Jonathan Littell - Les Bienveillantes
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La hiérarchie commençait à percevoir ce fait et à le faire entrer en ligne de compte. Comme me l'avait expliqué Eichmann, on étudiait de nouvelles méthodes. Quelques jours après sa visite arriva à Kiev un certain Dr. Widmann, venu nous livrer un camion d'un nouveau genre. Ce camion, de marque Saurer, était conduit par Findeisen, le chauffeur personnel de Heydrich, un homme taciturne qui refusa obstinément, malgré de nombreuses sollicitations, de nous expliquer pourquoi il avait été choisi pour ce voyage. Le Dr. Widmann, qui dirigeait lui la section chimie de l'Institut de criminologie technique, rattaché à la Kripo, fit une longue présentation pour les officiers: «Le gaz, déclara-t-il, est un moyen plus élégant». Le camion, hermétiquement clos, se servait de ses propres gaz d'échappement pour asphyxier les gens enfermés dedans; cette solution, en effet, ne manquait ni d'élégance, ni d'économie. Comme nous l'expliqua Widmann, on avait essayé autre chose avant d'en venir là; lui-même avait conduit des expériences à Minsk, sur les patients d'un asile, en compagnie de son Amtchef, le Gruppenführer Nebe; un test aux explosifs avait donné des résultats désastreux. «Indescriptible. Une catastrophe». Blobel se montrait enthousiaste: ce nouveau jouet lui plaisait, il avait hâte de l'étrenner. Hafner objecta que le camion ne contenait pas grand-monde – le Dr. Widmann nous avait dit cinquante, soixante personnes au plus -, ne fonctionnait pas très vite, et paraissait donc peu efficace. Mais Blobel balaya ces réserves: «On gardera ça pour les femmes et les enfants, ça sera très bien pour le moral des troupes». Le Dr. Widmann dîna avec nous; après, devant le billard, il nous raconta comment la chose avait été inventée: «En fait c'est le Gruppenführer Nebe qui a eu l'idée. Un soir, à Berlin, il avait un peu trop bu, et il s'est endormi dans sa voiture, dans son garage, le moteur tournait et il a failli mourir. Nous, on planchait déjà sur un modèle de camion, mais on comptait utiliser du monoxyde de carbone en bouteilles, ce qui n'est pas du tout praticable dans les conditions de l'Est. C'est le Gruppenführer, après son accident, qui a songé à utiliser le gaz du camion lui-même. Une idée brillante». Il tenait l'anecdote de son supérieur, le Dr. Heess, qui la lui avait racontée dans le métro. «Entre Wittemberg-Platz et Thiel-Platz, précisément J'étais très impressionné». Depuis plusieurs jours déjà, Blobel dépêchait des Teilkommandos hors de Kiev pour nettoyer les petites villes, Péréïaslav, Iagotine, Koselets, Tchernigov, il y en avait beaucoup. Mais les Teilkommandoführer désespéraient: après une action, s'ils repassaient dans une ville, ils y retrouvaient encore plus de Juifs; ceux qui s'étaient cachés revenaient après leur départ Ils se plaignaient que cela bouleversait toutes leurs statistiques. Le Kommando, d'après les totaux cumulés de Blobel, avait liquidé cinquante et un mille personnes, dont quatorze mille sans aide extérieure (c'est-à-dire sans les bataillons Orpos de Jeckeln). On formait un Vorkommando pour entrer à Kharkov et je devais en être; entretemps, comme je n'avais plus rien à faire à Kiev (l'Ek 5 avait repris toutes nos fonctions), Blobel me demanda d'aller appuyer les Teil-kommandos par des inspections. Les pluies commençaient et dès qu'on passait le Dniepr gonflé, on sombrait dans la boue. Les camions, les voitures dégoulinaient d'une boue noire et grasse, pétrie de brins de paille car les soldats pillaient les meules en bord de route pour étaler le foin devant les véhicules, inutilement. Il me fallut deux jours pour rejoindre Hafner à Péréïaslav, tracté la plupart du temps par des engins à chenilles de la Wehrmacht, et crotté jusqu'aux yeux à force de