Puis, en regardant à nouveau Riley, Roston ajouta :
— Je vous remercie de m’avoir permis d’accéder à vos dossiers.
— Je suis ravie de vous aider, dit Riley.
Roston plissa les yeux, l’air soudain curieux.
— Ça va beaucoup m’aider, dit-elle. Vous avez réuni pas mal d’informations. Même si… je pensais qu’il y aurait plus de choses sur les transactions financières de Hatcher.
Riley se retint de frémir en pensant à ce qu’elle avait fait sur un coup de tête juste après ce coup de téléphone.
Avant de donner l’accès à Roston à ces dossiers sur Hatcher, elle en avait supprimé un, intitulé « IDEES » – un dossier qui contenait des idées et des observations personnelles sur Hatcher, mais également des informations d’ordre financier qui pouvaient conduire à sa capture. Ou du moins qui pouvaient conduire à lui couper les vivres.
Qu’est-ce qui m’a pris ? pensa Riley.
C’était fait maintenant et elle ne pouvait plus revenir dessus, même si elle l’avait voulu.
Le regard inquisiteur de Roston la mettait mal à l’aise.
— C’est un personnage insaisissable, dit-elle.
— Oui, c’est ce que j’ai cru comprendre, dit Roston.
Mais son regard resta vissé dans celui de Riley.
Son malaise ne fit que croître.
Est-ce qu’elle sait quelque chose ? se demanda-t-elle.
Puis Meredith dit :
— Ce sera tout, agent Roston. Je dois discuter d’une autre affaire avec Paige, Jeffreys et Vargas.
Roston se leva et prit poliment congé.
Dès qu’elle fut partie, Meredith dit :
— On dirait que nous avons une nouvelle affaire de tueur en série dans l’état de Californie. Quelqu’un a assassiné trois sergents instructeurs à Fort Nash Mowat. Ils ont été abattus de loin par un tueur d’élite. La victime la plus récente a été tuée ce matin.
Riley était à la fois intriguée et surprise.
— Ce n’est pas plutôt une affaire pour la police militaire ? demanda-t-elle.
C’était le rôle de la Division des affaires criminelles d’enquêter sur les crimes et forfaits commis au sein de l’armée des Etats-Unis.
Meredith hocha la tête.
— Ils sont déjà dessus, dit-il. Il y a un bureau de la Division à Fort Mowat et ils y travaillent. Mais, comme vous le savez, c’est le grand prévôt général Boyle qui est à la tête de la Division et il m’a appelé pour demander un coup de main au FBI. C’est une affaire très sérieuse. Cela peut avoir des répercussions sur la réputation de notre armée. Ça fait déjà scandale dans la presse et ils reçoivent des pressions de la part des politiques. Plus vite ce sera réglé, mieux ce sera pour tout le monde.
Riley se demanda si c’était une bonne idée. Elle n’avait jamais entendu parler d’une affaire sur laquelle le FBI et la police militaire auraient travaillé ensemble. Ils pouvaient se gêner et cela ferait plus de tort que de bien.
Mais elle ne souleva aucune objection. Ce n’était pas son rôle.
— Quand est-ce qu’on commence ? demanda Bill.
— Dès que possible, répondit Meredith. Vous avez bien vos valises à portée de main ?
— Non, dit Riley. Je ne pensais pas repartir si tôt.
— Alors vous partirez dès que vous aurez fait vos valises.
Riley ressentit une pointe d’adrénaline et d’inquiétude.
La pièce de théâtre de Jilly ! pensa-t-elle.
Si Riley partait tout de suite, elle allait la rater.
— Chef…, commença-t-elle.
— Oui, agent Paige ?
Riley se tut. Après tout, le FBI venait de lui remettre une récompense. Comment pouvait-elle demander une faveur en de telles circonstances ?
Les ordres sont les ordres, se dit-elle fermement.
Il n’y avait rien à faire.
— Rien, dit-elle.
