignait allègrement à une conversation faite principalement de gestes, d'onomatopées, et de mots isolés. Il fallait y mettre un terme. «Meine Herren, je ne veux pas être un rabat-joie, commençai-je à une de ces occasions. Mais je dois vous avertir des risques que vous courez». Je frappai quelques petits coups secs sur la table. «Au SD, nous recevons et synthétisons tous les rapports d'incidents sur les zones arrière de la Wehrmacht. Cela nous donne une vue d'ensemble des problèmes que vous ne pouvez pas avoir. Je dois vous dire qu'avoir des relations avec des femmes soviétiques, ukrainiennes ou russes, est non seulement indigne d'un soldat allemand, mais dangereux. Je n'exagère rien. Beaucoup de ces femelles sont des Juives, dont on ne peut pas deviner l'origine; rien que cela, c'est déjà risquer la Rassenschande, la souillure raciale. Mais il y a autre chose. Non seulement les Juivesses mais aussi les femelles slaves sont de mèche avec les partisans; nous savons qu'elles se servent sans scrupules de leurs avantages physiques, et de la confiance de nos soldats, pour se livrer à de l'espionnage au service de l'ennemi. Vous pensez peut-être que vous saurez tenir votre langue; mais je vous affirme, moi, qu'un détail anodin n'existe pas, et que le travail d'un service de renseignement consiste à élaborer de gigantesques mosaïques à partir d'éléments infimes, insignifiants s'ils sont pris individuellement, mais qui mis en rapport avec des milliers d'autres font sens. Les bolcheviques ne procèdent pas autrement». Mes propos semblaient mettre mes camarades mal à l'aise. Je continuai. «À Kharkov, à Kiev, nous avons eu de nombreux cas d'hommes et d'officiers qui disparaissaient pendant des rendez-vous galants, et qu'on retrouvait horriblement mutilés. Et puis bien entendu il y a les maladies. Nos services de santé estiment d'après des statistiques soviétiques que 90 % des femelles russes sont atteintes de gonorrhée, et 50 % de la syphilis. Beaucoup de nos soldats sont déjà infectés; et ces hommes, lorsqu'ils rentrent en permission, contaminent à leur tour leurs femmes ou leurs petites amies; les services médicaux du Reich en sont épouvantés, et parlent d'épidémie. Une telle profanation de la race, si elle n'est pas violemment combattue, ne pourra à long terme qu'entraîner une forme d'Entdeutschung, une dégermanisation de notre race et de notre sang».

Mon discours avait visiblement affecté Partenau. Je n'ajoutai rien, c'était suffisant pour le travailler un peu. Le lendemain, alors que je lisais dans le beau parc de cyprès et d'arbres fruitiers du sanatorium, il vint me retrouver: «Dites-moi, vous croyez vraiment ce que vous affirmiez hier?» – «Bien entendu! C'est la plus stricte vérité». – «Mais alors comment pensez-vous qu'on puisse faire? Vous comprenez»… Il rougissait, il était gêné mais voulait parler. «Vous comprenez, reprit-il, ça fera bientôt un an qu'on est ici, sans rentrer en Allemagne, c'est très dur. Un homme, ça a des envies». – «Je le conçois fort bien, répondis-je d'un ton docte. D'autant plus que la masturbation, d'après tous les médecins spécialisés, comporte aussi de graves risques. Bien sûr, certains affirment que ce n'est qu'un symptôme de maladie mentale, et jamais la cause; d'autres au contraire, comme le grand Sachs, sont convaincus qu'il s'agit d'une habitude pernicieuse qui mène à la dégénérescence». – «Vous vous y connaissez, en médecine», constata Partenau, impressionné. – «Je ne suis pas un professionnel, c'est évident. Mais je m'y suis intéressé, j'ai lu des livres». – «Et que lisez-vous en ce moment?» Je lui montrai la couverture: «Le Banquet. Vous l'avez lu?» -»Je dois avouer que non». Je le refermai et le lui tendis: «Prenez-le. Je le connais par cœur».

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