Ursula Le Guin - L'autre côté du rêve

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L'autre côté du rêve: краткое содержание, описание и аннотация

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Lorsque George Orr dort, il rêve, comme tout le monde. Mais lorsqu’il se réveille, au contraire de tout le monde, il découvre que ses rêves ont changé l’univers.
Et parce qu’il lui arrive aussi de faire des cauchemars, le monde réel se trouve ravagé par des guerres nucléaires et envahi par des extraterrestres.
George Orr doit-il se débarrasser d’un aussi terrifiant pouvoir ? Ou bien doit-il l’utiliser dans l’intention redoutable d’améliorer le monde ?
Un des grands romans d’Ursula Le Guin, la grande dame de la science-fiction américaine, qui a obtenu plusieurs fois les prix Hugo et Nebula.

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Il faisait frais et plutôt sombre à l’intérieur. Un pilier de la rampe de l’autoroute formait un mur, une surface large et nue de béton, comme dans une cave sous-marine. Du fond de l’obscurité, des meubles volumineux, de nombreuses peintures abstraites et des imitations de rouets antiques qui devenaient maintenant de véritables antiquités, bien qu’ils fussent toujours aussi inutiles, de ces lointaines étendues ténébreuses, émergea une silhouette énorme qui semblait flotter doucement en avant, silencieuse et reptilienne. Le propriétaire était un Étranger. Il leva son bras gauche replié.

— Bonjour, dit-il. Désirez-vous un objet ?

— Merci, je regardais simplement.

— Veuillez continuer cette activité, déclara le propriétaire.

Il recula légèrement dans l’ombre et demeura immobile. Orr regarda la lumière jouer sur quelques vieilles plumes de paon défraîchies, examina un projecteur amateur datant de 1950, un service à saké bleu et blanc, une pile de Mad magazine , d’un prix assez élevé. Il soupesa un lourd marteau d’acier et admira son équilibre ; c’était un outil ouvragé avec soin, agréable à tenir.

— Est-ce vous qui choisissez tout ceci ? dit-il au propriétaire, en se demandant ce que les Étrangers pouvaient trouver d’intéressant dans toutes ces épaves qui provenaient des années prospères de l’Amérique.

— Ce qui arrive est acceptable, répondit l’Étranger.

C’était un point de vue intéressant.

— J’aimerais que vous m’expliquiez quelque chose. Dans votre langue, quelle est la signification du mot iahklu’ ?

Le propriétaire s’avança lentement, faisant prudemment glisser sa grande armure en forme de carapace parmi les objets fragiles.

— Incommunicable. Le langage utilisé pour la communication avec des personnes individuelles ne contient pas d’autres formes de relations. Jor Jor.

Sa main droite, une large extrémité verdâtre, comme une nageoire, s’avança en un geste lent et un peu maladroit.

— Tiua’k Ennbe Ennbe, dit-il.

Orr lui serra la main. L’autre resta immobile, paraissant le dévisager, bien qu’on ne vît pas d’yeux derrière le casque teinté de noir et apparemment rempli de vapeur. Si c’était un casque ! Y avait-il en fait quelque chose de substantiel dans cette carapace verte, dans cette imposante armure ? George n’en savait rien. Mais il se sentait, malgré tout, parfaitement à l’aise en compagnie de Tiua’k Ennbe Ennbe.

— Je ne pense pas, dit-il brusquement, que vous ayez jamais connu quelqu’un du nom de Lelache ?

— Lelache ? Non. Vous cherchez Lelache ?

— Je l’ai perdue.

— Des rencontres dans la brume, déclara l’Étranger.

— C’est à peu près cela, répondit Orr.

Il prit, sur la table encombrée qui se trouvait devant lui, un buste blanc de Franz Schubert d’environ six centimètres de haut, probablement la récompense donnée par un professeur de piano à un élève. Sur le socle, l’élève avait écrit : Comment, moi, désolé ? Le visage de Schubert était doux et impassible, comme un minuscule Bouddha en méditation.

— Combien coûte ceci ? demanda Orr.

— Cinq nouveaux cents , répondit Tiua’k Ennbe Ennbe.

Orr sortit une pièce de sa poche.

— Y a-t-il un moyen de contrôler le iahklu’ , de le faire aller dans la direction où il… devrait aller ?

