Guy de Maupassant - Contes divers (1882)

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Contes divers (1882): краткое содержание, описание и аннотация

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Hélas ! Hélas ! Un siècle plus tard, la jeunesse, dite des écoles, affichant et pratiquant une morale toute différente de celle des anciens grands seigneurs, s’exaltant au nom de principes sévères, se précipite avec fureur sur les quelques êtres restés seuls dans la tradition du passé, de notre grand passé d’aristocratique élégance, et les jette à l’eau pour voir s’ils nagent.

Et ces victimes supposées, mais non atteintes, ces descendants des roués sont des malheureux, des pauvres, déshérités par la Providence, sans ressources sur le pavé de Paris, et créés avec des instincts de millionnaires, des besoins de dépense mal servis par une mollesse native qui les éloigne du travail.

Ils se sont fait ce raisonnement qui paraîtrait juste si nous ne le savions faux, à savoir : qu’il existe par le monde des milliers de femmes dont la seule profession consiste à ruiner des hommes en profitant des sentiments malsains qu’elles leur inspirent ; donc qu’il est simplement équitable de reprendre à ces mêmes femmes l’argent qu’elles ont obtenu par ces moyens déshonnêtes, en leur inspirant à leur tour des sentiments non moins malsains.

C’est tout simplement le principe de la médecine homéopathique appliqué à la morale, le mal traité par le pire ; or, si la méthode homéopathique guérit !… concluons.

Il est résulté de tout cela que les vengeurs de l’honnêteté ont été battus, emprisonnés, aplatis, écrabouillés par la milice chargée de veiller sur l’ordre public ; – que les noyés étaient de simples et inoffensifs bourgeois revenant de leur bureau et rentrant dans leurs familles -, que les commerçants en femmes, dits souteneurs, ne pourront que profiter de la réclame qui leur est ainsi faite gratuitement – que les gardiens de la paix qui ont fait leur devoir seront révoqués, et le préfet de police, qui n’en peut mais, renversé sans doute.

Donc, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et voilà à quoi servent les émeutes pour la bonne cause, les révolutions, les indignations et, en général, tous les sentiments valeureux qui arment le bras des hommes de dévouement.

On est assurément plus sage aux champs. La scène qui suit n’est que fidèlement racontée.

Je l’ai vue, dis-je, vue, de mes propres yeux vue, etc.

Dans la salle de la justice de paix, en Normandie.

Le juge, gros homme asthmatique, siège devant une large table, flanqué de son greffier. Il est vêtu d’un veston gris orné de boutons de métal, et il parle lentement en expectorant de l’air qui siffle dans ses tuyaux respiratoires comme si une fuite s’y fût déclarée.

Au fond de la grande pièce, des paysans en blouse bleue, assis sur des bancs, la casquette ou le chapeau entre les jambes. Ils sont graves, abrutis et rusés, et ils préparent mentalement des arguments pour leur affaire. À tout moment ils crachent à côté de leur pied chaussé d’un soulier grand comme une barque de pêche ; et une mare de salive marque la place de chacun.

En face du juge, juste de l’autre côté de la table, les plaideurs dont la cause est appelée.

La plaignante est une dame de la campagne, dont la cinquantaine couperosée flamboie sous un chapeau légumier qui semble chargé d’asperges en graine, de radis et d’oignons montés. Elle est sèche, pointue, horrible et prétentieuse, avec des gants de tricot ; et les rubans de sa coiffure voltigent autour de sa tête comme les drapeaux d’un navire.

Le prévenu, gros gars de vingt-huit ans, joufflu, niais, semble un enfant de chœur engraissé et grossi trop vite. Elle et lui se lancent des regards féroces.

Il est assisté, soutenu par son père, vieux paysan tout pareil à un rat, et par sa jeune femme, rouge de fureur, mais fraîche aussi, grande fille de ferme saine et pommadée, chair à reproduction bonne à primer dans un concours.

