Boyle dit :
— Colonel Adams, je voulais juste vous prévenir. Trois agents du FBI de Quantico vont bientôt arriver pour vous donner un coup de main sur l’affaire de meurtres.
Adams ressentit une pointe d’irritation. Il avait déjà beaucoup trop d’agents sur l’affaire. Mais il répondit calmement.
— Monsieur, je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi. Nous avons un bureau de la Division des affaires criminelles à Fort Mowat. Ils sont sur le coup.
La voix de Boyle se durcit.
— Adams, vous avez eu trois meurtres en moins de trois semaines. Ça me donne l’impression que vos gars mériteraient un coup de pouce.
La frustration d’Adams ne fit que croître. Mais il se garda de le montrer. Il dit :
— Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, je ne comprends pas pourquoi vous m’appelez pour me prévenir. C’est le colonel Dana Larson qui dirige le bureau de la Division, ici, à Fort Mowat. Pourquoi ne l’avez-vous pas contactée ?
La réponse de Boyle le prit par surprise.
— C’est le colonel Larson qui m’a contacté. Elle m’a demandé d’appeler l’UAC pour les aider. Alors c’est ce que j’ai fait.
Adams resta bouche bée.
La garce, pensa-t-il.
Le colonel Dana Larson sautait sur la moindre occasion pour lui taper sur les nerfs.
Et qu’est-ce qu’une femme fichait à la tête de la police militaire ?
Adams ravala son écœurement.
— Je comprends, monsieur, dit-il.
Puis il raccrocha.
Le colonel Adams souffla avec colère. Il tapa du poing sur la table. N’avait-il donc aucun pouvoir dans cette base militaire ?
Mais les ordres étaient les ordres et il devait obéir.
Mais il n’était pas obligé d’approuver. Et il n’était pas obligé d’accueillir les agents du FBI comme ils le méritaient.
Il grommela.
Les meurtres, ce n’était rien à côté de ce qui l’attendait.
Alors qu’elle conduisait Jilly, April et Gabriela à la maison, Riley n’arrivait pas à avouer qu’elle devait repartir aussitôt. Elle allait rater un grand événement dans la nouvelle vie de Jilly, son premier rôle dans une pièce de théâtre. Les filles comprendraient-elles qu’elle avait des ordres ?
Même à la maison, Riley n’arrivait toujours pas à parler.
Elle était morte de honte.
Elle venait de recevoir une médaille de la persévérance et, par le passé, elle avait été récompensée pour son courage. Evidemment, ses filles étaient venues assister à la cérémonie.
Mais elle n’avait pas l’impression d’être un héros.
Les filles sortirent dans le jardin pour jouer et Riley monta dans sa chambre préparer ses affaires. C’était une routine familière. Il fallait remplir une petite valise avec juste assez de choses pour partir quelques jours ou un mois.
Pendant qu’elle jetait des affaires sur le lit, elle entendit la voix de Gabriela.
— Señora Riley, qu’est-ce que vous faites ?
Elle se retourna. Gabriela était dans l’entrée. La bonne portait dans ses bras des draps propres qu’elle allait ranger dans le placard.
Riley bégaya.
— Gabriela, je… je dois y aller.
Gabriela resta bouche bée.
— Y aller ? Où ça ?
— On m’a confié un nouveau dossier. En Californie.
— Vous ne pouvez pas partir demain ? demanda Gabriela.
Riley avala sa salive.
— Gabriela, l’avion du FBI m’attend. Je dois y aller.
Gabriela secoua la tête. Elle dit :
— C’est bien de chasser les assassins. Mais je crois que parfois vous en oubliez ce qui est important.
Gabriela disparut dans le couloir.
Riley soupira. Depuis quand Riley payait-elle Gabriela pour être sa conscience ?
Mais elle ne pouvait pas se plaindre. C’était un travail que Gabriela faisait à merveille.
Riley baissa les yeux vers sa valise.
Elle secoua la tête en murmurant…
— Je ne peux pas faire ça à Jilly. Je ne peux pas.