patauger pour pousser l'Admiral. Je passai la nuit dans un petit village avec quelques officiers d'une division d'infanterie qui montait au front depuis Jitomir, des hommes épuisés, qui voyaient venir l'hiver avec angoisse et se demandaient quel était l'objectif ultime. Je me gardai bien de leur parler de l'Oural; on ne pouvait même plus avancer jusqu'à Kharkov. Ils se plaignaient des nouvelles recrues, envoyées d'Allemagne pour remplacer les pertes, mais mal entraînées et au feu vite prises de panique, du moins plus facilement qu'avant Le matériel tombait en morceaux: les charrettes allemandes modernes, avec pneus en caoutchouc et roulements à billes, se disloquaient sur les pistes, ils les remplaçaient par des panje pris aux paysans, presque indestructibles. Les beaux chevaux allemands, hongrois ou irlandais avec lesquels ils avaient commencé la campagne mouraient en masse; seuls survivaient les petits poneys russes, qui mangeaient n'importe quoi, des pousses de bouleau, la paille du toit des isbas; mais ils étaient trop légers pour les gros travaux de portage, et les unités abandonnaient des tonnes de munitions et d'équipement. «Chaque soir, les hommes se font la guerre pour trouver un toit ou un trou à moitié sec. Tout le monde a les uniformes en loques, pleins de poux, on ne reçoit plus rien, et même presque plus de pain». Les officiers eux-mêmes manquaient de tout: plus de rasoirs, de savon, de dentifrice, plus de cuir pour réparer les bottes, plus d'aiguilles, plus de fil. Il pleuvait jour et nuit et ils perdaient bien plus d'hommes du fait des maladies – dysenterie, jaunisse, diphtérie – qu'au feu. Les malades devaient marcher jusqu'à trente-cinq kilomètres par jour, car il n'y avait pas de moyens de les transporter et si on les laissait seuls dans les villages, les partisans venaient les tuer. Les partisans, maintenant, proliféraient comme les poux; il semblait y en avoir partout, et les estafettes ou les liaisons isolées disparaissaient dans les bois. Pourtant j'avais aussi remarqué parmi les soldats de nombreux Russes en uniforme allemand, avec le brassard blanc des Hilfswillige. «Les Hiw i? répondit un officier à qui je fis la remarque. Non, on n'a pas réellement le droit. Mais on le prend, on n'a pas le choix. Les types, c'est des civils volontaires ou des prisonniers. Ils font tout le travail des bagages et de l'échelon B; ça ne se passe pas trop mal, ils ont plus l'habitude de ces conditions que nous. Et puis l'état-major s'en fout, ils ferment les yeux. De toute façon ils ont dû nous oublier. On va arriver à Poltava et ils ne sauront même plus qui on est». – «Mais vous n'avez pas peur que des partisans en profitent pour vous infiltrer et informer les Rouges sur vos mouvements?» Il haussa les épaules avec un air las et dégoûté. «Si ça les amuse… De toute façon, il n'y a pas un Russe à cent kilomètres à la ronde. Pas un Allemand non plus. Personne. La pluie et la boue, c'est tout». Cet officier paraissait entièrement découragé; mais il me montrait aussi comment nettoyer la boue de mon uniforme, c'était utile et je ne voulais pas le contredire. «Vous devez d'abord faire sécher la boue près du poêle, puis vous la grattez avec un couteau, voyez, puis avec une brosse métallique; alors seulement vous pouvez laver l'uniforme. Pour les sous-vêtements, vous devez impérativement les faire bouillir». J'assistai à l'opération: c'était hideux, les poux se détachaient dans l'eau bouillante par grappes entières, épais, gonflés. Je compris mieux la colère rentrée de Hafner lorsque j'arrivai enfin à Péréïaslav. Il avait avec lui trois Untersturmführer, Ott, Ries et Dammann, qui n'accomplissaient pas grand-chose car ils ne pouvaient presque pas quitter la ville tant les routes étaient impossibles. «Il nous faudrait des blindés! s'exclama Hafner en me