Jonathan Littell - Les Bienveillantes

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"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif."Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.

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Au bout de quelques instants le téléphone sonna dans la cabine. Je décrochai le combiné et entendis une voix de femme. «Bonsoir, dis-je. Je voudrais parler au Dr. Mandelbrod. C'est le Sturmbannführer Aue». – «Je suis désolé, Herr Sturmbannführer. Le Dr. Mandelbrod n'est pas disponible. Puis-je prendre un message?» – «Je voudrais le voir». Je laissai le numéro de l'hôtel et remontai dans ma chambre. Une heure plus tard un garçon d'étage vint m'apporter un mot: le Dr. Mandelbrod me recevrait le lendemain, à dix heures. Les mêmes femmes, ou d'autres semblables, m'introduisirent. Dans le grand bureau clair, parcouru de chats, Mandelbrod attendait devant la table basse; Herr Leland, droit et maigre dans un costume croisé à rayures, était assis à côté de lui. Je leur serrai la main et m'assis à mon tour. Cette fois, on ne servit pas de thé. Mandelbrod prit la parole: «Je suis ravi de te voir. As-tu passé un bon congé?» Il semblait sourire dans sa graisse, «As-tu eu le temps de réfléchir à ma proposition?» – «Oui, Herr Doktor. Mais je souhaiterais autre chose. Je voudrais être versé dans la Waffen-SS et partir au front» Mandelbrod eut un léger mouvement, comme s'il haussait les épaules. Leland me fixait d'un regard dur, froid, lucide. Je savais qu'il avait un œil de verre, mais n'avais jamais pu distinguer lequel. Ce fut lui qui répondit, d'une voix rocailleuse avec une infime trace d'accent: «C'est impossible. Nous avons vu tes états médicaux: ta blessure est considérée comme une invalidité sérieuse, et tu as été classé pour le travail de bureau». Je le regardai et balbutiai: «Ils ont besoin d'hommes, enfin. On recrute partout». -»Oui, dit Mandelbrod, mais on ne prend quand même pas n'importe qui. Les règles sont les règles». – «On ne te reprendra jamais pour le service actif», martela Leland. – «Oui, continua Mandelbrod, et pour la France il y a peu d'espoir aussi. Non, tu devrais nous faire confiance». Je me levai: «Meine Herren, merci de m'avoir reçu. Je suis désolé de vous avoir dérangés». – «Mais il n'y a aucun problème, mon petit, susurra Mandelbrod. Prends ton temps, réfléchis encore». – «Mais souviens-toi, ajouta sévèrement Leland: un soldat au front ne peut pas choisir sa place. Il doit faire son devoir, quel que soit son poste».

De l'hôtel, j'envoyai un télégramme à Werner Best, au Danemark, lui disant que j'étais disposé à accepter une place dans son administration. Puis j'attendis. Ma sœur ne rappelait pas, je ne cherchai pas non plus à la contacter. Trois jours plus tard, on me porta un pli de l'Auswärtiges Amt; c'était la réponse de Best: la situation au Danemark avait changé, et il n'avait rien à me proposer pour le moment. Je froissai le pli et le jetai. L'amertume, la peur montaient, il fallait que je fasse quelque chose, sous peine de sombrer. Je rappelai le bureau de Mandelbro et laissai un message.

VI

MENUET (EN RONDEAUX)

Ce fut Thomas, vous n'en serez pas surpris, qui m'apporta le pli. J'étais descendu écouter les nouvelles au bar de l'hôtel, en compagnie de quelques officiers de la Wehrmacht. Ce devait être vers le milieu de mai: à Tunis, nos troupes avaient effectué un raccourcissement volontaire du front selon le plan préétabli; à Varsovie, la liquidation des bandes terroristes se poursuivait sans obstacles. Les officiers qui m'entouraient écoutaient d'un air morne, en silence; seul un Hauptmann manchot ricana bruyamment aux termes freiwillige Frontverkürzung et planmässig, mais il s'interrompit en croisant mon regard angoissé; comme lui et les autres aussi, j'en savais assez pour interpréter ces euphémismes: les Juifs soulevés du ghetto résistaient à nos meilleures troupes depuis plusieurs semaines, et la Tunisie était perdue. Je cherchai des yeux le garçon pour commander un autre cognac. Thomas entra. Il traversa la salle d'un pas martial, me lança cérémonieusement un salut allemand en claquant des talons, puis me prit par le bras et me tira vers une alcôve; là, il se coula sur la banquette en jetant négligemment sa casquette sur la table et en brandissant une enveloppe qu'il tenait délicatement entre deux doigts gantés. «Sais-tu ce qu'il y a dedans?» demanda-t-il en fronçant les sourcils. Je fis signe que non. L'enveloppe, je le voyais, portait l'en-tête du Persönlicher Stab des Reichsführer-SS. «Moi, je sais», continua-t-il sur le même ton. Son visage s'éclaircit: «Félicitations, cher ami. Tu caches bien ton jeu. J'ai toujours su que tu étais plus dégourdi que tu en avais l'air». Il tenait toujours le pli. «Prends, prends». Je le pris, le décachetai, et en tirai une feuille, un ordre de me présenter à la première occasion à l'Obersturmbannftihrer Dr. Rudolf Brandt, adjudant personnel du Reichsführer-SS. «C'est une convocation», dis-je assez stupidement. -

