— Sers-toi de cette unité de communication pour appeler Von et nous faire sortir d’ici, s’il te plaît, lui dis-je.
— Ces Chasseurs sont loin ?
Je parvins à hausser les épaules.
— Je ne sais pas. Ils sont sur la Pierre Angulaire. Mais ils ont été très occupés par cette histoire de « trois virginités » depuis qu’ils ont trouvé leurs compagnes. Ils les ont revendiquées, mais ils ne s’arrêtent pas pour autant. Ils ne seront peut-être pas disponibles... tout de suite.
Je sentis le rouge me monter aux jours alors que je tentais de lui expliquer l’évidence. Il avait dû percevoir quelque chose dans ma voix, car son regard était braqué sur mon visage, et ses yeux étaient pleins d’avidité. De fascination.
De possessivité.
J’avais vu cette expression sur le visage des autres Chasseurs quand ils avaient trouvé leurs compagnes. Et j’avais beau avoir l’impression d’être une amoureuse éperdue, romantique et un peu idiote, la voir sur le visage de Gage fit battre mon cœur à cent à l’heure et me fit oublier tout le reste tant je le désirais. J’avais envie qu’il me regarde comme ça quand il serait en mesure de passer à l’action .
Il réfléchit à ce que j’avais dit. J’étais patiente, lui laissais du temps. Je ne lui en voulais pas. Des gens voulaient sa mort. Vu son boulot, la liste devait être longue. Trop longue. Il ne voulait pas finir dans une grotte à nouveau.
— Bon, d’accord. On va appeler tes amis. Leur demander de nous aider dès qu’ils arriveront à se décoller de leurs compagnes.
Il n’y aurait pas de décollage à faire. Lexi et surtout Katie n’étaient pas du genre à jouer les femmes au foyer, mais je ne dis rien. Il apprendrait la vérité lorsqu’ils arriveraient. S’ils venaient nous chercher.
Il le fallait.
Je me servis de l’unité de communication pour appeler Katie. Je ne fus pas surprise lorsque Bryn répondit quelques secondes plus tard, en exigeant de savoir où je me trouvais. Je ne leur parlai pas de Gage. Lorsque Bryn m’assura qu’ils étaient en chemin, je raccrochai.
— Je pense qu’il est plus sûr de ne pas dévoiler ton nom par le système de communication avant qu’ils arrivent.
Il hocha la tête, son regard chaleureux alors qu’il m’observait.
— Tu es une femme intéressante, Danielle. Je ferai confiance à tes amis, mais pour l’instant, n’avertis personne d’autre.
Il leva les yeux pour regarder l’horizon, et je vis le Chasseur en lui pour la première fois. Dur. Froid. Impitoyable.
— La cérémonie de l’ascension se tient dans quelques jours. Jusque-là, nous devrons nous montrer prudents.
— Et ensuite ?
— Ensuite, je passerai cette planète au peigne fin, accompagné de Chasseurs loyaux, jusqu’à ce que le traître subisse le sort qu’il mérite.
Dani, demeure de Bryn, Feris 5
Je me trouvais dans la plus grande baignoire que j’avais jamais vue. Sur Terre, on l’aurait prise pour un jacuzzi, mais l’eau n’était pas aussi brûlante. Et cette baignoire se trouvait dans une salle de bains, pas dehors. En fait, elle se trouvait même dans le sol. L’eau était chaude, pleine d’huiles parfumées qui sentaient la nature, et j’avais une vue splendide.
Gage se trouvait sous la douche, ce que les habitants d’Everis appelaient une cabine de lavage, et était en train de se savonner le torse. Il n’avait pas d’inhibitions, pas la moindre pudeur, car il savait très bien que j’étais en train de le regarder.
Von et Bryn avaient répondu à notre appel en un temps record. Quand Gage leur avait expliqué ce qui s’était passé, ils avaient admis qu’il valait mieux qu’il reste caché. La personne qui voulait le tuer devait croire qu’elle avait réussi, en tout cas pour l’instant. Jusqu’à ce que nous découvrions qui était impliqué.
