« On est en pleine journée, » dit Kate. « Est-ce que vous pensez qu’il sera chez lui ? »
« Oui. Il répare de petits moteurs et des trucs dans le genre dans son garage. » Barnes consulta sa montre et sourit. « Il est quinze heures trente, alors je parie qu’il a déjà commencé à picoler. Si j’étais vous, j’irais tout de suite… avant qu’il soit complètement saoul. Vous voulez que je vous accompagne ? C’est un peu un péquenaud. Je ne sais pas comment le dire d’autre. En voyant deux femmes arriver chez lui, il ne va pas vous prendre au sérieux. »
« Ça s’annonce bien, » dit Kate. « Venez avec nous, shérif. Plus on est de fous, plus on rit. »
Elle connaissait bien le genre d’hommes que Barnes venait de leur décrire. Elle en avait déjà rencontré beaucoup, surtout dans le Sud. Il y avait des endroits où les hommes semblaient ne pas avoir évolué et où ils manquaient non seulement de respect aux femmes mais ils étaient également incapables de les considérer comme des égales… même si elles portaient un badge et une arme.
Ils quittèrent le commissariat ensemble et se dirigèrent vers la voiture que DeMarco avait conduite depuis Washington. Waouh, c’était seulement ce matin, pensa-t-elle.
Elle repensa à Allen et aux projets qu’il avait faits pour eux – une escapade dans les montagnes pour déguster du vin, faire la grasse matinée et d’autres choses dans un lit qui n’avaient rien à voir avec le fait de dormir.
Et bien qu’elle soit encore un peu triste à l’idée d’avoir raté ce moment, elle devait également admettre qu’elle se sentait enthousiaste à la perspective de cette affaire qui commençait à prendre forme. Elle avait encore du boulot pour parvenir à maintenir un bon équilibre entre sa vie privée et ses activités au FBI, mais à cet instant présent, elle avait l’impression d’être exactement à l’endroit où elle devait être.
La propriété de Floyd Branch était l’incarnation même de tous les stéréotypes sudistes. Au moment où DeMarco gara la voiture dans l’allée recouverte de graviers, une dizaine de chansons country vinrent en tête à Kate en voyant le mobile home de Floyd Branch, son jardin et ses quelques possessions éparpillées.
Le jardin était à peine mieux entretenu que celui qu’elles avaient vu chez Jeremy. Des morceaux de pelouse autour du mobile home avaient été tondus, avec des herbes mortes à certains endroits. La tondeuse – un vieux tracteur avec un capot rouillé – était garée juste à côté d’un appentis à l’arrière de la maison. Deux épaves de pick-up – dont il manquait toute la partie arrière – étaient posées sur des blocs en béton à côté de l’appentis. Il y avait également un enclos pour chiens, fait de planches en bois, de quelques poteaux en métal et de grillage. Quand ils furent garés et qu’ils sortirent de voiture, ils entendirent grogner deux pit bulls à l’intérieur de l’enclos.
Kate, DeMarco et Barnes n’avaient fait que quelque pas avant qu’un homme d’âge moyen et à l’allure squelettique sorte de l’appentis. Il portait un balai en main et regardait d’un air fâché en direction de l’enclos, en insultant ses chiens. Il remarqua ensuite qu’il avait de la visite. Sa colère retomba et il jeta le balai dans l’appentis, comme s’il était gêné de l’avoir en main.
« Bonjour, shérif. »
« Bonjour, Floyd. Comment vas-tu ? »
« Bien, j’imagine. Je travaille sur une vieille moto pour la famille Wells. Ce truc est bon pour la casse mais il m’a déjà payé, alors… »
Il s’interrompit, visiblement distrait en voyant les deux femmes qui se trouvaient de part et d’autre de Barnes. Il avait l’air surpris et légèrement excité. Non pas parce qu’il y avait des femmes sur sa propriété, mais plutôt parce que c’était quelque chose d’inattendu – quelque chose de nouveau et qui sortait de l’ordinaire.