«Oui, c'est une convocation». – «Et qu'est-ce que ça veut dire?» – «Ça veut dire que ton ami Mandelbrod a le bras long. Tu es affecté à l'état-major personnel du Reichsführer, mon vieux. On va fêter ça?» Faire la fête, je n'en avais pas grande envie, mais je me laissai entraîner. Thomas passa la nuit à me payer des whiskys américains et à disserter avec enthousiasme sur l'obstination des Juifs de Varsovie. «Tu te rends compte? Des Juifs!» Quant à ma nouvelle affectation, il semblait penser que j'avais réussi un coup de maître; moi, je n'avais aucune idée de ce dont il s'agissait. Le lendemain matin, je me présentai à la SS-Haus, sise Prinz-Albrechtstrasse juste à côté de la Staatspolizei, dans un ancien grand hôtel converti en bureaux. L'Obersturmbannführer Brandt, un petit homme voûté, à l'aspect incolore et méticuleux, le visage caché derrière de grandes lunettes rondes cerclées d'écaille noire, me reçut tout de suite: il me semblait l'avoir vu à Hohenlychen, lorsque le Reichsführer m'avait décoré sur mon lit d'hôpital. Il me mit au courant, par quelques phrases lapidaires et précises, de ce qu'on attendait de moi. «Le passage du système des camps de concentration d'une finalité purement correctrice à une fonction de provision de force de travail, entamé voilà plus d'un an, ne s'accomplit pas sans heurts». Ce problème concernait à la fois les rapports entre la S S et les intervenants extérieurs, et les rapports internes au sein de la S S elle-même. Le Reichsführer souhaitait pouvoir comprendre plus précisément la source des tensions afin de les réduire et ainsi maximiser la capacité productive de ce réservoir humain considérable. Il avait en conséquence décidé de nommer un officier déjà expérimenté comme son délégué personnel pour l'Arbeitseinsatz («opération» ou «organisation du travail») «Après étude des dossiers et sur réception de plusieurs recommandations, vous avez été désigné. Le Reichsführer fait pleinement confiance à votre capacité de mener à bien cette tâche qui exigera une grande force d'analyse, un sens de la diplomatie, et un esprit d'initiative S S tel que celui dont vous avez fait preuve en Russie». Les bureaux S S concernés recevraient l'ordre de coopérer avec moi; mais ce serait à moi de m'assurer que cette coopération se passerait pour le mieux «Toutes vos questions ainsi que vos rapports, acheva Brandt, devront m'être adressés. Le Reichsführer ne vous verra que lorsqu'il estimera cela nécessaire. Il vous recevra aujourd'hui pour vous expliquer ce qu'il attend de vous». J'avais écouté sans ciller; je ne comprenais pas de quoi il parlait, mais jugeai plus politique de garder pour le moment mes questions pour moi. Brandt me demanda de patienter au rez-de-chaussée, dans un salon; j'y trouvai des revues, avec du thé et des gâteaux. Je me lassai vite de feuilleter des vieux numéros du Schwarze Korps dans la lumière tamisée de cette salle; malheureusement, on ne pouvait pas fumer dans le bâtiment, le Reichsführer l'avait interdit à cause de l'odeur, et on ne pouvait pas non plus sortir fumer dans la rue, au cas où l'on serait convoqué. On vint me chercher vers la fin de l'après-midi. Dans l'antichambre, Brandt me donna ses dernières recommandations: «Ne faites pas de commentaires, ne posez pas de questions, ne parlez que si lui vous en pose». Puis il m'introduisit. Heinrich Himmler était assis derrière son bureau; j'avançai d'un pas militaire, suivi de Brandt qui me présenta; je saluai et Brandt, après avoir tendu un dossier au Reichsführer, se retira. Himmler me fit signe de m'asseoir et consulta le dossier. Son visage paraissait étrangement vague, sans couleur, sa petite moustache et son pince-nez ne faisaient que souligner le caractère fuyant de ses traits. Il me regarda avec un petit sourire amical; lorsqu'il levait la tête, la lumière, reflétée sur les verres de son pince-nez, les rendait opaques, cachant ses yeux derrière deux miroirs ronds: «Vous avez l'air en meilleure forme que la dernière fois que je vous ai vu, Sturmbannführer». J'étais