Bryn nous avait prêté sa maison afin que nous récupérions et que nous nous cachions. Comme Gage et lui ne s’étaient jamais rencontrés et n’avaient aucun lien hormis le fait qu’ils avaient des compagnes terriennes, Gage estimait que cette solution était convenable. Nous n’en avions pas beaucoup. En tant que chef des Sept, Gage menait une vie très publique. J’imaginais qu’il devait être comme les célébrités terriennes, que tout le monde était mis au courant dès qu’il était victime du moindre éternuement.
C’est pour cela que nous avions donné nos coordonnées à Bryn et qu’il était venu nous chercher, accompagné de Von, Lexi et Katie, en navette. C’était le terme qu’il avait employé. Moi ? Je trouvais que ça ressemblait à un petit vaisseau spatial sorti tout droit de Star Trek .
Me téléporter tout droit depuis la Terre était une chose ; j’étais endormie. Mais ça ? J’avais été éveillée, et émerveillée. D’accord, je venais de trouver mon Compagnon Marqué, l’avais sauvé d’une mort certaine, et là je me trouvais dans un vaisseau spatial ! Je survolais Everis ! Cela m’avait fait réaliser que, comme dans le Magicien d’Oz , nous n’étions plus au Kansas.
Et lorsque Bryn avait tendu à Gage un bâton bleu luisant qui guérissait apparemment toutes sortes de blessures quand il était agité, j’avais fait une overdose de technologies. Mais quand Gage s’était accroupi devant moi et l’avait passée au-dessus de ma cheville, et que ma douleur s’était réduite, puis avait disparu, j’avais été émerveillée. Et agacée. Il avait été torturé et laissé pour mort, et il voulait soigner ma cheville ? Quel imbécile ! J’avais fini par le convaincre que j’allais bien, et il avait enfin utilisé la baguette sur lui. Avec toutes ses entailles, ses bleus et son sang séché, il était difficile de déterminer s’il était guéri, mais son visage s’était détendu, et les plis d’amertume autour de ses lèvres s’étaient lissés.
Et à présent que nous étions installés dans la maison de Bryn ‒ une demeure étonnamment spacieuse ‒, nous étions seuls. Bryn nous avait montré où séjourneraient Von et Lexi, et Von avait hissé sa compagne sur son épaule pour l’emmener avec lui. Je ne pensais pas les entendre de sitôt, sauf si leurs cris de plaisir me parvenaient à travers les longs couloirs.
Quand nous fûmes seuls dans notre suite ‒ il n’y avait pas qu’une pièce, mais trois, en plus de la salle de bains avec son énorme baignoire ‒, je devins pudique. Nous n’étions pas en train de partager un rêve. Gage n’était pas en danger. Il était guéri et en un seul morceau, juste devant moi.
D’après son regard, cela faisait un moment qu’il voulait me toucher, m’embrasser, et bien plus encore. Reprendre là où nous nous étions arrêtés dans le rêve, avant que ma maudite cheville me réveille. Mais il était hors de question que je le laisse m’approcher avant que j’aie pris une douche. J’étais partante pour une partie de jambes en l’air spontanée et passionnée, mais je n’avais pas envie de sentir le bouc quand je me déshabillerais enfin dans le monde réel. Je ne voulais pas qu’il me voie avec des cheveux gras et des aisselles puantes pour notre premier véritable baiser.
Il avait allumé le robinet de la baignoire pour la laisser se remplir pendant que je me lavais sous la douche en premier. Je pourrais me détendre dans l’eau profonde ensuite. Je n’allais pas dire non à ça, alors j’avais hoché la tête. Il était sorti et m’avait laissée seule... jusqu’à une minute après que j’avais éteint la douche. Puis, il avait frappé à la porte et était entré. Mon corps était masqué grâce à la profondeur de la baignoire, et quand il m’avait regardée, si grand, beau et ténébreux, mon cœur avait fondu. Pas seulement mon cœur, d’ailleurs.
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