Le couloir était étroit et donnait sur trois pièces : une chambre à coucher, une salle de bains, et une plus petite chambre vers le fond. Kate et DeMarco entrèrent dans la chambre de Jeremy, tandis que Barnes restait en arrière.
« Appelez-moi si vous avez besoin d’aide, » dit-il. « Mais il y a à peine la place pour vous deux, alors je vais vous attendre ici. »
Il avait raison. La chambre était très petite et était essentiellement occupée par un matelas posé sur le sol et un vieux bureau où étaient empilés des DVD et des CD. Une petite télé et un lecteur DVD poussiéreux étaient posés par terre au pied du matelas, avec leurs câbles serpentant sur le sol. Un téléphone portable se trouvait sur la télé, connecté à un chargeur qui était branché à un adaptateur multiprises, qui alimentait également la télé, le lecteur DVD et le petit ventilateur de la fenêtre.
Kate prit le téléphone en main. C’était un iPhone ancien modèle. Quand elle appuya sur le bouton pour l’allumer, l’écran s’afficha directement. Il n’y avait pas de mot de passe. Sur l’écran d’accueil, il n’y avait que quelques applis : quelques jeux, les paramètres du téléphone, le dossier photos et l’horloge. C’était un téléphone sans service, mais qui pouvait être utilisé pour jouer. Kate avait quelques amis qui avaient permis à leurs enfants d’avoir ce genre de téléphone. Avant de leur donner un téléphone entièrement connecté, ils avaient autorisé leurs enfants à avoir un appareil offrant des services limités, juste pour envoyer des messages à certaines personnes et jouer à des jeux qui ne nécessitaient pas une connexion wifi.
Derrière elle, DeMarco fouillait dans les dvd. « Floyd ne plaisantait pas quand il disait que son fils venait ici pour regarder des films porno. La moitié de ces dvd sont des films porno amateurs. L’autre moitié sont des vidéos à caractère sexuel de type Cinemax. »
Kate continua à fouiller dans le téléphone. Elle ouvrit le dossier photos, qui était bien rempli. Certains clichés montraient des filles qui faisaient la fête. Quelques-unes d’entre elles étaient seins nus. Certaines s’embrassaient et il était clair qu’elles étaient soules. Il y avait également quelques vidéos assez courtes. Elle continua à chercher dans le dossier jusqu’à ce qu’elle arrive à une vidéo qui faisait presque cinq minutes. La vignette de la vidéo montrait le visage de Mercy Fuller.
Elle appuya sur le bouton Play et il lui fallut moins de trois secondes pour comprendre ce qu’elle avait devant les yeux avant de la refermer. Dans la vidéo, Mercy était couchée sur le dos et elle était filmée d’en haut. Le directeur était apparemment Jeremy, qui l’avait filmée au cours d’une relation sexuelle assez brutale. Mais ce n’était pas forcé, d’après les gémissements de plaisir qui sortaient de la bouche de Mercy.
« Mon dieu, » dit Kate, en sortant du dossier photos.
« C’était quoi ? » demanda DeMarco.
« La preuve que Jeremy Branch nous a dit la vérité concernant au moins une chose : ils couchaient bien ensemble. »
Bien que le téléphone n’ait aucun accès aux contacts – il n’en avait pas besoin, vu que le téléphone ne permettait pas de passer des coups de fil – Kate remarqua qu’il y avait néanmoins quelques échanges de messages. Elle ouvrit les messages et y trouva seulement trois conversations. L’une d’entre elles était avec un contact appelé FRÉROT et il était clair qu’il s’agissait d’un échange entre Jeremy et son frère, Randy. Une autre des conversations était avec un type du nom de Chuck, où ils parlaient des célébrités avec lesquelles ils aimeraient coucher et pourquoi.
Le troisième échange de messages venait d’un contact que Jeremy avait appelé PLAN CUL. La petite photo au-dessus du nom était celle de Mercy Fuller, avec la tête légèrement penchée sur le côté et la bouche en cœur.