Voici les faits. La dame, veuve d’un officier de santé, avait élevé à la brochette le jeune paysan et le réservait à ses plaisirs. Après beaucoup de services rendus par lui, elle lui avait fait don d’une petite ferme pour reconnaître sa bonne volonté. Mais le gars ainsi doté s’était aussitôt marié, délaissant la vieille qui, exaspérée, réclamait son bien : le garçon ou la ferme, au choix.

Le juge très perplexe venait d’écouter la plainte de la dame. Personne ne riait dans l’auditoire. La cause était grave et méritait réflexion.

Le gars à son tour, se leva pour répondre.

Le juge l’interrogea.

« Qu’avez-vous à dire ?

— A m’ l’a donnée c’te ferme.

— Pourquoi vous l’a-t-elle donnée ? Qu’avez-vous fait pour la mériter ? »

Alors le gars, indigné, devint rouge jusqu’aux oreilles. « C’ que j’ai fait, mon bon m’sieur l’ Juge de paix ? Mais v’là quinze ans qu’a m’ sert de traînée, c’te poison, a n’ peut pas dire que ça valait pas ça ! »

Cette fois un murmure eut lieu parmi les assistants, et des voix convaincues répétaient : « Ah ! ça, oui, ça valait bien ça ! »

Et le père jugeant le moment venu d’intervenir : « Créyez-vous que j’y aurais donné l’éfant dès s’n âge de quinze ans si j’avions point compté sur d’ la reconnaissance ? » Alors la jeune femme à son tour s’avança véhémente, exaspérée, et levant la main vers la dame impassible et rouge : « Mais guétez-la, m’sieu l’ Juge, guétez-la. Si on peut dire que ça valait pas ça ! »

Le juge, en effet, considéra longuement la vieille, consulta son greffier, comprit qu’en effet, ça valait bien ça, et renvoya la plaignante. Et l’assistance entière approuva la décision.

Et nunc erudimini.

14 juin 1882

Confession d'une femme

Mon ami, vous m’avez demandé de vous raconter les souvenirs les plus vifs de mon existence. Je suis très vieille, sans parents, sans enfants ; je me trouve donc libre de me confesser à vous. Promettez-moi seulement de ne jamais dévoiler mon nom.

J’ai été beaucoup aimée, vous le savez ; j’ai souvent aimé moi-même. J’étais fort belle ; je puis le dire aujourd’hui qu’il n’en reste rien. L’amour était pour moi la vie de l’âme, comme l’air est la vie du corps. J’eusse préféré mourir plutôt que d’exister sans tendresse, sans une pensée toujours attachée à moi. Les femmes souvent prétendent n’aimer qu’une fois de toute la puissance du cœur ; il m’est souvent arrivé de chérir si violemment que je croyais impossible la fin de mes transports. Ils s’éteignaient pourtant toujours d’une façon naturelle, comme un feu où le bois manque.

Je vous dirai aujourd’hui la première de mes aventures, dont je fus bien innocente, mais qui détermina les autres.

L’horrible vengeance de cet affreux pharmacien du Pecq m’a rappelé le drame épouvantable auquel j’assistai bien malgré moi.

J’étais mariée depuis un an, avec un homme riche, le comte Hervé de Ker…, un Breton de vieille race, que je n’aimais point, bien entendu. L’amour, le vrai a besoin, je le crois du moins, de liberté et d’obstacles en même temps. L’amour imposé, sanctionné par la loi, béni par le prêtre, est-ce de l’amour ? Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.

Mon mari était haut de taille, élégant et vraiment grand seigneur d’allures. Mais il manquait d’intelligence. Il parlait net, émettait des opinions qui coupaient comme des lames. On sentait son esprit plein de pensées toutes faites, mises en lui par ses père et mère qui les tenaient eux-mêmes de leurs ancêtres. Il n’hésitait jamais, donnait sur tout un avis immédiat et borné, sans embarras aucun et sans comprendre qu’il pût exister d’autres manières de voir. On sentait que cette tête-là était close, qu’il n’y circulait point d’idées, de ces idées qui renouvellent et assainissent un esprit comme le vent qui passe en une maison dont on ouvre portes et fenêtres.

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