Ne revendiquez pas le crédit pour vous seul.
Ne détournez pas la prescription.
Ne rabaissez pas les dieux au niveau des démons.
Ne cherchez pas à faire de la souffrance l’auxiliaire du bonheur.
7. Exposé des instructions relatives
à l’entraînement de l’esprit
Tous les Yogas seront accomplis par un seul.
La répression de tout méfait est effectuée par une
seule méthode.
L’une au début, l’autre à la fin, deux tâches doivent
être accomplies.
Que l’un ou l’autre advienne [abondance ou
dénuement], dans les deux cas, soyez patients.
Préservez les deux plus précieusement que votre vie.
Mettez en application les trois instructions difficiles.
Lorsqu’apparaissent les facteurs perturbateurs
de l’esprit :
1. Prenez conscience de leur présence,
2. Contrez-les,
3. Coupez-en le cours.
Pourvoyez aux trois principales causes :
1. Rencontrer un Maître,
2. Pratiquer le Dharma,
3. Réunir les conditions favorables.
Méditez les trois non-dégénérescences :
1. Dévotion respectueuse,
2. Joie,
3. Autodiscipline.
Soyez munis des trois inséparables.
Envers les [divers]objets, exercez-vous
à une parfaite impartialité.
Que toutes les pratiques vous soient chères dans leur
étendue et leur profondeur.
Sur les plus particuliers, méditez continuellement.
Ne soyez pas dépendants des circonstances.
Pratiquez surtout maintenant.
Ne faites pas tout à l’envers :
– Patience,
– Inclination,
– Saveur,
– Compassion,
– Affection,
– Réjouissance.
Ne soyez pas pratiquant par intermittence.
Pratiquez avec conviction, jusqu’au tréfonds
de votre être.
Libérez-vous par l’analyse et le jugement.
Ne vous vantez pas [lorsque vous avez fait le bien].
Ne vous montrez pas irritable et soyez sans rancune.
Ne soyez pas instables.
Ne recherchez pas la notoriété.
Je conclurai par les mots exprimant mon inébranlable confiance en l’esprit d’éveil :
Parce qu’elles étaient la source de mes nombreuses
aspirations personnelles,
Ne faisant cas ni des souffrances, ni des propos
malveillants,
J’ai reçu les instructions sur la manière de dominer
l’ignorance et l’égoïsme.
A présent, même si je meurs, je n’aurai pas de regret.
L’enseignement exposé ici est une méthode bouddhiste d’entraînement de l’esprit (Tib. Lo djong – lo signifie «esprit» et djong «entraîner, exercer»).
Cet entraînement a pour but d’opérer une transformation de l’esprit dirigée dans un sens bien précis. L’esprit peut effectivement être exercé à l’accomplissement d’actions défavorables, mais il peut aussi être formé à l’acquisition de vertus. Par l’étude de ce qui suit, notre propos sera donc d’amener l’esprit à se détourner de tout ce qui est négatif et nuisible afin de l’orienter positivement, c’est-à-dire vers des actes vertueux.
Cet exercice de l’esprit peut être comparé à un entraînement physique. Si celui-ci nous fait défaut, notre corps manque de souplesse et de force. Il nous est difficile de le plier à notre volonté. Mais lorsque nous l’avons bien entraîné, il devient agile et vigoureux de sorte qu’il peut obéir à tout ce que nous lui commandons. Nous constatons alors le développement manifeste de nos capacités physiques et l’amélioration de nos performances ne fait aucun doute.
Nous pouvons transformer notre esprit de la même façon. Dans un premier temps, nous rencontrerons beaucoup de difficultés, mais à terme, si nous fournissons les efforts nécessaires, nous obtiendrons des réalisations sans limite.
Plus concrètement, à quoi allons-nous exercer notre esprit ? Quelle sorte d’entraînement cet enseignement nous propose-t-il ? L’élimination de toute attitude égoïste jusqu’au point où nous serons capables de renoncer à nous-mêmes, de nous sacrifier sans peine au profit de tous les autres êtres vivants.
L’esprit peut être développé de très nombreuses façons. Le texte que nous allons étudier ici est divisé en sept points dont la signification a été enseignée par le Bouddha lui-même puis transmise aux grands sages et pandits (érudits) indiens, et, de là, jusqu’aux lignées de Maîtres tibétains. Leur auteur est un Maître tibétain, un Guéshé de la tradition Kadampa du nom de Tchékawa.
Les sept parties qui le composent sont les suivantes :
– La première traite des pratiques préliminaires ;
– La deuxième inclut les deux aspects de
Bodhicitta, l’esprit d’éveil : l’esprit d’éveil
conventionnel et l’esprit d’éveil ultime ;
– La troisième expose la manière de transfor- mer les conditions adverses en méthode permettant de progresser sur la voie conduisant à l’état de Bouddha ;
– La quatrième consiste à appliquer les «cinq
pouvoirs» à toutes nos actions (nous verrons
ultérieurement ce dont il s’agit précisément) ;
– La cinquième décrit les signes qui se mani-
festent lorsque l’esprit a dûment été exercé ;
– La sixième énonce les préceptes et engagements
qu’il convient d’observer parallèlement à une
pratique d’entraînement de l’esprit ;
– La septième, enfin, donne les instructions né-
cessaires à l’accomplissement de cette pratique.
Avant d’aborder la pratique proprement dite, nous devons méditer sur la rareté et la valeur de notre précieuse existence humaine, puis sur son impermanence et sur la loi de causalité (c’est-à-dire la loi du Karma : les actions et leurs résultats).
Si, n’ayant pas au préalable médité sur ces points, nous n’en avons pas acquis la réalisation, il nous sera très difficile de mener à bien des contemplations sur la souffrance de tous les êtres, de faire naître l’esprit d’éveil… parce que feront défaut les fondations solides sur lesquelles ces développements doivent s’appuyer. De même, si l’on veut enseigner, l’intention, si pure et noble soit-elle, ne suffit pas. Il faut d’abord avoir acquis une base solide en ayant bien étudié soi-même.
Les pratiques préliminaires sont très importantes. A ce propos, le texte dit :
Tout d’abord, appliquez-vous à l’accomplissement des préliminaires.
Nous devons donc y consacrer tous nos efforts.
Méditer sur la difficulté d’obtenir une précieuse existence humaine disponible et qualifiée
Pour ce faire, il nous faudra, en premier lieu, prendre conscience de la valeur de la précieuse vie humaine que nous avons obtenue à présent. Elle est, en effet, dotée de possibilités illimitées, non pas du fait de sa constitution physique, mais parce que l’intelligence qui la caractérise la différencie de toutes les autres espèces vivantes animées. Grâce à cette intelligence, tout devient possible.
Nombreux sont ceux qui ont obtenu un précieux corps humain, mais, pour la plupart, ils n’en font pas bon usage et le gaspillent à des fins mondaines tout à fait futiles. En tout état de cause, la réussite d’une entreprise à l’intérieur du cycle des existences reste de portée très limitée. En revanche, si on utilise cette vie humaine sur la voie du Dharma, elle permet des développements infinis. Il est par conséquent essentiel de réaliser que la précieuse existence humaine dont nous disposons à présent nous offre des perspectives sans limites.
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