voyant. Bientôt on ne pourra même plus rejoindre Kiev. Tenez, ajouta-t-il avant de se détourner sèchement, c'est pour vous. Toutes mes félicitations.» C'était un télétype de Blobel, confirmant ma promotion; j'avais aussi reçu la Croix du service de guerre, 2e classe. Je suivis Häfner dans l'école qu'occupait le Teilkommando et cherchai un endroit où poser mes affaires. Tout le monde, soldats et officiers, dormait dans le gymnase; les salles de classe servaient de bureaux. Je me changeai et allai retrouver Hafner, qui me fit un rapport sur les déboires de ses adjoints: «Vous voyez ce village, Zolotonocha? Il y aurait apparemment plus de quatre cents Juifs, là. Dammann a essayé par trois fois de s'y rendre; trois fois il a dû faire demi-tour, et encore, la dernière fois, il a même failli ne pas pouvoir rentrer. Les hommes deviennent mauvais». Le soir, il y avait de la soupe et le mauvais Kommissarbrot noir de la Wehrmacht, et on se couchait tôt. Je dormis mal. Un des Waffen-SS, à quelques mètres de ma paillasse, grinçait des dents, un bruit atroce qui hérissait les nerfs; à chaque fois que je m'assoupissais, il me réveillait; cela me mettait hors de moi. Je n'étais pas le seul: des hommes lui criaient dessus, j'entendis des coups et vis qu'on le battait, mais ça n'y faisait rien, le son horripilant continuait, ou bien cessait pour reprendre quelques instants plus tard. «C'est comme ça toutes les nuits, grogna Ries qui dormait à côté de moi. Je deviens fou. Je vais l'étrangler un de ces jours». Enfin je m'assoupis et je fis alors un rêve étrange, frappant. J'étais un grand Dieu-calmar et je régnais sur une très belle ville murée faite d'eau et de pierre blanche. Le centre, surtout, était entièrement d'eau, et de hauts immeubles s'élevaient autour. Ma ville était peuplée d'humains, qui me vénéraient; et j'avais délégué une partie de mon pouvoir et de mon autorité à l'un d'entre eux, mon Serviteur. Mais un jour je décidai que je voulais tous ces humains hors de ma ville, au moins pour un temps. Le mot d'ordre fusa, propagé par mon Serviteur, et immédiatement des foules se mirent à fuir par les portes de la ville, pour aller attendre dans des taudis et des cahutes entassées dans le désert au-delà des murs. Mais ils n'allaient pas assez vite à mon goût et je commençai à me débattre violemment, faisant bouillonner l'eau du centre avec mes tentacules, avant de les replier et de me ruer sur des essaims d'humains terrifiés, fouaillant et rugissant de ma voix terrible: «Dehors! Dehors! Dehors!» Mon Serviteur courait furieusement de tous les côtés, commandait, guidait, instruisait les retardataires, et de cette manière la ville se vidait. Mais dans les demeures les plus proches des murs, et les plus éloignées des eaux où je déchargeais ma rage divine, des groupes d'humains ne tenaient pas compte de mes commandements. C'étaient des étrangers, pas réellement conscients de mon existence, de mon pouvoir sur cette cité. Ils avaient entendu les ordres d'évacuation, mais les trouvaient ridicules et n'y prêtaient pas attention. Mon Serviteur dut aller voir ces groupes un par un, pour les convaincre diplomatiquement de partir: telle cette conférence d'officiers finlandais, qui protestaient parce qu'ils avaient loué l'hôtel et la salle de conférence et payé d'avance, et n'allaient pas partir comme ça. Avec ceux-ci, mon Serviteur devait mentir avec finesse, leur dire par exemple qu'il y avait une alerte, un grave danger extérieur, et qu'ils devaient évacuer pour leur propre sécurité. Je trouvais cela grandement humiliant, car la vraie raison était ma Volonté, ils devaient partir parce que je le désirais, et non pas parce qu'on les enjôlait Ma rage croissait, je me débattais, je rugissais de plus belle, envoyant d'énormes vagues s'abattre à travers la ville. Lorsque je me réveillai