fort étonné qu'il s'en souvienne; peut-être y avait-il une note dans le dossier. Il continua: «Vous êtes pleinement remis de votre blessure? C'est bien». Il feuilleta quelques pages. «Votre mère est française, je vois?» Cela me semblait une question et je tentai une réponse: «Née en Allemagne, mon Reichsführer. En Alsace». – «Oui, mais française quand même». Il releva la tête et cette fois le pince-nez ne refléta pas la lumière, révélant des petits yeux trop rapprochés, au regard étonnamment doux. «Vous savez, je n'accepte en principe jamais d'hommes qui ont du sang étranger dans mon état-major. C'est comme la roulette russe: trop risqué. On ne sait jamais ce qui va se manifester, même chez de très bons officiers. Mais le Dr. Mandelbrod m'a convaincu de faire une exception. C'est un homme très sage, dont je respecte le jugement». Il marqua une pause. «J'avais envisagé un autre candidat pour le poste. Le Sturmbannführer Gerlach. Malheureusement il a été tué il y a un mois. À Hambourg, lors d'un bombardement anglais. Il ne s'est pas mis à l'abri à temps et il a reçu un pot de fleurs sur la tête. Des bégonias, je crois. Ou des tulipes. Il est mort sur le coup. Ces Anglais sont des monstres. Bombarder des civils, comme cela, sans discrimination. Après la victoire nous devrons organiser des procès pour crimes de guerre. Les responsables de ces atrocités devront en répondre». Il se tut et se replongea dans mon dossier. «Vous allez avoir trente ans et vous n'êtes pas marié, dit-il en redressant la tête. Pourquoi?» Son ton était sévère, professoral. Je rougis: «Je n'en ai pas encore eu l'occasion, mon Reichsführer. J'ai fini mes études juste avant la guerre». – «Vous devriez sérieusement y songer, Sturmbannführer. Votre sang est valable. Si vous êtes tué lors de cette guerre, il ne doit pas être perdu pour l'Allemagne». Mes paroles montèrent toutes seules à mes lèvres: «Mon Reichsführer, je vous demande de m'excuser, mais mon approche spirituelle de mon engagement national-socialiste et de mon service à la S S ne me permet pas d'envisager le mariage tant que mon Volk n'a pas maîtrisé les périls qui le menacent L'affection pour une femme ne peut qu'affaiblir un homme. Je dois me donner tout entier et ne pourrai partager ma dévotion avant la victoire finale,» Himmler écoutait en scrutant mon visage; ses yeux s'étaient légèrement écarquillés. «Sturmbannführer, malgré votre sang étranger, vos qualités germaniques et nationales-socialistes sont impressionnantes. Je ne sais si je peux accepter votre raisonnement: je continue à penser que le devoir de tout S S-Mann est de continuer la race. Mais je vais réfléchir à vos paroles». – «Merci, mon Reichsführer». – «L'Obersturmbannführer Brandt vous a-t-il expliqué votre travail?» – «Dans les grandes lignes, mon Reichsführer». – «Je n'ai pas grand-chose à ajouter. Surtout, usez de délicatesse. Je ne souhaite pas provoquer de conflits inutiles». – «Oui, mon Reichsführer». – «Vos rapports sont très bons. Vous avez un excellent esprit de synthèse reposant sur une Weltanschauung éprouvée. C'est ce qui m'a décidé à vous choisir. Mais attention! Je veux des solutions pratiques, pas des jérémiades». – «Oui, mon Reichsführer,» – «Le Dr. Mandelbrod vous demandera certainement de lui faire parvenir des doubles de vos rapports. Je ne m'y oppose pas. Bon courage, Sturmbannführer. Vous pouvez disposer». Je me levai, saluai et me préparai à sortir. Soudain Himmler m'interpella de sa petite voix sèche: «Sturmbannführer!» – «Oui, mon Reichsführer?» Il hésita: «Pas de fausse sentimentalité, hein?» Je restai rigide, au garde-à-vous: «Bien sûr que non, mon Reichsführer». Je saluai de nouveau et sortis. Brandt, dans l'antichambre, me lança un regard inquisiteur: «Ça s'est bien passé?» – «Je crois que oui, Herr Obersturmbannführer». – «Le Reichsführer a lu avec grand intérêt votre rapport sur les problèmes de nutrition de nos soldats à Stalingrad». – «Je m'étonne que ce rapport soit parvenu jusqu'à lui». – «Le Reichsführer s'intéresse