« Il se pourrait que j’ai trouvé quelque chose, » dit Kate.
DeMarco s’approcha d’elle et elles se mirent à lire l’échange de messages. Il y en avait beaucoup et ils s’étalaient sur plusieurs mois. La vaste majorité consistait en des messages assez longs de Mercy avec des réponses très brèves, souvent d’un seul mot, de la part de Jeremy. Plus elles lisaient, plus il devenait clair que Jeremy Branch leur avait menti. Il avait peut-être dit la vérité concernant la nature de leur relation, mais la description qu’il avait faite concernant Mercy et ses parents était complètement fausse.
Et cela soulevait une question très importante.
S’il leur avait menti à ce sujet, qu’est-ce qu’il pouvait bien leur cacher d’autre ?
Kate rentra dans la salle d’interrogatoire aussi calmement que possible. DeMarco l’accompagnait et bien qu’elle soit elle aussi énervée, elles avaient convenu que Kate allait mener ce deuxième tour d’interrogatoire. Barnes était également resté en retrait et passait quelques coups de fils en relation avec d’autres affaires en cours.
Kate s’assit en face de Jeremy, le regard vide. Elle remarqua tout de suite que Jeremy était nerveux. Ses yeux passaient de Kate à DeMarco, avant de regarder la table qui les séparait.
« La bonne nouvelle, c’est que tu mens très bien, » dit Kate. « La mauvaise, c’est que tu n’es pas particulièrement intelligent. »
Jeremy resta silencieux. Il restait assis là, l’air hagard, en attendant de voir où cette conversation allait les mener. Kate sortit le vieux téléphone de sa poche et le posa sur la table.
« Tu as laissé ça dans ta chambre chez ton père, » dit-elle. « Avec tous tes films porno. On a vu que tu avais également quelques vidéos amateurs dans ce téléphone. En voyant l’expression de ton visage, j’en déduis que tu sais déjà qu’on y a trouvé plus que des photos compromettantes. »
Jeremy restait toujours silencieux. Ce n’était pas de l’arrogance, il était tout simplement perdu. Il n’avait rien à dire. Alors Kate continua, en se disant qu’il finirait bien par parler.
« Dans ce téléphone, on a trouvé de très longues conversations entre toi et Mercy Fuller, » dit Kate. « À plusieurs reprises au cours de ces conversations, elle parle de ses parents – et surtout de son père. À un moment, elle dit même avoir le père le plus cool au monde, exception faite de ses goûts musicaux. Elle dit également qu’elle aimerait que tu les rencontres, ne serait-ce que pour goûter la succulente lasagne que prépare sa mère. Elle raconte également combien elle est excitée à l’idée d’aller à l’université et que la seule chose qu’elle craint au moment où elle partira faire ses études, c’est que ses parents se sentent seuls. Alors… Ça ne ressemble pas du tout à une fille qui déteste ses parents et encore moins à une fille qui aurait eu l’intention de les tuer. »
Jeremy tendit lentement la main vers le téléphone. Kate le prit rapidement en main et se leva de sa chaise. « Pourquoi nous as-tu menti, Jeremy ? Tu nous caches quelque chose ? »
« Non, » dit-il. « Je voulais juste que vous perdiez un peu de temps avant de vous en prendre à moi. Dans ce pays de cons, les lois sont faites pour chercher des noises à des gens comme mon frère. Mon père a également eu son lot de problèmes dans le passé. »
« Tu essayais de tenir tête aux autorités ? » demanda Kate. « Ce n’est vraiment pas une preuve d’intelligence. Tu as non seulement cherché à manipuler une enquête locale en faisant perdre son temps à la police, mais tu as aussi entravé une affaire fédérale. Et vu la quantité de drogues que j’ai retrouvée chez ton frère, ta petite comédie – ton histoire à la con – pourrait t’attirer de gros ennuis. »
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