Toute sa vie, elle avait sacrifié ses enfants à son travail. Chaque fois. Elle n’avait jamais fait le contraire.
Et voilà, pensa-t-elle, ce qui n’allait pas dans sa vie. Voilà ce qui nourrissait l’obscurité dans sa tête.
Elle avait assez de courage pour affronter un tueur en série. Mais en avait-elle assez pour mettre son travail de côté et faire de ses enfants sa priorité ?
Au même instant, Bill et Lucy se préparaient à prendre l’avion pour la Californie.
Ils étaient censés se retrouver à l’aéroport de Quantico.
Riley soupira d’un air misérable.
Il n’y avait qu’un seul moyen de régler ce problème – si elle pouvait le régler.
Elle devait essayer.
Elle sortit son téléphone et composa le numéro privé de Meredith.
En entendant sa voix bourrue, elle dit :
— Monsieur, c’est l’agent Paige.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Meredith.
Il y avait une pointe d’inquiétude dans sa voix. Ce n’était pas étonnant. Riley n’utilisait jamais ce numéro, sauf quand la situation était catastrophique.
Elle prit son courage à deux mains et alla droit au but.
— Monsieur, j’aimerais repousser mon départ en Californie. Juste pour ce soir. Les agents Jeffreys et Vargas peuvent partir sans moi.
Après un bref silence, Meredith demanda :
— Quelle est votre urgence ?
Riley avala sa salive. Meredith ne lui rendait pas la tâche facile.
Mais elle ne mentirait pas.
D’une voix tremblante, elle bafouilla :
— Ma plus jeune fille, Jilly. Elle joue dans une pièce de théâtre, ce soir. Elle… Elle a le rôle principal.
Le silence au bout du fil lui parut assourdissant.
Il m’a raccroché au nez ? se demanda Riley.
Avec un grognement, Meredith dit :
— Vous pouvez répéter ? Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu.
Riley étouffa un soupir. Elle était certaine qu’il avait parfaitement entendu.
— Monsieur, c’est important pour elle, dit-elle de plus en plus nerveuse. Jilly est… Vous savez que j’essaye de l’adopter. Elle a eu une vie difficile et elle commence à sortir la tête de l’eau, mais elle est encore fragile et…
Riley se tut.
— Et quoi ? insista Meredith.
Riley avala sa salive.
— Je ne veux pas la décevoir. Pas cette fois. Pas aujourd’hui.
Un autre grave silence passa.
Mais Riley était de plus en plus déterminée.
— Monsieur, ça ne fera aucune différence, dit-elle. Les agents Jeffreys et Vargas vont y aller sans moi et vous savez de quoi ils sont capables. J’attraperai facilement le train en marche à mon arrivée.
— Et ce sera quand ? demanda Meredith.
— Demain matin. Tôt. J’irai à l’aéroport dès que la pièce sera finie. Et je prendrai le premier vol.
Un autre silence. Riley ajouta :
— Je payerai le billet de ma poche.
Elle entendit Meredith grommeler.
— Ça, je vous le promets, dit-il.
Riley retint sa respiration.
Il me donne la permission !
Elle réalisa soudain qu’elle respirait à peine depuis le début de la conversation.
Elle fit de son mieux pour contenir sa gratitude.
Elle savait que Meredith n’aimerait pas du tout ça. Et elle ne voulait surtout pas qu’il change d’avis.
Elle dit simplement :
— Merci.
Elle entendit un autre grognement.
Puis Meredith dit :
— Dites à votre fille que je lui dis merde.
Il raccrocha.
Riley poussa un soupir de soulagement. En relevant la tête, elle vit Gabriela qui souriait dans l’entrée.
Elle avait visiblement entendu toute la conversation.
— Je crois que vous êtes en train de grandir, señora Riley, dit-elle.
*
Assise dans le public avec April et Gabriela, Riley regardait la pièce de théâtre de l’école de Jilly. Elle avait oublié combien ces événements scolaires pouvaient être charmants.
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