Avery regarda par la fenêtre la Ford Focus noire qui était garée trois étages plus bas, le long de la bordure la plus éloignée de la rue. Elle pouvait voir la forme de l’épaule gauche de Dennison, assis sur le siège du conducteur. Sawyer devait être à ses côtés, probablement en train de grignoter des graines de tournesol, comme il était réputé faire.
En pensant à la brique et au chat, elle commença à remonter dans son passé. Entre sa carrière d’avocate et les quelques années qu’elle avait passées en tant qu’inspectrice, la liste de noms et de visages dans sa tête était longue. Elle essaya de penser à qui d’autre pourrait avoir eu une raison de jeter la brique et le chat par la fenêtre, mais il y en avait trop – trop de visages, trop d’histoire.
Bon sang, ça aurait pu être n’importe qui…
Elle se retourna vers l’appartement et essaya d’imaginer la dernière fois que Ramirez s’y était tenu. Elle marcha lentement dans le salon et la cuisine. Elle s’était déjà trouvée là, mais voyait tout comme neuf. C’était un petit appartement, mais joliment décoré. Tout était propre et organisé, chaque objet à sa place désignée. Son frigo était décoré de plusieurs photos et cartes postales, la plupart provenant de membres de sa famille. Avery ne les avait jamais rencontré mais en avait entendu parler de temps en temps.
Combien d’entre eux savent ce qui s’est passé ? Se demanda-t-elle. Pendant son séjour à l’hôpital, seulement deux membres de la famille étaient venus lui rendre visite. Elle savait que la famille de Ramirez n’était pas très proche, mais quelque chose dans le fait que sa famille ne vienne pas le voir la frappait comme étant triste – même si elle aurait probablement droit au même traitement si quelque chose lui arrivait.
Elle se détourna du frigo ; les images de ces étrangers étaient soudainement trop pour elle. Dans le salon, il y avait des photos çà et là de sa vie : une de lui et Finley à un barbecue, jouant aux fers à cheval ; une photo de Ramirez qui franchissait la ligne d’arrivée lors d’un marathon ; une photo de lui avec sa sœur quand ils étaient beaucoup plus jeunes, pêchant au bord d’un étang.
« Je ne peux pas », dit-elle doucement.
Elle se tourna vers Rose, espérant qu’elle n’avait pas entendu son déni audible.
Ce qu’elle vit était Rose endormie sur le canapé. Elle s’était apparemment écroulée de fatigue pendant le temps qu’Avery avait pris pour regarder les photos. Avery examina sa fille pendant un moment, éprouvant les premiers élans de culpabilité. Rose n’avait rien à faire ici, mêlée à tout ça.
Peut-être qu’elle aurait été bien mieux si je ne l’avais pas contactée pour recoller les morceaux, pensa-t-elle.
Ce n’était pas juste un “pauvre-de-moi”vagabond. Elle se le demandait sincèrement parfois. Et maintenant, avec toutes les deux sous surveillance et des personnes qui la menaçaient pour les péchés de son passé, c’était pire.
Peut-être que je ne suis pas menacée pour les péchés de mon passé, pensa-t-elle. Peut-être que c’était vraiment Howard. Peut-être avait-il craqué d’une manière que je n’aurais pas pu prédire.
Elle supposa que si elle faisait correctement son travail, elle ne pouvait pas simplement éliminer la possibilité que Howard ait tué cette pauvre fille avec un pistolet à clous puis, la nuit suivante jeté un chat mort avec un message menaçant par sa fenêtre. Elle n’avait aucune preuve pour soutenir qu’il ne l’avait pas fait donc, logiquement, il devait être un suspect.
Je suis trop proche de lui, pensa-t-elle. J’ai appris à le connaître d’une façon qui fait que je le place sur un piédestal bizarre. A-t-il intentionnellement fait ça ?