la pluie continuait à ruisseler derrière les vitres. Au petit déjeuner on nous servit du Kommissarbrot, de la margarine à base de charbon de la Ruhr, assez goûteuse, du miel synthétique fait avec de la résine de pin, et l'affreux ersatz de thé Schlüter, dont les paquets identiques ne contenaient jamais deux fois les même ingrédients. Les hommes mangeaient en silence. Ries, maussade, m'indiqua un jeune soldat penché sur son thé: «C'est lui». – «Quoi, lui?» Ries imita un grincement de la mâchoire. Je regardai de nouveau: c'était presque un adolescent, il avait le visage creux, tacheté d'acné, et les yeux perdus dans des cernes immenses. Ses camarades le rudoyaient, ils l'expédiaient aux corvées en l'injuriant, lui donnaient des taloches s'il n'allait pas assez vite. Le garçon ne disait rien. «Tout le monde rêve qu'il se fasse tuer par les partisans, me confia Ries. On a tout essayé, tout, on l'a même bâillonné. Rien à faire,» Hafner était un homme borné mais méthodique. Il m'expliqua son plan d'action devant une carte, et me dressa une liste de tout ce qu'il lui manquait, pour que je puisse appuyer ses requêtes. J'étais censé inspecter tous les Teilkommandos; c'était manifestement impossible, et je me résignai à rester quelques jours à Péréïaslav en attendant la suite des événements. De toute façon, le Vorkommando se trouvait déjà à Poltava avec Blobel: vu l'état des routes, je ne pouvais pas espérer les rejoindre avant la chute de Kharkov. Hafner se montrait pessimiste. «Le secteur pullule de partisans. La Wehrmacht mène des battues mais n'arrive pas à grand-chose. Ils veulent qu'on les appuie. Mais les hommes sont épuisés, finis. Vous avez vu la merde qu'on mange». – «C'est l'ordinaire de l'armée. Et eux peinent beaucoup plus que nous». – «Physiquement, oui, sans doute. Mais c'est moralement que nos hommes sont à bout». Hafner avait raison et j'allais bientôt pouvoir en juger par moi-même. Ott partait avec une section de vingt hommes fouiller un village proche où l'on avait signalé des partisans; je décidai de l'accompagner. Le départ se fit à l'aube, avec un camion et un Kübelwagen, un véhicule tout-terrain, prêté pour l'occasion par la division stationnée à Péréïaslav. La pluie tombait, drue, interminable, nous étions trempés avant même de partir. L'odeur de laine mouillée emplissait le véhicule. Harpe, le chauffeur d'Ott, manœuvrait adroitement pour éviter les pires fondrières; régulièrement, les roues arrière partaient de côté dans la glaise, parfois il parvenait à contrôler le dérapage, mais souvent le véhicule se mettait complètement de travers et alors il fallait sortir le redresser; là, on s'enfonçait dans la gadoue jusqu'aux chevilles, certains y laissaient même leurs bottes. Tout le monde jurait, criait, pestait. Ott avait fait charger des planches dans le camion qu'on calait sous les roues embourbées; parfois, cela aidait; mais il suffisait que le véhicule soit mal équilibré pour qu'une des roues motrices, sans appui, tourne à vide, projetant de grandes gerbes de boue liquide. Bientôt ma capote, ma culotte furent entièrement recouvertes de boue. Certains des hommes en avaient plein le visage, on voyait juste luire leurs yeux exténués; le véhicule désembourbé, ils se rinçaient rapidement les mains et le visage dans une flaque et remontaient. Le village se trouvait à sept kilomètres de Péréïaslav; le trajet nous prit trois heures. À l'arrivée Ott dépêcha un groupe en position de blocage au-delà des dernières maisons tandis qu'il déployait les autres des deux côtés de la rue principale. Les isbas misérables s'alignaient sous la pluie, leurs toits de chaume ruisselant dans les jardinets inondés; quelques poulets détrempés s'égaillaient çà et là, on ne voyait personne. Ott dépêcha un sous-officier et le Dolmetscher pour chercher le staroste. Ils