« Floyd, ces deux femmes sont des agents du FBI. Elles aimeraient te poser quelques questions. »
« Le FBI ? Mais pourquoi ? Je n’ai rien fait de mal. »
« Oh, je ne pense pas non plus, » dit Barnes. « Mais dis-moi, Floyd : à quand remonte la dernière fois où tu as parlé à Jeremy ? »
« Ah merde, qu’est-ce qu’il a fait ? »
« On ne sait pas encore, » dit Kate. « Peut-être rien du tout. Mais nous sommes venus ici pour nous en assurer. »
« Il sortait avec Mercy Fuller, » dit Barnes. « La fille d’Alvin et de Wendy. Il est actuellement au commissariat pour être interrogé. Je préférais que tu le saches. »
« Quoi ? Merde, shérif. » Floyd haussa les épaules et secoua la tête. « Mais ce n’est pas étonnant. Ce garçon ne me raconte jamais rien. Ça fait probablement trois semaines que je ne l’ai pas vu. Il est resté quelques jours chez moi pendant que Randy s’occupait de ses affaires. Mais je suis presque sûr qu’il est venu ici il y a quelques jours, quand j’étais au bar. Il a laissé la lumière allumée dans sa chambre. Il vient parfois ici pour regarder des films. Principalement des films porno, j’imagine. Un vrai petit barjo. »
« Et il ne vous a jamais parlé de Mercy Fuller ? » demanda Kate.
« Non. En fait, on se parlait à peine. Parfois un peu de football. De la tripotée qu’allaient se prendre les Redskins. Il posait parfois des questions sur sa mère mais je n’avais pas envie de parler de ça, vous voyez ? » Il s’interrompit soudain, comme s’il venait subitement d’avoir une idée. « Merde. Les Fuller ? J’ai entendu parler de ce qui leur est arrivé. Est-ce que Mercy a aussi été tuée ? »
« Non, » dit Barnes. « Mais elle a disparu. »
« On a parlé à Jeremy de la relation qu’il avait avec elle, » dit Kate. « Il nous a dit que Mercy n’aimait pas ses parents et il pense que Mercy a quelque chose à voir avec leur assassinat. »
« Je ne vois pas pourquoi il mentirait à ce sujet, » dit Floyd. Il n’avait pas l’air choqué par une telle accusation. En fait, il avait l’air plutôt détaché par rapport à toute la situation, comme si ça ne le concernait pas du tout. « Ils sortaient ensemble ? »
« Jeremy nous a dit que c’était uniquement sexuel, » dit DeMarco. « Mais il nous a également dit qu’elle se confiait à lui – et qu’elle lui avait dit qu’elle haïssait ses parents. Qu’elle avait envie de les tuer. »
« Excusez-moi de vous poser une question aussi stupide, » dit Floyd, « mais pourquoi vous êtes là ? Shérif Barnes… vous connaissez probablement mieux Jeremy que moi. »
« Est-ce que Jeremy avait une chambre chez vous ? » demanda Kate.
« Oui. La dernière au bout du couloir. »
« Est-ce qu’on peut aller y jeter un coup d’œil ? »
Floyd hésita un instant, en ne sachant pas quoi répondre. Il regarda Barnes comme s’il cherchait une aide ou une forme de soutien.
« Tu as quelque chose dans ce mobile home qui ne devrait pas s’y trouver, Floyd ? » demanda Barnes.
Au lieu de répondre à la question de manière directe, Floyd se contenta de demander : « Vous allez seulement dans la chambre de Jeremy, c’est bien ça ? »
« Pour l’instant, oui, » dit Barnes, d’un ton sceptique. « Merci, Floyd. »
Barnes accompagna Kate et DeMarco jusqu’au mobile home. En montant les marches branlantes qui menaient au porche, Kate jeta un rapide coup d’œil en direction de Floyd Branch. Il se dirigeait à nouveau vers son appentis, visiblement indifférent à la conversation qu’ils venaient d’avoir.
« Il n’était pas aussi désagréable que ça, finalement, » dit Kate.
« Il n’a pas encore commencé à picoler, c’est pour ça. »
Ils entrèrent dans le mobile home et Kate fut surprise par ce qu’elle vit. Elle s’était attendue à ce que l’intérieur soit dans un état lamentable, en désordre et encombré. Mais apparemment, Floyd possédait très peu de choses et l’endroit était assez bien rangé, bien qu’il y flotte le même genre d’odeur que Kate avait sentie dans le mobile home de son fils : une odeur de bière et une odeur âcre qui devait probablement être des restes de marijuana.
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