Эмиль Ажар - Pseudo

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Pseudo: краткое содержание, описание и аннотация

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Le Bangladesh compte quatre-vingt-dix millions de canulars. Au Chili, en Argentine et un peu n’importe où, on tue et on torture ceux qui prétendent avoir été réduits à l’état de canulars.

En Afrique, quand on voit des mômes aux ventres gonflés par la faim, personne ne cherche les auteurs du canular, parce qu’ils prennent fin de toute façon, et en bas âge.

Ça a commencé pour de bon il y a trois ans, lorsqu’ils ont compris que j’étais déterminé à lutter jusqu’au bout pour passer de l’autre côté. Ils ont fait pression sur moi.

— Publiez. C’est thérapeutique. Prenez un pseudonyme. Et n’ayez pas d’inquiétude. Personne ne vous en croira capable. Si c’est bon, on dira qu’il y a Part et la technique, et que ça ne peut pas être d’un débutant. Que c’est d’un vrai professionnel. On vous foutra la paix. On dira que vous servez de prête-nom, de nègre. Une pute.

J’ai fondu. Quand on prononce devant moi le mot de « pute », je fonds toujours. C’est mon besoin d’authenticité.

— Mais si ça ne vaut rien, ce que j’écris ?

— Si ça ne vaut rien, on dira que c’est un document humain. Les documents humains ne valent jamais rien, à cause de leur sujet. S’ils avaient de la valeur, leurs sujets eu auraient aussi, or il n’y a pas que l’Afrique du Sud, vous savez. C’est partout. Il ne faut pas être injuste avec l’Afrique du Sud. C’est un document humain. Faites-nous-en un strictement dépourvu de toute valeur et alors là, ce sera un document humain vraiment authentique.

Je suis méfiant.

— J’ai déjà eu une tante qui a eu un prix de beauté à la Martinique, en 1926.

— Écoutez, Pavlowitch, ne nous faites pas chier. Les psychiatres, c’est nous. Ça suffit, comme abjection. Écrivez. Un peu plus, un peu moins… ça vous évacuera. Et puis, assez de calomnies. On a quand même eu Beethoven et Mozart.

— Oui, mais Beethoven et Mozart, ça peut encore faire deux cents millions de morts, si les Chinois se mettent contre, et s’il faut les défendre, ces deux-là.

— N’ergotez pas sur les détails. Vous ne pouvez pas passer votre vie à aller de clinique en clinique, la Sécurité sociale et votre Tonton en ont ras-le-bol. Écrivez, personne ne vous en voudra, parce que vous êtes reconnu comme dingue depuis que vous vous êtes mis à appeler police secours à chaque jour qui se lève.

— Qu’est-ce que ça prouve ? Il y a dans le monde des millions de gens qui appellent au secours à chaque jour qui se lève.

— Allons, allons. Les fous, oui. Il y a surtout des millions de gens qui gardent le silence parce qu’ils ont toute leur raison et ils savent que ce n’est pas la peine d’appeler au secours. Que c’est même dangereux, il y aurait des représailles.

Je me suis tu. C’est vrai que j’ai ce petit problème. Chaque fois qu’un jour nouveau se pointe, j’ouvre la fenêtre et j’appelle au secours. Je saute sur le téléphone, j’appelle la Croix-Rouge, le Secours catholique, le grand rabbin de France, le petit, les Nations unies, Ulla notre Mère à tous, mais comme ils sont parfaitement au courant, qu’ils voient de leurs propres yeux qu’un jour nouveau se lève et qu’ils prennent même leur petit déjeuner pour cette raison, je me heurte au quotidien familier, et c’est le bide.

Alors, je deviens un python, une souris blanche, un bon chien, n’importe quoi pour prouver que je n’ai aucun rapport. D’où internement et thérapeutique, en vue de normalisation. Je persévère, je saute ailleurs, je me débine. Cendrier, coupe-papier, objet inanimé. N’importe quoi de non coupable. Vous appelez ça folie, vous ? Pas moi. J’appelle ça légitime défense.