L’Étranger prit la pièce et se dirigea majestueusement vers une caisse enregistreuse en métal chromé dont Orr avait pensé qu’elle était à vendre comme antiquité. L’Étranger encaissa l’argent et resta immobile un instant.

— Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-il. Beaucoup de mains rendent le travail léger.

Il s’arrêta, apparemment peu satisfait de ses efforts pour résoudre les problèmes de communication. Il ne bougea pas pendant une demi-minute, puis se dirigea vers la vitrine et, avec des gestes raides, mais prudents et très précis, il prit l’un des disques qui étaient étalés et l’apporta à Orr. C’était un disque des Beatles : With a little help from my friends.

— Cadeau, dit-il. Est-il acceptable ?

— Oui, répondit Orr en prenant le disque. Merci… merci beaucoup. C’est vraiment gentil de votre part. Je vous suis très reconnaissant.

— Un plaisir, dit l’Étranger.

Bien que la voix mécanique fût sans timbre et que l’armure restât impassible, Orr fut certain que Tiua’k Ennbe Ennbe était en fait très content de lui faire ce cadeau ; lui-même était très touché.

— Je pourrai passer ce disque sur l’appareil de mon propriétaire ; il a un vieil électrophone, dit-il. Merci beaucoup !

Ils se serrèrent de nouveau la main, et George sortit.

« Après tout, pensa-t-il en remontant vers Corbett Avenue, il n’est pas surprenant que les Étrangers soient de mon côté. Dans un sens, c’est moi qui les ai créés. Je ne sais pas dans quel sens, bien sûr. Mais ils n’étaient pas là jusqu’à ce que je rêve d’eux, jusqu’à ce que je les fasse exister. Et ainsi, il y a – il y a toujours eu – un rapport entre nous.

» Évidemment (ces pensées se développaient pendant qu’il marchait), si c’est vrai, alors, le monde entier sous sa forme actuelle doit être de mon côté, puisque je l’ai presque entièrement rêvé, lui aussi. Eh bien, après tout, il est de mon côté. Je veux dire : je suis une partie du monde. Je n’en suis pas séparé. Je marche sur le sol et le sol est foulé par moi, je respire l’air et je le change, je suis entièrement relié au monde.

» Seul Haber est différent, et plus différent à chacun de mes rêves. Il est contre moi : mes rapports avec lui sont négatifs. Et cet aspect du monde dont il est responsable, qu’il m’a ordonné de rêver, c’est celui auquel je me sens étranger, envers lequel je suis impuissant…

» Ce n’est pas qu’il soit mauvais. Il a raison, on devrait essayer d’aider les autres. Mais cette comparaison avec le sérum antivenimeux était fausse. Il parlait d’une personne rencontrant une autre personne qui souffrait. C’est différent. Peut-être ce que j’ai fait, ce que j’ai fait en avril, il y a quatre ans… Était-il justifié… (Mais ses pensées s’écartèrent, comme toujours, de ce terrain brûlant.) On doit aider son prochain. Mais il n’est pas bon de jouer à Dieu avec des masses d’êtres humains. Pour être Dieu, on doit savoir ce que l’on fait. Et faire du bien en croyant simplement que vous avez raison et que vos motifs sont justes ne suffit pas. Vous devez… être en contact. Or, Haber n’est pas en contact. Pour lui, personne d’autre, aucune chose n’a d’existence propre ; il ne voit le monde que comme un moyen d’arriver à ses fins. Cela ne fait aucune différence si ses fins sont bonnes ; nous ne disposons que des moyens… Il ne peut pas accepter, il ne peut pas laisser vivre, laisser aller le monde. Il est fou… Il pourrait nous entraîner tous avec lui, hors de contact, s’il réussissait à rêver comme moi. Que puis-je faire ? »

En se posant cette question, il arriva devant la vieille maison de Corbett Avenue.

Il descendit au sous-sol pour emprunter le tourne-disque de Mannie Ahrens, le gérant. Cela l’obligea à prendre une tasse de thé au cannabis. Comme Orr n’avait jamais fumé et que la moindre inhalation le faisait tousser, Mannie lui préparait toujours des infusions. Ils discutèrent un peu des affaires du monde. Mannie détestait les rencontres sportives ; il restait chez lui et regardait chaque après-midi les émissions éducatives du CMP pour les enfants qui étaient encore trop jeunes pour aller dans les Centres Pédagogiques.

— La poupée alligator, Dooby Doo, elle est vraiment chouette ! dit-il.

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