Riley échangea un regard avec Bill. Comme d’habitude, elle vit qu’ils pensaient exactement la même chose.
— Allons-voir les scènes de crime, dit Bill.
*
Quelques minutes plus tard, le colonel Larson conduisait Riley, Bill et Lucy à travers la base militaire.
— Qu’est-ce que vous voulez voir en premier ? demanda Larson.
— On veut voir les scènes de crime dans l’ordre chronologique, dit Riley.
Alors que Larson conduisait, Riley vit des soldats qui s’entrainaient, faisaient de la musculation, des courses d’obstacles ou tiraient avec des armes diverses. C’était visiblement un travail pénible et rigoureux.
Riley demanda à Larson.
— Ces recrues sont rendues à quelle phase de leur formation ?
— La deuxième. Ce qu’on appelle la phase blanche, dit Larson. Il y en a trois : rouge, blanche et bleue. Les deux premières se font en trois semaines. Ces recrues sont à leur cinquième semaine. Les quatre dernières semaines, c’est la phase bleue. C’est le plus dur. C’est à ce moment-là que les recrues savent s’ils ont ce qu’il faut pour entrer dans l’armée.
Riley détecta une pointe de fierté dans la voix de Larson – la même fierté qu’elle avait souvent entendue dans la voix de son père quand il parlait de ses années de service.
Elle adore ce qu’elle fait, pensa Riley.
Et cela ne faisait aucun doute que Larson était très douée dans son domaine.
Larson se gara près d’un chemin qui s’éloignait du camp. Ils descendirent de la voiture et Larson les conduisit dans un terrain vague. Il n’y avait pas d’arbres pour gêner la visibilité.
— Le sergent Rolsky a été tué ici, dit Larson. Personne n’a rien vu, rien entendu. Il était impossible de savoir d’où le coup de feu avait été tiré. Nous savions juste que le tireur devait être posté très loin.
Riley regarda autour d’elle.
— A quelle heure Rolsky a-t-il été tué ? demanda-t-elle.
— Deux mille deux cents, dit Larson.
Riley convertit mentalement l’heure militaire – dix heures du soir.
Riley imagina à quoi ressemblait cet endroit à une telle heure de la nuit. Il y avait des spots lumineux à trente pieds de l’emplacement, mais ça ne devait pas être très éclairé. Le tueur devait utiliser une visée nocturne.
Elle tourna lentement sur elle-même pour deviner d’où venait le tir.
Il y avait de bâtiments au sud et au nord. Il était peu probable qu’un tireur d’élite ait pu tirer d’un de ces endroits.
A l’ouest, de l’autre côté de la base militaire, on devinait l’océan.
Il y avait des collines à l’est.
Riley pointa du doigt les collines et dit :
— Je pense que le tireur devait être positionné par là.
— Bien joué, dit Larson en pointant du doigt un emplacement au sol. Nous avons trouvé la balle ici. Nous pensons donc que le tir venait des collines. Vu la blessure, le balle a dû être tirée d’une distance comprise entre deux cent cinquante et trois cents pieds. Nous avons fouillé la zone, mais le tireur n’a rien laissé derrière lui.
Riley réfléchit. Puis elle demanda à Larson :
— La chasse est autorisée sur le terrain de Fort Mowat ?
— En saison, avec un permis de chasse, répondit Larson. En ce moment, c’est la saison des dindons sauvages. On a aussi le droit d’abattre des corbeaux.
Bien sûr, Riley savait que ces morts n’étaient pas de simples accidents de chasse. Comme son père avait été à la fois un Marine et un chasseur, elle savait que personne n’utilisait de fusil de précision pour tuer des corbeaux ou des dindons. Une simple carabine faisait l’affaire à cette époque de l’année.
Elle demanda à Larson de les emmener voir la scène de crime suivante. Le colonel les conduisit entre les collines, au bord d’un chemin de randonnée. Quand ils descendirent du véhicule, Larson pointa du doigt un emplacement sur le sentier qui remontait vers les collines.
— Le sergent Fraser a été tué ici, dit-elle. Il était sorti marcher après son service. Le coup de feu semble avoir été tiré à la même distance. Encore une fois, personne n’a rien vu, rien entendu. Nous pensons qu’il a été tué à environ Deux mille trois cents heures.
Onze heures du soir, pensa Riley.
En pointant du doigt un autre emplacement, Larson ajouta :
— C’est ici que nous avons trouvé la balle.
Riley regarda dans la direction opposée, là où devait se trouver le tireur. Elle vit des collines broussailleuses et d’innombrables endroits où le tireur aurait pu se cacher. Elle était certaine que Larson et son équipe avaient passé la zone au peigne fin.
Enfin, ils roulèrent jusqu’à l’endroit où vivaient les jeunes recrues. Larson les emmena derrière une caserne. Riley remarqua aussitôt une énorme tache sombre sur le mur, près de la porte de derrière.
Larson dit :
— C’est ici que le sergent Worthing a été tué. Il avait dû sortir pour fumer une cigarette avant l’entrainement matinal de sa section. Le coup de feu était tellement précis que la cigarette n’est pas tombée du coin de sa bouche.
La curiosité de Riley s’éveilla. Cette scène était différente des autres – et beaucoup plus instructive. Elle examina la tache et la trainée sombre qui descendait vers le sol. Elle dit :
— Il devait être appuyé contre le mur quand la balle l’a frappé. Vous devez avoir une bien meilleure idée de la trajectoire du coup de fusil.
— Bien meilleure, acquiesça Larson. Mais pas la localisation précise du tueur.
Larson pointa du doigt un endroit de l’autre côté du terrain vague, là où les collines s’élevaient.
— Le tueur devait être posté quelque part entre ces deux chênes, dit-elle. Mais il a bien nettoyé la zone. Nous n’avons trouvé aucune trace de lui.
Il devait y avoir une vingtaine de pieds entre les deux bosquets. Larson et son équipe avait fait du bon travail pour délimiter la zone.
— Quel temps faisait-il ? demanda Riley.
— Très clair, dit Larson. Une lune gibbeuse presque jusqu’à l’aube.
Riley sentit un picotement lui chatouiller le dos. Elle recevait toujours ce signal familier quand elle était sur le point de pénétrer réellement dans une scène de crime.
— J’aimerais aller voir par moi-même, dit-elle.
— Bien sûr, dit Larson. Je vous y emmène.
Riley ne sut comment lui dire qu’elle voulait y aller toute seule.
Heureusement, Bill parla à sa place.
— Laissez l’agent Paige y aller sans vous. C’est son truc.
Larson hocha la tête d’un air appréciateur.
Riley traversa le terrain vague. A chaque pas, son picotement s’intensifia.
Enfin, elle se retrouva entre les arbres. Elle comprit immédiatement pourquoi l’équipe de Larson n’avait pas réussi à trouver l’emplacement exact. Le terrain était très irrégulier et il y a avait des petits arbustes partout. Rien qu’entre les deux arbres, il y avait une demi-douzaine d’excellents emplacements pour s’accroupir ou s’allonger et tirer un coup de feu très propre en direction des casernes.
Riley commença à marcher de long en large entre les arbres. Elle savait qu’elle ne cherchait pas quelque chose que le tueur aurait pu laisser derrière lui – pas même des empreintes. Larson et son équipe n’auraient rien raté.
Tout en prenant de profondes inspirations, elle s’imagina ici aux petites heures de la matinée. Les étoiles venaient juste de disparaître et la lune jetait encore des ombres tout autour.
Elle sentit quelque chose, de plus en plus fort – la présence du tueur.
Riley prit de longues inspirations et se prépara à pénétrer dans son esprit.
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