Ils ont essayé de m’aider, je ne dis pas. Ils ont fouillé dans mes boîtes à ordures et il y eut tentative d’explication. Un de mes investigateurs avait fini par découvrir qu’à l’âge de quatre ans, j’avais tué un petit chat en jouant avec lui, et depuis, c’était la culpabilité, le remords, avec haine de soi-même. Je transférais sur Auschwitz, Pinochet, le Goulag et tous les autres prétextes qui étaient bons pour me blanchir. Ce n’était pas les génocides et les camps de torture, c’était le petit chat.

Ça ne m’a pas aidé du tout, ça n’a fait qu’ajouter le petit chat au reste.

— Vous me faites sortir, si je suis publié ?

— On vous laisse rentrer chez vous quand vous voulez. Vous reviendrez une fois par semaine pour le contrôle.

Je n’ai accepté que d’un signe de tête, à titre dubitatif. Ils enregistraient souvent mes propos sur magnétophone, pour les étudier, mais pas les signes de tête.

Je ne pouvais toutefois pas m’engager avant d’avoir consulté Alyette.

Alyette avait passé une licence de lettres pour devenir vendeuse au Prisunic, et puis, sur mes conseils, elle est devenue reine d’Espagne et avait ainsi la sécurité sociale. Je lui ai donné des cours d’histoire d’Espagne pendant trois mois, pour la préparer, parce que les hôpitaux psychiatriques sont encombrés et il y a sélection. J’étais alors plombier, maçon, colleur d’affiches, puisque le travail vous rend ce qu’il y a de plus pseudo et de moins perceptible. On donne satisfaction. Tout cela en attendant, car je suis sûr que le cerveau aura son 1789.

Grâce à mon expérience et à mes encouragements, Alyette est donc devenue d’abord reine d’Espagne et puis simple princesse : nous avions découvert que les reines d’Espagne étaient soumises à un Grand Cérémonial, une Étiquette et un Protocole implacables. C’était trop con de se fourrer délibérément dans quelque chose d’aussi compliqué.

Quand la Sécurité sociale en avait marre ou que Tonton Macoute se foutait en rogne à cause de nos frais de clinique, Annie allait travailler comme monteuse de films, parce que c’était quand même encore du cinéma. J’ai fait vingt métiers les uns plus inaperçus que les autres, je me faisais bien voir. On a eu une petite fille mais on ne la montrait pas tellement : c’était une enfant parfaitement normale, et cela risquait de jeter sur mon pseudo-pseudo et sur ma princesse une ombre de suspicion. Je m’étais mis d’accord avec Tonton Macoute que j’avais seulement trois semaines de clinique par an, et pas un jour de plus. C’était avant le Danemark, avant ma grande crise d’authenticité. Je n’avais donc que trois semaines par an pour m’entraîner, regarder autour de moi, apprendre et me préparer.

J’avais acheté un python et je l’observais attentivement pour mon premier ouvrage documentaire, Gros-Câlin, mais ce salaud-là se fourrait dans des coins impossibles et disparaissait à vue d’œil, parce qu’il ne voulait pas donner naissance à une œuvre littéraire.

En dépit de notre accord quant à ces trois semaines de clinique palan, j’ai pu resquiller dix jours supplémentaires, grâce à mon python, justement. À ce moment-là, je n’avais plus un rond, Annie ne trouvait pas de film à monter, à cause de la crise de l’imagination, et je n’avais aucune envie de me muer en plombier ou éboueur. J’en avais marre de mille ans de sacralisation du travail et chaque fois que je gagnais mon pain à la sueur de mon front, le pain ainsi gagné m’inspirait un tel dégoût que je dégueulais et ne pouvais rien garder sur l’estomac.

Le moment vint enfin où Annie et moi nous nous retrouvâmes à Caniac dans une si belle dèche que j’avais nettement l’impression que la réalité se marrait, se tenait le ventre à force de rire et nous montrait du doigt, comme quoi c’est toujours elle qui a le dernier mot.

On s’est regardé dans le blanc des yeux, Annie et moi. Il fallait bouffer, c’est la loi des espèces, et on n’avait pas un radis.

— Qu’est-ce qu’on va faire ?

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