à beaucoup de choses. Le Gruppenführer Ohlendorf et les autres Amtchefs lui transmettent souvent des rapports intéressants». Brandt me donna de la part du Reichsführer un livre intitulé Le meurtre rituel juif, de Helmut Schramm. «Le Reichsführer en a fait imprimer pour tous les officiers S S ayant au moins grade de Standartenführer. Mais il a aussi demandé qu'il soit distribué aux officiers subalternes concernés par la question juive. Vous verrez, c'est très intéressant». Je le remerciai: un livre de plus à lire, moi qui ne lisais presque plus. Brandt me conseilla de prendre quelques jours pour m'installer: «Vous n'arriverez à rien de bon si vos affaires personnelles ne sont pas en ordre. Ensuite, revenez me voir». Il m'apparut vite que le plus délicat serait la question du logement: je ne pouvais pas rester indéfiniment à l'hôtel. L'Obersturmbannführer du S S-Personal Hauptamt me proposa deux options: un logement S S pour officiers célibataires, fort peu cher, avec repas compris; ou une chambre chez l'habitant, pour laquelle je devrais payer un loyer. Thomas, lui, logeait dans un appartement de trois pièces, spacieux et très confortable, avec de hauts plafonds et des meubles anciens de prix. Vu la grave crise du logement à Berlin – les gens qui disposaient d'une pièce vide étaient en principe obligés de prendre un locataire -, c'était un appartement luxueux, surtout pour un Obersturmbannführer célibataire; un Gruppenführer marié, avec des enfants, ne l'aurait pas refusé. Il m'expliqua en riant comment il l'avait obtenu: «Ce n'est pourtant pas compliqué. Si tu veux, je peux t'aider à en trouver un, peut-être pas aussi grand, mais avec deux pièces au moins». Grâce à une connaissance travaillant à la Generalbauinspektion de Berlin, il s'était fait attribuer par mesure spéciale un appartement juif, libéré en vue de la reconstruction de la ville. «Le seul problème, c'est que c'était à condition que je paye la rénovation, environ 500 reichsmarks. Je ne les avais pas, mais j'ai réussi à me les faire allouer par Berger à titre de secours exceptionnel». Renversé sur le canapé, il promena un regard satisfait autour de lui: «Pas mal, non?» – «Et la voiture?» demandai-je en riant. Thomas possédait aussi un petit cabriolet, dans lequel il adorait sortir et passait parfois me prendre le soir. «Ça, mon vieux, c'est une autre histoire que je te raconterai un autre jour. Je t'ai bien dit, à Stalingrad, que si on s'en sortait, ce serait la belle vie. Il n'y a pas de raison de se priver». Je réfléchis à sa proposition, mais me décidai enfin pour un meublé chez l'habitant. Habiter dans un immeuble pour S S, je n'y tenais pas, je souhaitais pouvoir choisir qui je fréquentais en dehors du travail; et l'idée de rester seul, de vivre en ma propre compagnie, me faisait à vrai dire un peu peur. Des logeurs, ce serait au moins une présence humaine, je ferais préparer mes repas, il y aurait du bruit dans le couloir. Je déposai donc une demande en précisant que je voulais deux pièces et qu'il devait y avoir une femme pour la cuisine et le ménage. On me proposa quelque chose à Mitte, chez une veuve, à six stations d'U-Bahn de la Prinz-Albrechtstrasse, sans changement, et à un prix raisonnable; j'acceptai sans même le visiter et l'on me donna une lettre. Frau Gutknecht, une grosse femme rougeaude ayant dépassé la soixantaine, aux seins volumineux et aux cheveux teints, me détailla d'un long regard roublard en m'ouvrant: «Alors, c'est vous l'officier?» me lança-t-elle avec un épais accent berlinois. Je franchis le seuil et lui serrai la main: elle empestait le parfum bon marché. Elle recula dans le long couloir et m'indiqua les portes: «Ici, c'est chez moi; là, c'est à vous. Voici la clef. Bien sûr, j'en ai une aussi». Elle ouvrit et me fit visiter: des meubles de fabrique remplis de bibelots, un papier peint jauni et gondolé, une odeur de renfermé. Après le salon se trouvait la chambre à coucher, isolée du reste de l'appartement.

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