— Bon, dans ce cas, dit Meredith et se levant. Au travail, tous les trois. Réglez-moi cette affaire. D’autres dossiers vous attendent.
Le colonel Dutch Adams regardait fixement par la fenêtre de son bureau. Il avait une bonne vue de la base militaire d’ici. Il voyait même le terrain vague où le sergent Worthing avait été assassiné ce matin.
— Bordel de merde, murmura-t-il entre ses dents.
Moins de deux semaines plus tôt, le sergent Rolsky avait été assassiné de la même manière.
Et une semaine avant, c’était le sergent Fraser.
Et maintenant Worthing.
Trois bons sergents instructeurs.
Quel gâchis, pensa-t-il.
Pour le moment, les agents de la Division des affaires criminelles n’avaient rien trouvé.
Adams se demandait…
Comment est-ce que j’ai fait pour échouer ici ?
Il avait eu une bonne carrière. Il portait ses médailles avec fierté — la légion du mérite, trois étoiles de bronze, des médailles pour service méritoire, une citation à l’ordre de la division et quelques autres.
En regardant par la fenêtre, il pensa à sa vie.
De quand dataient ses meilleurs souvenirs ?
Sûrement de son service en temps de guerre en Irak, pendant les opérations Desert Storm et Enduring Freedom.
Et ses pires souvenirs ?
Peut-être de la redoutable routine académique à laquelle il avait dû se soumettre pour obtenir le commandement d’une unité.
Ou peut-être des cours qu’il avait lui-même donnés.
Mais rien n’était pire que de commander cet endroit.
Rester assis derrière son bureau, remplir des dossiers et organiser des réunions – c’était ça, le pire.
Mais il avait eu des bons moments.
Il avait sacrifié sa vie privée à sa carrière – trois divorces et sept enfants adultes qui ne lui parlaient presque plus. Il n’était même pas sûr de savoir combien il avait de petits-enfants.
C’était normal.
L’armée avait toujours été sa vraie famille.
Mais maintenant, après toutes ces années, il avait parfois l’impression de ne plus être à sa place.
Qu’est-ce qu’il ressentirait en quittant enfin son service ? Son départ ressemblerait-il plus à une retraite bien méritée ou à un divorce difficile ?
Il soupira amèrement.
S’il atteignait sa dernière ambition, il partirait avec le grade de général de brigade. Mais il serait tout seul. C’était peut-être aussi bien.
Il pouvait peut-être simplement disparaître, comme un des vieux soldats proverbiaux de Douglas MacArthur.
Ou comme un animal sauvage, pensa-t-il.
Il avait chassé toute sa vie, mais il ne se souvenait pas d’avoir jamais trouvé la carcasse d’un ours ou d’un chevreuil ou d’un autre animal sauvage mort de cause naturelle. D’autres chasseurs lui avaient dit la même chose.
Quel mystère ! Où les animaux sauvages se cachaient-il pour mourir ?
Si seulement il le savait. C’est ce qu’il ferait quand son heure viendrait.
En attendant, il rêvait d’une cigarette. Quelle plaie de ne pas pouvoir fumer dans son propre bureau.
Ce fut alors que son téléphone sonna. C’était sa secrétaire. Elle dit :
— Colonel, j’ai le grand prévôt général au téléphone. Il veut vous parler.
Le colonel Adams sursauta.
Il savait que le grand prévôt était le général de brigade Malcolm Boyle. Adams ne lui avait jamais parlé.
— C’est à quel propos ?
— Les meurtres, je crois, dit la secrétaire.
Adams grommela.
Evidemment, pensa-t-il.
Le grand prévôt général à Washington était en charge de toutes les enquêtes criminelles. Il devait savoir que l’enquête piétinait.
— Bon, je vais lui parler, dit Adams.
Il prit l’appel.
La voix de l’homme lui déplut aussitôt. Elle était beaucoup trop douce. Elle ne claquait pas comme celle d’un officier haut-gradé. Cependant, l’homme était son supérieur et Adams était obligé d’au moins feindre le respect.
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