C’était une pensée effrayante, mais il était brillant. Et elle connaissait son penchant pour les jeux d’esprit. L’avait-il manipulée d’une certaine façon, qu’elle ne comprenait toujours pas ?
Elle prit ses deux sacs et les transporta dans la chambre de Ramirez. Elle avait fourré l’essentiel de la boîte contenant les dossiers d'Howard Randall dans l’un d’entre eux avant de quitter son appartement. Elle les sortit maintenant et les étala sur le lit.
Cette fois, elle ne perdit pas de temps à regarder les photos. À cet instant, elle avait juste besoin des faits. Et les faits tels qu’elle les connaissait, comme ils avaient été consigné dans les livres, étaient qu’il était une fois, Avery Black était une avocate qui avait représenté un homme accusé de meurtre. Elle avait soupçonné qu’il avait commis cet acte, mais il n’y avait aucune preuve et l’affaire avait été descendue en flammes devant le tribunal. À la fin, elle avait gagné. Howard Randall avait été libre de partir. Au cours des trois mois suivants, des étudiantes âgées de dix-huit à vingt et un ans avaient été tuées de manière épouvantable mais cependant efficace. À la fin, Howard Randall avait été pris. Non seulement cela, mais il avait ouvertement avoué les crimes.
Avery avait tout regardé à la télévision. Elle avait également démissionné de son poste d’avocate et avait été motivée à commencer à travailler pour mener une carrière en tant qu’inspectrice – une carrière hors de sa portée, presque tout le monde lui avait dit. Elle commençait plus tard que la plupart. C’était une femme hantée par le fantôme d'Howard Randall avant ses meurtres. Il y avait un trop gros passif. Elle n’y parviendrait jamais.
Mais je suis là, pensa-t-elle, en parcourant les détails. C’est peut-être la raison pour laquelle il était toujours aussi ouvert pour parler avec moi en prison. Peut-être était-il parmi ceux qui pensaient qu’essayer de devenir inspectrice était une cause perdue pour moi. Quand non seulement j’en suis devenue une, mais une sacrément douée, peut-être ai-je gagné son respect.
Et malheureusement, elle espérait que c’était le cas. Elle aurait aimé penser qu’elle s’en moquait de savoir si Howard Randall la respectait – mais ce n’était pas le cas. Peut-être était-ce son intellect ou le simple fait que personne ne l’avait défiée comme il l’avait fait quand ils se rencontraient occasionnellement.
Elle pensa à ces réunions pendant qu’elle étudiait les dossiers et que tout se connectait comme un match de tennis effréné dans sa tête. De gauche à droite, de gauche à droite.
Il semblait sincèrement heureux chaque fois que je le voyais, à l’exception d’une seule fois où il pensait que je profitais de lui. Il avait des contacts dans la prison, la capacité d’obtenir des connaissances de l’extérieur que les autres prisonniers ne pouvaient pas avoir.
Cette information lui avait-elle révélé quelque chose ? Lui avait-elle donné une raison de s’évader autre que la simple liberté ?
Et après qu’il se soit échappé, qu’aurait-il fait ? Quel genre d’homme serait-il vraiment ? Est-ce qu’il irait aussi loin que possible pour vivre la vie en tant qu’homme libre (mais très recherché) ?
Ou allait-il recommencer à tuer ? Il avait été dit qu’une fois qu’une fois que quelqu’un commet un meurtre et surmonte le choc initial, le second est plus facile. Puis le troisième est presque comme un acte naturel.
Mais Howard ne semblait pas être du genre à s’en tenir à cet instinct animal basique.
Tous les meurtres originaux étaient propres et simples.
La dernière victime a été tuée de façon grotesque…comme si le tueur essayait de prouver quelque chose.
Howard a-t-il quelque chose à prouver ?
Et à travers tout cela, elle le voyait dans son esprit – assis de l’autre côté d’une table d’elle dans la prison, avec le prémisse d’un sourire toujours sur son visage. Sur de lui. Presque fier.
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