revinrent au bout d'une dizaine de minutes, accompagnés d'un petit vieux enveloppé dans une touloupe et coiffé d'un bonnet en lapin miteux. Ott l'interrogea debout sous l'averse; le vieux geignait, niait qu'il y eût des partisans. Ott se fâchait. «Il dit qu'il n'y a que des vieux ici et des femmes, traduisait le Dolmetscher. Tous les hommes sont morts ou partis». – «Dis-lui que si on trouve quelque chose on le pendra en premier!» cria Ott. Puis il envoya ses hommes fouiller les maisons. «Vérifiez le sol! Des fois ils creusent des bunkers». Je suivis un des groupes. La boue engluait autant dans l'unique ruelle du village que sur la route; on entrait dans les isbas avec des paquets de boue aux pieds, on en étalait partout. Dedans en effet on ne trouvait que des vieillards, des femmes crasseuses, des enfants pouilleux couchés sur les gros poêles en terre cuite repassés à la chaux. On ne voyait pas grand-chose à fouiller: le sol était en terre battue, sans plancher; il n'y avait presque pas de mobilier, et pas de greniers non plus, les toits reposaient à même les murs. Cela puait la crasse, le renfermé, l'urine. Derrière les maisons rangées à gauche de la ruelle commençait un petit bois de bouleaux, légèrement en surplomb. Je passai entre deux isbas et allai étudier la lisière. L'eau crépitait sur les branches et les feuilles, gonflait les feuilles mortes et pourrissantes qui tapissaient le sol; le talus glissait, il était difficile de monter. Le bois paraissait vide mais avec la pluie on ne voyait pas bien loin. Un tas de branchages curieusement animé attira mon regard: les feuilles brunâtres fourmillaient de centaines de petits scarabées noirs; dessous, il y avait des restes humains décomposés, encore revêtus de lambeaux d'uniformes bruns. Je tentai de les recouvrir, par horreur des bestioles, mais elles ne cessaient de déborder, de courir partout. Excédé, je donnai un coup de botte dans la masse. Un crâne se détacha et roula en bas du talus, semant des scarabées dans la boue. Je redescendis. Le crâne gisait contre une pierre, bien propre, nettoyé, ses orbites vides grouillaient de scarabées, les lèvres rongées laissaient à nu des dents jaunes, lavées par la pluie: et la mâchoire s'était ouverte, révélant les chairs intactes de la bouche, une grosse langue presque frétillante, rose, obscène. Je rejoignis Ott, qui se trouvait maintenant au centre du village avec le staroste et le Dolmetscher. «Demande-lui d'où viennent les cadavres dans le bois», dis-je au Dolmetscher. La chapka du vieux dégoulinait dans sa barbe, il marmottait, à moitié édenté. «Ce sont des soldats de l'Armée rouge. Il y a eu des combats dans le bois, le mois dernier. Beaucoup de soldats ont été tués. Les villageois ont enterré ceux qu'ils ont trouvés, mais ils n'ont pas fouillé partout» – «Et leurs armes?» De nouveau le Dolmetscher dut traduire. «Ils les ont données aux Allemands, il dit». Un Scharführer s'approchait et salua Ott. «Herr Untersturmführer, il n'y a rien ici». Ott était très énervé. «Fouillez encore! Je suis sûr qu'ils cachent quelque chose». D'autres soldats et des Orpo revenaient «Herr Untersturmführer, on a regardé, il n'y a rien». – «Fouillez, j'ai dit!» À ce moment-là on entendit un cri aigu un peu plus loin. Une forme indistincte courait dans la ruelle. «Là!» cria Ott. Le Scharführer épaula et tira à travers le rideau de la pluie. La forme s'effondra dans la boue. Les hommes se déployèrent pour avancer, à l'affût. «Connard, c'était une femme», fit une voix. – «C'est qui que tu traites de connard!» aboya le Scharführer. Un homme retourna le corps dans la boue: c'était une jeune paysanne, avec un foulard coloré sur la tête, et enceinte. «Elle a juste paniqué, dit un des hommes. C'était pas la peine de tirer comme ça».
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